QUINTES DE SUITE
former le groupement coordonné des harmoniques d’un son. Ainsi des successions comme
ri — sol — si ut — fa — la,
sont, d’après les prescriptions des théoriciens, moins bonnes que
si — ré — sol la — ut — fa.
C’est qu'en effet, ré — sol — si peut être considéré comme l’ensemble du troisième, du quatrième, du cinquième son partiel du son complexe sol ; au contraire si — ré — sol ne se compose que du cinquième, du sixième et du huitième. Par suite la monotonie sera beaucoup plus nettement prononcée dans la première succession que dans la seconde, que l’on introduit souvent dans de longs passages où elle se change en diverses espèces de tierces et de quartes.
Dans l’histoire de la musique, la proscription des quintes a été une réaction contre les premières et imparfaites tentatives de chant à plusieurs parties, qui se limitaient aux accompagnements par quartes ou quintes. Comme toute réaction, elle fut exagérée dans une époque stérile, où l’inspiration était remplacée par des règles mécaniques, et l’absence des suites de quintes devint le signe caractéristique d'un morceau bien fait. Les harmonistes modernes s’accordent à reconnaître, qu’on ne doit pas renoncer à certaines beautés du mouvement mélodique pour éviter les suites de quintes, quoiqu’il vaille mieux S’abstenir de ces dernières, tant qu’on n’a rien autre chose à sacrifier.
La proscription des quintes se rattache d’ailleurs à un autre point de vue, sur lequel Hauptmann a appelé l’attention. Il n’est pas facile, môme en le cherchant, de faire des quintes de suite, quand on passe d’un accord consonnant de trois sons à un de ses proches alliés, parce que, dans ce cas, d’autres chemins s’offrent aux parties. Ainsi, par exemple, on va de l’accord parfait d 'ut majeur aux quatre accords suivants qui lui sont directement alliés, en donnant à la basse fondamentale une progression par tierces ou par quintes :
ut — mi — sol ut — mi — la ut — mi — sol si — mi — sol
ut — mi — sol ut — fa — h ut — mi — sol si — ri — sol.
Mais, si la basse fondamentale procède par secondes et qu’on
ne passe plus à l’accord immédiatement voisin, le nouvel accord, non renversé, introduit une suite de quintes. Par exemple :
sol — si — ré ou sol — si — ré la — ut — mi ou fa — la — ut.
Dans un cas semblable, il faut donc chercher une progression de nature différente, par intervalles plus grands, comme :
sol — jri — ri ou sol — si — ri mi — la — ut ou Ja — ut — fa,
si on veut éviter les quintes.
Par conséquent, pour les accords alliés entre eux et proches voisins dans la gamme, les suites de quintes disparaissent d’elles-mêmes ; là où elles se présentent, elles témoignent d’une transition trop brusque ; si c'est là le but qu’on poursuit, il vaut mieux donner aux parties une marche plus semblable à celle qui naît d’elle-même dans le passage sur des accords voisins.
La raison, mise en avant par Hauptmann, à propos des successions de quintes, paraît de nature à donner à la loi encore plus d’importance. Ce n’est pas le seul motif de la proscription des quintes; ce qui le prouve, c’est que la succession interdite
sol — si — ri fa — la — ut
devient permise, si elle a lieu dans les renversements
si — ri — sol la — ut — fa,
où la basse fondamentale franchit le même intervalle.
On a rattaché au même paragraphe la proscription de ce qu’on appelle les quintes et octaves cachées, au moins pour les parties extrêmes d’une phrase polyphone. Cette interdiction signifie que la partie supérieure et la partie inférieure ne doivent pas arriver par un mouvement de même sens à la consonnance d’octave ou de quinte (douzième). Elles doivent plutôt s’y acheminer par mouvement contraire, l’une montant, l’autre descendant. Dans une phrase à deux voix, il en serait de même pour l’unisson. Cette règle signifie simplement que, chaque fois que les parties extrêmes se réunissent sur un# note, elles doivent être en repos relatif, l’une par rapport à l’autre. Quand ce cas se présente, le mouvementest mieux équilibré si les parties, qui comprennent entre elles la masse sonore, se rapprochent en venant de points opposés, que si le centre de gravité de l’ensemble est entraîné dans un mouvement de même sens que celui des parties ex-