LES SOUPERS
Et encore que mes bienfaits t"aient porté à la défection et à la désobéissance, encore qu'ils t'aient enorgueilli et (jue ta vanité et ta présomption soient parvenues à leur comble.
Encore que tu méconnaisses ma voix qui t'appelle et que tu te sois livré au mauvais goût ; encore que tu courres après l'espiit que je n'appelle pas esprit et qui est faux, comme les voix ({ui chantent les rôles à la baguetle de ton Opéra.
Encore (|ue tu aies abandonné le ))on sens et le jugement sain ; et que tu te sois jeté dans la frivolité et dans la dissipation de les idées (jui sont vides de sens ;
Encore (jue tu décides journellement, dans ton ivresse, des choses sur les(|U('lles \\\ n'as jamais réfléchi ;
Encore que tu condamnes et ijiéprises tous les jours, dans la
GRIMM. — LE PETIT PROPIfETE = 171
défaillance de ton esprit et dans la crapule des festins que tu appelles soupers, les auteurs que j'ai créés et ((ui font toute sa «gloire ;
Je nie suis moqué de ton insolence dans ma miséricorde, et jai vu tes impertinences avec l'œil de ma patience.
Et tes révoltes si nmltipliées n'ont fait que multiplier les miracles et les prodiges . que j'opère encore tous les jours au milieu de toi et dans tes académies et sur tes théâtres, et devant tes yeux qui étaient fins et clairvotants et qui sont devenus grossiers et stnpides.
Et j'ai caché ta honte et ta décadence à tes voisins, et je leur ai imposé du respect et de l'admiration pour toi, comme si tu n'avais pas perdu le goût des grandes et belles choses.
Et je les ai empêchés de te voir rampant dans la petitesse de tes idées.