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MÉTHODES ESTHÉTIQUES ET SCIENTIFIQUES

ou telle règle, d’adopter tel ou tel moyen technique. La théorie musicale notamment, où des activités physiologiques particulières de l’oreille, non immédiatement accessibles à l’observation consciente, jouent un grand rôle, offre aux iuvcstigatious esthétiques un champ vaste et fécond, pour déterminer le caractère de nécessité des règles techniques, qui président à chaque direction particulière prise par l’art, dans ses développements successifs.

Néanmoins, la définition du but principal poursuivi par chaque école artistique, et du principe fondamental de chaque style, n’est pas une question qui rentre dans les attributions de la science ; elle doit, au contraire, être résolue au moyen des résultats des recherches historiques et esthétiques.

La comparaison avec l’architecture qui, comme la musique, a pris des directions essentiellement différentes les unes des autres, permettra de rendre la chose plus claire. Dans leurs temples en pierre, les Grecs imitaient les constructions primitives en bois ; c’était là le principe fondamental de leur architecture. On reconnaît encore nettement, dans toute la structure et la disposition des ornements, cette imitation de la construction en bois. La position verticale des colonnes servant de support, et celle ordinairement horizontale de l’entablement, obligeaient toutes les parties secondaires à se disposer surtout suivant des lignes verticales ou horizontales. Des édifices de ce genre, dont les dimensions intérieures étaient naturellement très-limitées par la longueur des poutres ou des blocs de pierre en usage, suffisaient aux exigences du culte religieux des Grecs, dont les actes principaux s'accomplissaient en plein air. Les anciens Italiens (Étrusques), au contraire, découvrirent le principe de la voûte formée de pierres taillées en forme de coin. Cette invention, dans le domaine technique, permettait de couvrir, au moyen de voûtes, des édifices beaucoup plus vastes que ne pouvaient le faire les Grecs, avec leurs poutres en bois. Parmi ces constructions voûtées, on sait que les basiliques ont joué un grand rôle dans le développement ultérieur de l’architecture. Avec la voûte, l’arc en plein cintre fait son entrée dans l'art roman [byzantin), et forme le motif principal de la disposition et de l’ornementation générale. Les colonnes se transformèrent en piliers supportant un poids plus fort, auxquels vinrent se joindre, au moment de l’épanouissement complet de ce style, des colonnes de dimensions très -restreintes, et qui, à demi-encastrées dans la masse du pilier, contribuaient à l’ornementation en prolongeant, jusqu’en bas, les arêtes de la voûte qui rayonnaient de l’extrémité supérieure du pilier vers la toiture.

Dans la voûte, les pierres taillées en forme de coin pressent les unes contre les autres ; mais, comme la pression s’exerce régulièrement

vers 'intérieur pour toutes, chacune d’elles empêche, en réalité, les autres de tomber. La pression la plus forte, celle qu’il estle plus difficile de maintenir, est exercée par les pierres formant les portions horizontales de la voûte, qui ne trouvent plus ou presque plus de point d’appui dans les voussoirs voisins, et qui ne se maintiennent que grâce à leur forme particulière, et à l’épaisseur plus grande de leur partie supérieure. Aussi, dans les voûtes très-grandes, est-ce la portion horizontale centrale, qui offre le plus de dangers, celle qui entraîne tout dans sa chute, au moindre retrait des pierres voisines. Comme les édifices religieux du moyen âge prenaient des dimensions toujours plus considérables, on imagina de supprimer entièrement la portion moyenne horizontale de la voûte, et d’en prolonger les parties latérales, sous une moindre inclinaison, jusqu’à leur rencontre suivant une ogive.

A partir de ce moment, ce fut l’ogive qui domina, comme principe. L’édiOee s’entoura extérieurement de contre- forts. Ces derniers, ainsi que l’ogive qui envahissait tout, donnaient naissance à des formes anguleuses; les églises étaient énormes à l’intérieur. Les deux choses correspondaient au sentiment énergique des peuples du Nord; peutêtre même, ces formes élancées, surmontées des richesses de couleur et d’ornementation auxquelles se prêtent avec une logique admirable les dèmes gothiques, servaient-elles précisément à rehausser encore l’impression de la force et de la puissance.

Nous voyons donc ici comment les inventions techniques surgissant en face de difficultés sans cesse grandissantes, ont donné successivement naissance aux trois principes de style tout à fait différents, de la ligne droite horizontale, du plein cintre et de l’ogive, et comment, à chaque modification du plan général de la construction, toutes les parties secondaires se sont successivement modifiées jusque dans leurs plus petits détails d’ornementation. Aussi ne peut-on comprendre les règles techniques particulières de chaque construction, qu'en remontant au principe général qui régit l’ensemble. Bien que le style gothique ait donné naissance aux formes architecturales les plus riches, les plus logiques, les plus puissantes, les plus saisissantes, à peu près comme notre système musical moderne, par rapport aux précédents, il ne viendra cependant à l’idée de personne de prétendre que l’ogive soit la forme naturelle et primitive de toute beauté architectonique, et qu’elle doive être employée partout. On sait bien aujourd’hui qu’il est absurde, au point de vue de l’art, de percer des fenêtres gothiques dans un édifice en forme de temple grec; de même, tout le monde peut malheureusement voir dans la plupart de nos églises gothiques, combien les petites chapelles construites à la Renaissance, dans le style grec ou roman, jurent avec l’ensemble de la construction.

Pas plus que l’ogive gothique, nous ne devons considérer noire gamme majeure comme un produit de la nature ; ou, du moins, cela n’est admissible qu’en tant que toutes deux sont la conséquence nécessaire et naturelle du principe de style librement adopté. Et, si nous ne pouvons ajouter des ornements gothiques à un temple grec, nous ne pouvons pas davantage embellir les morceaux écrits dans les modes du plain-chant; en altérant les sons de manière à les faire rentrer dans notre gamme majeure ou notre gamme mineure. Jusqu’ici cependant, cette manière de comprendre le développement historique de l’art a fait encore peu de progrès chez nos musiciens, et même chez les historiens de la musique. Ils jugent, la plupart du temps, l’ancienne musique, d’après les règles de l’harmonie moderne, et inclinent à considérer toute infraction à ces dernières comme une simple maladresse des anciens, ou comme l’erreur d’un goût barbare (1).

Avant donc d’arriver à la construction des gammes et des règles de l’enchaînement harmonique, nous devons chercher h déterminer les principes du style, au moins dans les phases principales du développement de l’art musical. Pour l’objet qui nous occupe, nous pouvons distinguer trois périodes principales.

1° La musique homophone (à une seule partie) de l'antiquité, à laquelle se rattache la musique encore actuellement en usage chez les peuples orientaux et asiatiques.

2° La musique poly phone du moyen âge; elle admet plusieurs parties, mais sans attacher encore aucune importance à la signification individuelle des accords musicaux; son règne s'étend du dixième au dix-septième siècle, époque à laquelle elle se change en

3“ La musique harmonique ou moderne, caractérisée par l’importance que prend l’harmonie considérée en elle-même. Ses origines commencent au seizième siècle.

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