LE FLORENTIN
Et de même que j'avais tiré les autres arts de l'Italie pour te les donner tous, je voulus aussi porter dans ton sein la musique et l'adapter moi-même au génie de ta langue.
Et je voulus créer tes musiciens et les former et leur apprendre à faire de la musique selon mon oreille et selon mon cœur.
Et tu as méprisé mes grâces parce que je les répandais sur toi en abondance.
Et tu t'es formé dans ton endurcissement un Opéra qui m'ennuie depuis quatre-^^ngts ans et qui fait la lisée de l'Eul'ope jusqu'à ce jour.
i^t dans l'opiniâtreté de ton extravagance, tu l'as érigé en Académie de musique, encore que ce n'en soit pas une et que je ne l'eusse jamais reconime.
Et tu t'es choisi le Florentin pour ton idole, sans me consulter et encore que je ne l'eusse pas envoyé.
Et parce qu'il avait reçu la lueur du génie, tu as osé me l'opposer, parce que je t'avais donné mon serviteur Quinault dans ma clémence.
Et tu as cru que sa monotonie m'imi)atienterait et me for-
172 — LA MUSIOUK. — CIIAP. iV ==
cerait à t'abandonner, parce (|ue je suis prompt, et que tu voulais me lasser par la multitude de tes outra^ïes.
Et tu t'es écrié daus la stupidité de ton i<j;norance : Ah ! voici le créateur du chant ! Ah ! le voici !
■ ]']t parce (pie, dans la |)auvreté de ses idées, il a fait comme il a pu, tu l'appelles créateur juscpi'à ce jour, lorscpi'il n'a rien créé et (pie les Allemands fatiguent mes oreilles et me rompent la tête, depuis deux cents ans, dans leurs églises et dans leurs vêpres, par un chant que tu appelles ton récitatif à toi, quand il est à eux (encore qu'ils ne s'en vantent pas parce quïls le trouvent mauvais) et que, dans l'imbécillité de tes idées, tu le crois inventé par le Florentin, que tu apj)elles M. de LuUy jusqu'à ce jour.