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CHAPITRE III

Tandis que la tragédie lyrique végétait sans se renouveler, un autre genre peu à peu reprenait naissance et se constituait, celui dont Molière avait pressenti l'attrait, qu'il aurait sans doute créé lui-même de tontes pièces : l'opéra-comique, c'est-à-dire la comédie mêlée de chant. 11 avait été arrêté, nous l'avons vu, non seulement par le mauvais vouloii* de LuUi, mais par l'opposition instinctive du public à l'idée de faii-e chanter les personnages mêmes de la pièce jouée : tout au plus ce public acceptait-il que les intermèdes de musiciens pussent être liés à l'action.

D'ailleurs, la Comédie-Française n'était pas en mesure de soutenir cet attrait spécial de spectacles essentiellement combinés pour les fêtes de cour. C'est d'un autre côté qu'il faut nous tom*ner si nous voulons suivre la fortuné de ce genre lyiique. C'est au Tliéâtre Italien. Dominique, Scaramouche, Gherardi sont ici les vrais continuateurs de Molière. Leurs parodies d'opéras et leurs comédies mêlées de vaudevilles puisent à une même source de comique. On peut citer ainsi, dans les dernières années du dix-septième siècle et de la faveur des comédiens italiens : VOpéra de campagne, de Dufresny, en 1692, parodie d'Armide; les Chinois et la Baguette de Vulcain, de Regnard et Dufresny, en 1692 et 1693, où les vaude^dlles alternent avec les airs originaux ; Vénus justifiée ou, les Adieux des officiers, de Dufresny seul, en 1693, qui comporte un mélange de parlé et de chanté ; et du même encore, en 1694, le Départ des comédiens, qui est une parodie du BelléropJion en ponts-neufs.

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Lorsque les Italiens eurent été renvoyés dans leur pays, en 1697, comme passant décidément toute licence, les théâtres forains s'empressèrent de prendre leui" "Succession, mais on sait avec quelles difficultés. Les entraves mises à leurs spectacles par l'Opéra et la Comédie-Française et la façon dont ils en triomphèrent, ont donné lieu à mainte anecdote souvent racontée. C'est ici, aux foires Saint-Germain et Saint-Lam'ent, le véritable berceau de F « opéracomique )). Presque dès l'origine, avec Lesage notamment, on prit l'habitude d'appeler ainsi les comédies-vaudevilles qui fleuri]-ent alors sur ces scènes. Il est d'ailleurs facile de suivre les étapes successives de ces comédiesvaudevilles jusqu'au 'jour où elles constituèrent de vraies pièces.

Ce sont d'abord, avec Fuzelier, de simples canevas, souvent ceux mêmes que les Italiens avaient laissés, à tableaux vivants, à lazzi, avec danses et chants, avec écriteaux ou vaudevilles que la salle même entonnait et qui échappaient ainsi aux interdictions obtenues par les théâtres. Thésée ou la défaite des Amazones marque, en 1701, ce premier état du genre. Plus tard, Fuzelier améliora son style et sa fantaisie. Son Arlequin défenseur d'Homère doit encore être cité (1715). Lesage fait son entrée en 1712, après ses succès de la Comédie-Française, et se consacre à la foire jusqu'en 1738, soit seul, soit avec Fuzelier et Dorneval. On retiendi'a de lui : Arlequin roi de Serendib (1713), Arlequin Mahomet (1714), le Tombeau de Nostradamus (1714), Colombine Arlequin (1715), les Eau^ de Merlin (1715), Arlequin Huila (1716), la Querelle des théâtres (1718), la Princesse de Carizme{lllS)... La Ceinture de Vénus, qui date de 1715, peut être inscrite ici comme seconde étape. La musique y joue un rôle simple, mais, spécialement approprié aux spectateurs, car elle est basée sur des chansons populah'es qu'ils connaissent et soulignent eux-mêmes au besoin. Dorneval a écrit Arlequin traitant (1716), les Arrêts de Vamour (1716), le Jugement de Paris (1718). Les trois auteurs réunis ont donné : la Boîte de Pandore (1721), les A^nants déguisés (1726),

Achmet et Ahnanzine (1728), et ce sont les meilleurs du théâtre de la foire.

Vient ensuite le rè^e de Piron, plus grossier, mais qui associa à ses comédies ou parodies, pour leurs danses et leurs ariettes, l'effort naissant de Rameau. Pendant plus de dix ans, en effet, celui-ci travailla pour la foire ; et ses petites partitions, où se distinguait déjà la science nouvelle qu'il prétendait introduii'e dans la musique, sont encore intéressantes à examiner. Arlequin-Deucalmi est de 1722. Mais la troisième étape du vaudeville serait mieux caractérisée par le Caprice, de 1724.

Le quatrième type peut être donné par le Fossé du scrupule, de 1738, qui a Panaed pour auteur. Celui-ci servit la réaction que l'on commençait à désirer, contre l'ironie, la raillerie, voii^e l'obscénité incessante de ce répertoire.

Et nous arrivons enfin à Favart, à sa charmante et populahe Chercheuse cVesprit, de 1741, qui eut un succès fou et dont l'Opéra-Comique a pu fahe, de nos jours, une excellente reprise.

Favart, né à Paris en 1710, avait vingt-deux ans quand il commença d'écrire pour les théâtres de la foù'e. Il s'était montré dès le collège Louis-le-Grand, où il avait reçu une forte éducation, doué d'une facilité extraordinaire pour versifier toutes choses et composer dans les genres les plus divers. Son père, dont l'esprit était singulièrement vif et ingénieux, lui avait d'ailleurs donné lui-même, tout pâtissier qu'il fût, le goût du vaudeville et de l'opéracomique. Le futiu' auteur de la Chercheuse d'esprit avait déjà embrassé le métier paternel, lorsque ses premiers succès commencèrent à le faire connaître, et l'on a conté souvent comment un riche amateur sut le découvrir sous le blanc tablier de son fom-. De 1732 à 1752, pendant vingt ans et plus, Favart écrivit ainsi, uniquement dans le genre de la pièce à vaudevUle, jusqu'à soixante-trois ouvi'ages, parodies ou comédies à couplets : telle année en comporte jusqu'à huit. A partir de 1753, et sous l'influence de sa femme et collaboratrice, l'exquise Mme Favart, son genre

se hausse jusqu'à la vraie comédie et ses vaude\'illes mêmes ont plus de corps. C'est l'apogée de son talent, qui se fourvoie ensuite, en 1762, à tenter de rivaliser avec Sedaine dans le nouveau genre de l'opéra-comique proprement dit, mais connut pourtant quelques beaux succès encore, avant sa mort, qui n'arriva qu'en 1792.

La Chercheuse d'esprit, un acte en vaudevilles (soixantedix numéros), joué à la foire Saint-Germain le 20 février 1741, est la première pièce qu'il avoua vraiment. Aussi bien eut-elle deux cents représentations de suite. Ce succès l'éclaira et dirigea son talent vers la meilleure voie qu'il pût suivre. Un examen attentif de ses comédies montre, en même temps que la justesse de son goût du naturel et de la vérité, ainsi que son esprit et sa verve, une entente très sûre de la part à donner à la musique dans l'œuvre. Ici encore, ne fût-ce par exemple que par la simplicité voulue du costume, on sait de quel secours lui fut sa femme, pour la vogue étourdissante de son répertoire. Les sabots de Mme Favart, sa robe de laine, ses cheveux plats et sans poudre, déconcertèrent, puis allèrent aux nues. Mais le choix de ses airs, l'art de les préparer et de les justifier, la connaissance personnelle d'ailleurs qu'il avait de la musique, et qui en favorisait la variété, tous ces éléments sont parmi les premiers titres de Favart à la renommée. Jamais le vaudeville, c'est-à-dire la comédie à ah-s parodiés, ne s'est autant approché de l'opéra-comique, c'est-à-dire de la comédie à airs originaux.

On citera, parmi ses pièces les plus remarquables en ce genre, c'est-à-dire en vaudevilles :

1741. — La Chercheuse d'esprit;

1742. — Le Prix de Cythère;

1743. — Le Coq de village;

1744. — La Coquette sans le sa,voir; Acajou;

1745. — L'Amour au village; les Vendanges de Tempe;

1747, — Les Nymphes de Diane; '

1748. — Cythère assiégée;

J 751. — Les Amours champêtres;

1753. — Les Amours de Bastien et Bastienne; la Coquette trompée;

1754. — La Fête d'amour;

1755. — Ninette à la cour;

1756. — Les Chinois;

1757. — Les Emorcelés; 1760. — La Fortune au village.

Outre la Chercheuse d'esprit, qui demeure un type du genre, nous donnons le li\Tet des Vendanges de Tempe, paj-ce qu'il montre de la façon la plus cmieuse comment Favart entendait approprier des vaude\alles connus du public aux diverses nuances de sentiment qu'il voulait faire exprimer par une pantomime.

OPÉRA-COMIQUE REPRÉSENTÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS SUR LE THEATRE DE LA FOIRE S AIN T- G E RM AIN, LE 20 FÉVRIER 1741

ACTEURS

Mme MADRE, riche fermière.

M. SUBTIL, tabelUon.

M. NARQUOIS, savant.

NICETTE, fiUe de Mme Madi'é.

ALAIN, fils de M. Subtil.

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