VIBRATIONS DES CORDES
On arrive à faire vibrer une spirale de laiton suivant ces différentes formes, en l’attaquant avec le doigt dans le voisinage d’une extrémité, pour la forme a dans le rhythme de la plus longue vibration ; pour b, deux fois aussi vite; pour c, trois fois; pour d, quatre fois aussi vite. Ou bien encore, on appuie les doigts sur le nœud le plus voisin de l'extrémité de la corde que l’on pince entre ces deux points. Si donc on fixe y dans la figure 17 c, ou J, dans la figure 17 d, et qu’on pince la corde en e, les autres nœuds s’accusent dans la vibration.
Pour mettre en évidence les formes de vibrations d’une corde sonore, ce qu’il y a de mieux, c’est de placer sur la table d’harmonie un diapason qui donne le son correspondant à la forme considérée. Si on ne veut obtenir qu’un nombre déterminé de nœuds, sans faire exécuter à chaque point de la corde des vibrations simples, il suffit de toucher légèrement avec le doigt l’un des nœuds considérés, et d’ébranler la corde soit par la percussion, soit avec l’archet. Le contact du doigt avec la corde étouffe toutes les. vibrations simples qui n’offrent point de nœuds à l’endroit considéré, et il ne reste que celles qui laissent la corde en repos aux points dont il s’agit.
Le nombre des nœuds peut devenir assez grand sur de longues cordes minces; il peut s’accroître jusqu'à ce que les portions, comprises entre deux nœuds consécutifs, soient trop courtes et trop rigides pour pouvoir encore résonner. Les cordes très-fines donnent, par conséquent, des sons plus élevés que les grosses. Sur le violon, sur les cordes graves du piano, on tire bien encore des sons avec dix divisions; sur des fils de fer très-fins, on peut même en obtenir avec seize ou vingt divisions de la corde.
Les formes de vibrations, précédemment décrites , sont celles où chaque point de la corde exécute une vibration pendulaire. Ces mouvements n’éveillent jamais, par conséquent, dans l’oreille, que le sentiment d’un seul son. Dans toutes les autres, les vibrations des cordes ne sont pas simplement pendulaires, mais se produisent suivant une loi différente plus compliquée. C’est toujours ce qui arrive quand la corde est ou pincée (guitare, harpe, cithare), ou frappée (piano), ou ébranlée par l'archet.
Les mouvements qui se produisent alors, peuvent être considérés comme composés de beaucoup de vibrations simples, semblables à celles représentées dans la figure 17. La multiplicité des formes composées est infiniment grande ; la corde peut, en effet, prendre une forme quelconque (pourvu qu’on reste toujours entre des limites trèsrapprochées de la position d’équilibre). Toute forme d’onde, en effet, peut être composée d’un certain nombre d’ondes simples, analogues à celles de la figure 17, comme on l’a dit dans le second chapitre. Une
6i THÉORIE PHYSIOLOGIQUE DE LA MUSIQUE,
corde pincée, frappée ou ébranlée par l’archet, peut donc faire entendre, outre le son fondamental, un grand nombre d'harmoniques, en général, d’autant plus, que la corde est plus line. Le son particulièrement sifflant des cordes métalliques très-fines tire évidemment son origine de ces notes aiguës supplémentaires. On peut facilement, au moyen des résonnateurs, en distinguer jusqu’à seize. Les plus élevées sont trop voisines les unes des autres pour être séparées d'une manière appréciable.
Si donc une corde vibre sous l’influence d’un son musical, émis dans l’air ambiant à la hauteur convenable, il se produit, en règle générale et simultanément, toute une série de formes simples de vibrations; si, en particulier, le son émis coïncide avec le son fondamental de la corde, les harmoniques se correspondent également, et peuvent déterminer les formes diverses de vibrations de la corde. En général, la corde vibrera sous l’influence des vibrations aériennes, toutes les fois que, dans la décomposition de ces dernières, il existe un terme correspondant à l’un des harmoniques de la corde. Mais, le plus ordinairement, la présence d’un de ces termes entraîne celle de plusieurs autres, et il sera difficile, dans beaucoup de cas, de distinguer le son qui met la corde en mouvement. Aussi les cordes ordinaires ne sont-elles pas d’un usage aussi avantageux que les membranes, ou les masses gazeuses des résonnateurs, pour trouver les sons existant dans une masse sonore au moyen du phénomène dg. i reste l’influence.
Pour faire l’expérience des sons par influence sur le piano, il faut enlever le couvercle de l’instrument, pour que le son se produise librement; baisser lentement la touche qu’on veut faire vibrer, l’uf9, par exemple, en évitant de laisser frapper le marteau, puis placer en travers de la corde ut3 une petite paille. On verra remuer et même tomber cette dernière, si on frappe certaines autres cordes du piano ; le mouvement le plus fort de la paille correspond aux sous-harmoniques, utly fa„, ut0,la— ,, fa — „ ré — , et ut — t. Il se produit aussi un mouvement, mais moins fort, si on frappe un des harmoniques supérieurs, ut3 , sol3 ou utA ; cependant, dans ce dernier cas, la paille si on la met sur un des nœuds.
En la plaçant, par exemple, sur celui du milieu, elle reste immobile pour ut3elutA, et s’agite pour sol3. Placée au 1/3 de la corde, elle reste en repos pour sol3, et s’agite pour ut3 et utk. Enfin, on peut encore mettre la corde en vibrations, en émettant un des sous-harmoniques de l’un des harmoniques de la corde elle-même, par exemple, la note fa, dont le troisième harmonique ut3 est identique au second de ut3. Ici aussi, la paille reste immobile si on la place au milieu de