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RÈGLES DE MODULATION

Dès que les violonistes se décideront à jouer leurs gammes suivant les' intervalles naturels, difficulté à peine appréciable pour eux, tous les autres instruments d'orchestre pourront se modifier de manière à s’adapter à la gamme plus juste des violons. Au reste, les cors et les trompettes ont déjà la gamme naturelle.

Il faut d’ailleurs remarquer ici que, si l’on prend le système naturel pour base des modulations, certaines d’entre elles relativement simples doivent s’opérer par des changements enharmoniques, ce qui n’aurait pas lieu dans le système tempéré. Il me paraît nécessaire que la nouvelle tonique à laquelle on veut arriver soit alliée à la tonique primitive ; plus l’affinité sera grande, et moins le passage sera forcé. En outre, il ne sera pas avantageux de rester longtemps dans un ton dont la tonique ne sera pas une alliée voisine de la tonique principale de la phrase. Les règles ordinairement données pour la modulation sont toutes d’accord sur ce point. Les changements de ton les plus faciles et les plus usités se font, comme on sait, à la dominante ou à la sous-dominante, qui, par le fait, so^it les notes les plus étroitement alliées à la première tonique. Si donc ut est la tonique primitive, on peut immédiatement passer en sol majeur, où le fa et le la de la gamme d’w/ deviennent le /a# et le la. On peut aussi passer en fa majeur en changeant le si et le ré en «'[, et en ré. Cela fait, on pourra souvent passer dans un ton relié à l’u* seulement par une affinité du second ordre, par conséquent du sol au ré, ou du fa au sfy. Si l’on voulait continuer à moduler de cette manière, on arriverait aux tons de la et de /««[,, dont le lien avec la tonique primitive ut n’est plus que très-peu sensible, et dans lesquels, en tout cas, il ne serait pas avantageux de séjourner, si l’on ne veut affaiblir très-notablement le sentiment de la tonalité principale.

D’autre part, on peut, à partir delà tonique principale ut, procéder par tierces ou par sixtes, et passer en mi, en la, ou en mi[, et en la\,. Dans le système tempéré, ces modulations s’identifient avec le passage en la et en mi, par l'intermédiaire du sol et du ré, ou en mi\, et en la[, par l’intermédiaire du fa et du «J,. Mais ils se distinguent entre eux en réalité, comme le la et le la, le mi et le mi, etc. Dans le système tempéré, il semble permis de passer de l’wf par une sixte au ton de la, puis de revenir, par quintes, vers le ré, le sol et enfin l’u/. Mais, par le fait, on revient à un ut différent de celui dont on est parti. Pour une marche de ce genre, qui n’est pas tout à fait rationnelle, on devrait, dans le système naturel, admettre un changement enharmonique ; ce qu’il y aurait de mieux, ce serait de le faire pendant qu’on

serait en ré, parce que le ré et le ré ont tous deux avec l'u/ une affinité du second ordre. Dans les modulations compliquées des compositeurs modernes, il faudrait souvent faire des changements enharmoniques de ce genre. Un goût exercé devra déterminer où il faut les placer dans chaque cas particulier; je crois cependant qu’il est en général préférable d’observer la règle déjà énoncée, c’est-à-dire de choisir la hauteur des nouvelles toniques auxquelles on arrive par modulation, de manière à maintenir aussi étroite que possible leur affinité avec la tonique primitive. Les changements enharmoniques seront aussi peu remarqués que possible, si on les fait suivre ou précéder d’accords dissonnants bien caractérisés, par exemple des accords de septième diminuée. Au reste, les violonistes aujourd’hui font quelquefois, nettement et à dessein, des changements enharmoniques de ce genre, qui, bien placés, sont même d’un très-bon effet (I).

(I) Exemples dans Naumann, Bestimmungen dcr Tonverhüllnisse. Leipzig, 1858, p. 48 et suivantes.

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