SS I
BSS
SBC
4. A la quatrième gamme , appartiennent la majeure partie des airs écossais qui présentent le caractère majeur ; il y manque la quarte et la septième de la gamme majeure. Gomme les mélodies écossaises de ce genre se trouvent par douzaines dans tous les recueils et sont gé-
(I) Playford, maître de danse, édition 1721 ; la première fat publiée eu 1GS7. — ’ Chants et Écosse, vol. III, p. 170.
néralement connues, je donne ici comme exemple un vieil air religieux chinois, d’après Bitschurin (I).
S. Je n’ai pas trouvé d’air appartenant exclusivement à la cinquième gamme , sans seconde, ni quinte; il en existe cependant, où la quinte seule ou les deux intervalles ne se présentent que tout à fait exceptionnellement. Dans le dernier cas, on rencontre la seconde mineure qui donne le caractère du mode phrygien de l’Eglise, par exemple, dans la très-jolie chanson : Auld Robin. Je donne ici un air en fa% où la seconde fait absolument défaut, et où la quinte n’arrive que deux fois comme note de passage, en sorte qu’on pourrait aussi bien la négliger.
The Braes of Balquhidder.
->-p.HSs!E
Will ye go, las-sie, go to the braes of Bal -
qiiliid-der, wherethe bine ber ries grow, ’mang the bon-nle bloo-ming hea-tlier.
Dn. Capo.
Where the deer and the rae, light-ly bounding to - ge-ther, Sport the loug - sumnicr - day, mang the braes of Balquhidder.
La règle donnée ordinairement que, dans les gammes gaéliques et chinoises, il n’existe ni quarte, ni septième, ne s’applique donc qu’à la gamme à cinq sons qui correspond à notre gamme majeure, et qui
(1) Ambrosch, toc. cit . , vol. I, p. 30. — Voir aussi le Premier air , p. 35, d'après Baron et Amiol.
GAMMES A CINQ SONS
domine dans les airs écossais d'aujourd’hui, probablement par réaction contre l’influence de notre système moderne. Les exemples cités précédemment prouvent que la tonique peut occuper toutes les places dans les gammes à cinq sons, si on veut leur accorder la propriété d’avoir une tonique. Les mélodies écossaises, sans exception, sont dépourvues de deux sons de notre mode majeur et mineur, de telle sorte que le demi-ton de la gamme devient le ton et demi. Parmi "les airs chinois, en tout cas, j’en trouve un qui se rattache à l’ancien système enharmonique des Grecs intenté plus tard, et qui présente des demi-toi s; il y trouvera son explication. Quant à l’absence, dans les chants écossais, des intervalles les plus écartés, elle provient probablement d’une série de quintes originairement trop restreinte, et qui ne pouvai t être prolongée assez loin pour donner naissance à des intervalles plus petits que des tons entiers, les seuls s’adaptant à tous les cas.
On trouve aussi, chez les Grecs, des traces de l’existence de semblables lacunes dans les gammes. Terpandre enrichit l’ancienne lyre à quatre cordes de trois autres, dont les deux extrêmes formaient une octave, accordées d’après Ottfried Müller (t), ainsi qu’il suit, d’après le système lydien :
Tetrachorde Tilcliorde
Cette gamme était formée d’un'tétrachorde et d’un trichorde ; elle correspond à notre gamme majeure d’où on ôterait la septième. De même, Nicomaque donne l’heptachorde dorien, antérieur à Pythagore, où manque encore le si :
Tétrachorde Trichorde
Les Grecs avaient la plus haute estime pour les errements de Terpandre, et Pindare employait encore son heptachorde quoiqu’à cette époque la gamme diatonique complète fût connue depuis longtemps (2).
La première de ces deux gammes s’adapte d’ailleurs aussi à beaucoup de mélodies écossaises dans leur forme actuelle, où s’est intro-
(1) Histoire de la littérature grecque, 2' édit, vol. I, p. 270.
(2) La mélodie attribuée 1 Pindare « Xpuatx <pôpixty£, • rentre dans la gamme de MûUer; le plus haut son n'y est pas employé.
duite la quarte qui, originairement, faisait défaut. De même, d'après une notice de Plutarque Olympos, qui doit avoir régularisé et répandu en Grèce le jeu de la flûte, un musicien, vraisemblablement contemporain de Terpandre quoique plus jeune, a employé dans son système les trichordes tels qu’ils se rencontrent dans la gamme à cinq sons.
ut — ré — fa — toi — la — ut.
L’ancienne gamme à cinq sons pouvait s’enrichir de deux manières. 11 était logique d’intercaler encore deux nouveaux sons au moyen des quintes, de même qu’on avait déduit la seconde et la septième du son initial de la quinte et de la quarte. Nous trouvons dans la gamme à cinq sons la série des quintes :
fa — ut — toi — ri — la.
Terpandre ajouta la quinte la — mi, et Pythagore mi — si, ce qui complète la gamme diatonique par quintes :
fa — ut — toi — ri — la — mi — ti,
ou, dans l’ordre habituel :
ut — ri — mi — fa — toi — la — ti — ut.
Mais, avant d’avoir ainsi complété la gamme diatonique, on paraît avoir eu recours à un moyen moins rationnel pour accroître la richesse de la gamme. De môme que quelques peuples asiatiques ont cherché à remplir arbitrairement l’espace compris entre le son fondamental et la quarte, de même, on introduisit des degrés arbitraires dans les trichordes de la gamme à cinq sons, et c’était même plus facile pour l’oreille, de partager en deux, le plus petit intervalle d’un trichorde de ce genre qui comporte un ton entier, que l’intervalle, plus grand, d’un ton et demi, dans lequel la hauteur du son intercalaire serait restée encore assez douteuse, tant qu’on n’avait aucun principe certain pour en déterminer la position. Donc, au lieu du trichorde :
ut — ri — fa ou ri — mi — toi , on employait le tétrachorde :
ut — ut H — ri — fa
ou
ré — ré; l — mi — sol
ce qu’on appelait un tétrachorde chromatique par opposition aux tétrachordes diatoniques, parmi lesquels on distinguait trois variétés :
Variété lydienne ut — rt — mi — fa
Variété phrygienne ri — mi — fa — toi
Variété dorienne mi — fa — sol — la.
Bellermann admet avec raison, que l’intercalation de l’tri# entre \'ut et le retire son origine de la manière dont la voix passe d’un son à un autre, ce que les instruments, la cithare et les flûtes, ne pouvaient imiter qu’en intercalant un nouveau son. On trouva plus tard le mode chromatique, voluptueux, mou, larmoyant (1), et, en effet, on peut donner quelque chose de très-larmoyant à une mélodie écossaise, en en déformant les intervalles suivant les règles de la chromatique grecque, par exemple :
La propriété des anciennes gammes à cinq sons de remplacer les tétrachordes lydien ou phrygien des gammes diatoniques par des trichordes, en supprimant le troisième son de chaque tétrachorde, s’introduisit, d’après le témoignage de Plutarque Olympos, dans la gamme dorienne qui représentait la gamme grecque, par opposition aux systèmes asiatiques. De môme, par conséquent, que le mode lydien avait, de ut — ré — mi — fa, tiré ut — ré — fa, et le mode phrygien, de ré — mi — fa — sol, tiré ré — mi — sol, Olympos, du mode dorien :
mi — fa — sol — la,
fit:
mi — fa — la.
Ce dernier trichorde se distinguait des deux précédents en ce que son premier degré est un demi-ton, et les deux autres intervalles
(1) Aristide Quintil., éd. Meiboœius, p. 1S. Anonyme de Bellermann, secl. JO.
sont d’un ton entier. Ces trichordes d’Olympos, appelés enharmoniques, ne pouvaient prendre naissance qu’après la découverte de la gamme diatonique; aussi Plutarque rapporte-t-il, d’après une notice d’Aristoxène, qu’avant Olympos tout était diatonique ou chromatique ; c'est reconnaître expressément que le mode enharmonique est venu le dernier. Quant à la question de savoir si Olympos a altéré la gamme diatonique dorien ne à l’imitation de l’ancienne gamme à cinq sons, qu’on ne peut supposer connue chez les peuples de l’Asie occidentale qu’en s’appuyant sur l’existence du mode chromatique, et de la lyre à sept cordes de Terpandre, c’est une hypothèse d’Ambrosch qui me paraît présenter beaucoup de vraisemblance. L’ancienne gamme enharmonique d'Olympos aurait été dans une octave :
mi — fa — la — si — ul — mi.
Cette gamme se trouve aussi dans des morceaux chinois (1), où elle peut avoir pris naissance de la même manière, par l’abréviation de la gamme diatonique complète à l’imitation de l’ancienne. Enfin, plus tard, chez les Grecs, la gamme enharmonique fut formée par l’intercalation dosons dans le petit intervalle, comme les tétrachordes chromatiques provenaient des trichordes asiatiques. Par conséquent, en représentant par le signe X l’élévation d’un quart de ton, le tétrachorde enharmonique était le suivant :
. mi — mi X — fa — la
création assez singulière et monstrueuse qui était tombée en désuétude (2) déjà du temps d’Aristoxène, un élève d’Aristote, dont les écrits sont restés ce qu’il y a de plus ancien sur la musique grecque. Selon Plutarque, on abandonnait les quarts de ton quand on voulait faire de la musique à la manière antique. Ainsi s'explique la contradiction des opinions relativement au mode enharmonique : on vantait beaucoup l’ancien système, trouvant le nouveau lourd et antimélodique. Aristoxène explique aussi que les mélodies où n’existc pas le lichanos (le troisième son du tétrachorde), loin d’être mauvaises, sont les meilleures (3).
h' enharmonique d'Olympos paraît une inconséquence, si l’on veut
(1) Amhroscli, Histoire de la musique, vol. I, p. 3 ô; le second morceau rapporté d'après du Halde.
(2) D'après une opinion d'Arisloxène, citée par Théon.
(3) Aristoxène, vol. I, p. 23.
déduire la construction de la gamme de la série des quintes. On abandonne en effet les premiers sons donnés par la série pour les autres. Avait-on déjà un sentiment plus net de la parenté des tierces? Dans les trichordes de la gamme à cinq sons :
ut — ri — fa ou ré — fa — sol
une tierce mineure était intercalée dans la quarte; dans les trichordes d’Olympos, au contraire,
mi — fa — la, ou sol — si — ut
le son central est la tierce majeure de l’un des sons extrêmes, et la sensible de l’autre, si l’on veut admettre des sensibles dans un mouvement descendant, ce qui ne se présente pas dans les gammes modernes. La tierce majeure est d’ailleurs un intervalle qu’on saisit plus nettement que la tierce mineure. C’est peut-être là l'origine de la découverte d’Olympos. De même, au quatrième siècle avant J. -C., Archytas avait trouvé, pour le plus grand intervalle du mode enharmonique, le vrai rapport * de la tierce majeure consonnante, tandis que ce rapport n’a été fixé que beaucoup plus tard par Didymus, dans la gamme diatonique. On pouvait en effet, dans le mode diatonique, accorder les intervalles en procédant par série de quintes, et les musiciens mathématiciens faisant leurs calculs en s’appuyant sur cette base. Dans les modes enharmoniques, au contraire, la série des quintes était interrompue, et, par suite, on trouvait plus facilement les rapports naturels.
Au reste, toutes les transformations successives proviennent de la gamme diatonique à sept sons, qui a été proposée et inventée par Pythagore dans l'étendue complète d’une octave. La construction originelle de cette gamme repose sur la série des quintes ; c’est ce. qui ressort de la comparaison avec les gammes précédentes, aussi bien que des définitions des intervalles données par Pythagore. Ils sont tous, en effet, évalués en quintes. En posant w/, égal à I, on trouve la série:
fa — utt — jol, — rit — /o, — mi, — si,
où la valeur numérique de chaque terme s’obtient en multipliant le précédent, par j> rapport de la quinte. En réduisant ces sons à l’octave m/j — u/„ nous avons :
fax — uf, — solx — rix — lat — mi, — i»,