CHAPITRE XII
LA TRAXSMIGRATIOX
Tu croupissais dans la fange de l'ignorance et de la barbarie ; tu tâtonnais dans les ténèbres de la superstition et de la stupidité, tes philosophes manquaient de sens et tes professeurs étaient des idiots. Dans tes écoles on parlait un jargon barbare et sur tes théâtres on jouait les Mystères.
Et mon cœur s'énuit de pitié envers toi et je me dis à moimême : le peuple est gentil ; j'aime son esprit qui est léger et ses mœurs qui sont douces, et j'en veux faire mon peuple, parce
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que je le veux, et il sera le premier, et il n"y aura point d'aussi joli peuple que lui.
Et ses voisins verront sa gloire et n'y pourront atteindre. Et il m'amusera quand je l'aurai formé selon ma volonté, car il est gentil et plaisant de son naturel et j'aime à être amusé.
Et j'ai tiré tes pères du néant où ils étaient et j'ai dissipé les ténèbres qui te couvraient, et j'ai fait venir le jour pour t'éclairer, et j'ai porté dans ton sein le flambeau des sciences, des lettres et des arts.
Et j'ai ouvert les portes de ton entendement, pour te faire comprendre ce qui était caché, et j'ai limé et façonné ton esprit, et je l'ai doué de tous les dons, et je lui ai donné le goût, et le sentiment et la finesse en partage.
Et quand je pouvais éclairer de mon flambeau le Breton et l'Espagnol, et le Germain et Ihabitant du Nord, parce que rien ne m'est impossible, je ne l'ai pourtant pas fait.
Et quand je pouvais laisser les arts et les lettres dans leur patrie, car je les y avais fait renaître, je ne l'ai pourtant pas fait.
Et je leur ai dit : Sortez de l'Italie et passez chez mon peuple que je me suis élu dans la plénitude de ma bonté ; et dans le pays que je compte d'habiter dorénavant et à qui j'ai dit dans ma clémence : tu seras la patrie de tous les talents...