‹ La MusiqueChapitre 159 sur 188 · CHAPITRE XIX ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX ET DERNIER

POINTS DE CONTACT AVEC l’eSTD ÉTIQUE.

Dans la dernière partie de ce livre, je me suis efforcé de prouver, que la construction des gammes et des formes harmoniques est un produit de l’invention artistique, et nullement le résultat immédiat de la structure ou des activités naturelles de notre oreille, comme on l’a prétendu jusqu'ici le plus souvent. Les lois naturelles de nos activités auditives y jouent, à la vérité, un rôle d’une grande et considérable importance ; elles sont, en quelque sorte, les matériaux que le sentiment artistique de l’homme a mis en œuvre, pour élever l’édifice de notre système musical, dont la structure ne peut s’expliquer si l’on ne connaît exactement la nature des parties qui le composent. C’est précisément ce qui ressort très-nettement de l’ensemble de nos études. Mais, de môme que les peuples ont été conduits, par la différence de leurs goûts, à construire avec les mêmes pierres des édifices de caractères très-différents, de même aussi nous voyons, dans l’histoire de la musique, les mêmes propriétés de l’oreille humaine servir de base à des systèmes musicaux très-divers. D’après cela, à mon avis, nous ne pouvons douter que non-seulement la naissance des chefs-d’œuvre de la musique, mais même la construction de notre système de gammes, de tons, d’accords, en un mot de tout ce qui rentre ordinairement dans la théorie de l Harmonie, ne soient une création du sentiment artistique, et, par conséquent, ne doivent être soumises aux lois de la beauté esthétique. Par le fait, depuis Terpandre et Pvthagore, pendant une période de deux mille cinq cents ans, l’humanité a travaillé sur le système diatonique auquel elle a fait subir de nombreux changements ; et, comme on peut même encore aujourd’hui le reconnaître dans un grand nombre de cas, les compositeurs les plus distingués sont précisément ceux qui ont introduit dans le système musical, les modifications progressives qife leur fournissait spontanément leur imagination, ou qu’ils sanctionnaient par la mise en œuvre artistique de matériaux étrangers.

L’analyse esthétique des plus grandes œuvres musicales et l’intelligence des causes de leurs beautés, se heurtent presque toujours encore à des obstacles insurmontables en apparence. Au contraire,

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