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DIFFÉRENCES ENTRE LA VUE ET L'OUIE

considérer que les mouvements de l’air parallèles à son axe, et pour que nous n’ayons à analyser que les déplacements des molécules * gazeuses, de l’extérieur à l'intérieur et réciproquement, c’est-à-dire entre l’orilice et le fond de l’appareil auditif. Les grandeurs de ces déplacements, aussi bien que celles des vitesses des molécules de l’extérieur à l’intérieur, comportent la même espèce d’addition que les éminences et les dépressions de l’eau agitée. Donc , si plusieurs corps sonores déterminent simultanément dans l' atmosphère la formation de plusieurs systèmes d'ondes sonores , les modifications de la densité , les déplacements et les vitesses des molécules dans le conduit auditif , sont respectivement égaux à la somme des quantités correspondantes provenant de chacun des systèmes pris isolément (i) ; et, dans ce sens-là, nous pouvons dire de toutes les vibrations qui émanent des divers systèmes d’ondes, qu'elles coexistent simultanément dans notre oreille, sans se détruire mutuellement.

Après avoir ainsi résolu cette première question, de savoir dans quel sens il était possible à plusieurs systèmes d’ondes différents de coexister simultanément sur l’eau ou dans l’air, arrivons à déterminer la nature de la faculté départie aux organes de nos sens, pour qu’ils puissent redécomposer un tout aussi complexe en ses éléments constitutifs.

J’ai déjà fait remarquer, que l’œil, qui embrasse une vaste étendue d’eau violemment agitée, peut, avec assez de facilité, isoler les lignes d’ondes les unes des autres, et les suivre séparément dans leur marche. L’œil a ici, sur l’oreille, un grand avantage; il peut embrasser d’un seul coup une vaste étendue de la surface liquide. Il distingue donc facilement si les lignes d’ondes sont droites ou courbes, si elles ont ou non le même centre de courbure, dans quel sens elles se propagent ; dans toutes ces remarques, il trouve autant de moyens de distinguer si deux éminences appartiennent au même système, de démêler les différentes portions de chacune d’elles. En outre, sur l’eau, les ondes d’inégale longueur avancent avec des vitesses inégales, et, par suite, s’il se produit, à un moment donné, une confusion qui rende l’analyse difficile, immédiatementaprès l’une des lignes dépasse l’autre, et bientôt elles redeviennent séparément visibles. De cette manière, il devient très-facile à l’observateur de distinguer, dans l’ensemble, chaque système d’après son point de départ, et de le suivre de l'œil pendant sa marche subséquente. Ainsi, le sens de la vue ne pourra jamais confondre deux systèmes d'ondes ayant deux origines différentes, par

(I) U en est de meme pour tout l’espace rempli par l'air, si on compose les déplacements d'après les lois du parallélogramme des forces.

exemple, les cercles produits sur l’eau par la chute de deux pierres en • des points différents. Au point d’intersection, il pourra ne pas être facile de distinguer les deux cercles, mais ils resteront toujours sépares sur la plus grande partie de leur circonférence. L’œil ne peut donc pas arriver facilement à confondre un mouvement ondulatoire simple avec un mouvement composé. C’est là précisément ce que fait l'oreille dans des circonstances tout à fait semblables, lorsqu’elle décompose un son émanant d’une source unique, en une série de sons élémentaires.

En présence d'un système d’ondes sonores, l'oreille se trouve dans une position bien plus défavorable que l’œil en face d’un système d’ondes liquides. Elle n’est affectée, en effet, que par le mouvement de fa masse d’air qui se trouve dans le voisinage immédiat de la membrane du tympan, dans le conduit auditif. Le diamètre de ce dernier étant relativement petit par rapport à la longueur d’onde, qui varie de G pouces à 32 pieds pour les sons usités en musique , la section transversale du conduit auditif ne correspond qu’à un seul point de la masse d’air en mouvement. Ce conduit a lui-même une longueur trop faible, pour que la densité ou la vitesse varient sensiblement de l’un à l'autre de ses points ; les distances qui séparent la plus forte de la plus faible densité, la plus grande vitesse positive de la plus grande vitesse négative, sont, en effet, toujours égales à une demi-longueur d’onde. . L’oreille se trouve, par conséquent, un peu dans la même situation que l’œil obligé de regarder, à travers un tube étroit, un point de la surface liquide dont il pourrait distinguer l’ascension ou la descente. Si, dans ces circonstances, nous demandions à la vue d’entreprendre l’analyse des ondes composées, il est aisé de comprendre que l’œil échouerait complètement dans la plupart des cas. L’oreille n'est pas en état de reconnaître la nature du mouvement de l'air dans les parties éloignées de l’espace, la surface plane ou sphérique des ondes qui viennentla frapper, leur combinaison en un on plusieurs cercles, le sens de leur marche. 11 lui manque tous ces auxiliaires qui assurent principalement la supériorité de l’œil.

Si pourtant, l’oreille, malgré toutes ces difficultés, possède la faculté de distinguer les sons émanant de sources différentes, — et, par le fait, elle témoigne d’une remarquable aptitude à résoudre ce problème, il faut qu’elle opère cette séparation au moyen de procédés et de facultés tout à fait différents de ceux employés par l’œil. Quels que soient ces procédés, — nous chercherons plus tard à en déterminer la nature, — il est évident que la faculté d'analyser une masse sonore doit reposer sur des propriétés déterminées du mouvement de l’air, qui peuvent se distinguer dans une masse gazeuse aussi faible, que

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