G. Sand, Lettres d'un voyageur
fio i\ .Misinra.
pai'friilpnipnl onniiyouso, la musiquo dont la puissanco ost toute (le sentiiiiont et (hï passion.
Il ne faut pas oublier d'ailleurs que les formes mélodiques et les combinaisons harmoniques laissent toujours à l'imagination une part immense d'invention et de rêverie, et que, quand les paroles ne sont pas là pour fixer l'attention sur un point déterminé, ou même tout simplement quand on ignore le titi'e du morceau qui est joué, on peut devenir assez facilement la dupe de ses sensations musicales et se laisser aller à de bien étranges erreurs. 11 suffit que l'imagination prenne son vol en partant d'une idée préconçue; il n'en faut pas plus pour se créer toute une histoire qui n'aura souvent aucun l'apport avec l'intention du compositeur. >"a-t-on pas vu un admirateur de Beethoven, un esprit de premier ordre dans les choses d'art, un auteur qui a écrit sur la musique des pages d'une émotion profonde et d'une éloquence admii'able, fain;de \a Symphonie pastorale un poëme inspiré du Paradis perdu de Milton, et placer la chiite de l'ange rebelle là où le compositeur fait chanter la caille et le rossignol. Le même écrivain a réparé toutefois cette naïve et étrange méprise en parlant ailleurs de la même œuvre dans un style digne d'elle. « Plus exquise « et plus vaste que les plus beaux paysages en peinture, ic la Symphonie pastorale de Beethoven n'ouvre-t-elle pas à « l'imagination des perspectives enchantées, tout un para- « dis terrestre où l'âme s'envole, laissant derrière elle et « voyant sans cesse s'ouvrir à son approche des horizons « sans limites, des tableaux où l'orage gronde, où l'oiseau « chante, où la tempête naît, éclate et s'apaise, où le soleil « boit la pluie sur les feuilles, où l'alouette secoue ses « ailes humides, où le cœur froissé se répand, où la poi- « trine oppressée se dilate, où l'esprit et le corps se rate niment et, s'identifiant avec la nature, retombent dans « un repos délicieux* n.
Quant aux extravagances d'harmonie imitative, elles ont été de tout temps innombrables, et ne semblent pas prés de