Sauf dans quelques imitations archaïques
g('n(''ralo ot al)soliie. La sinipliciié ne |il;ut pas à loiit le inonde; corlains esprits aiment la complication; la vanité et la pédanterie y trouvent leur compte, et les pédants se soncient fort peu d'être clairs : le premier de leurs soucis est d'être sinon admirés, du moins considérés avec étonnement. Jûi<;iiez à cela la paresse ou l'entêtement de certains musiciens qui avaient leurs habitudes prises, et qui, ayant surmonté les difficultés, ne se souciaient pas d'apprendre du nouveau, môme quand ce nouveau aurait dû faciliter leur travail par la suite. On ne saurait s'expliquer autrement la persistance de notations embrouillées, d'un aspect effrayant, difficiles à lire, très-longues à écrire, et vraiment dignes de figurer avec les neumes barbares des premiers temps.
Nous exposerons ici, comme modèle à ne pas imiter, bien entendu, une notation inconnue aujourd'hui, qui semble avoir été d'un usage assez général chez les organistes, et que le savant Forkel assure avoir persisté jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Les principes de cette notation étaient les suivants, d'après cet auteur :
Les notes exprimées par des lettres :
ot rè ml fa 5ol la st
7 petites non baiTécs c i^ "^ f ^ "^ v
7 petites avec une bfiire. . . c 0 i? | i'^ "^ -^
7 petites avec deux barres, c ^ ^ J ^ ^'' / Fig. 30.
On ajoutait quelquefois c barré 5 fois, pour avoir 4- octaves pleines, les orgues au seizième siècle ayant déjà au moins cette étendue.
La valeur des lettres ou notes et des pauses était marquée comme l'indique la figure 51.
Quand les lettres étaient sous ces signes, le signe mar-
76 LA MISIOIIE.
quait la val(^ur de la nofo. Seul, sans la lettre, le signe indiquait une pause de même valeur. Quand deux ou plu-
I -Signifie une note d'une mesure pleine. ■ j- — une pause d'une mesure pleine.
une demi-mesure.
un quart de mesure.
un liuitièine de mesure.
un seizième de mesure.
K — un trente-deuxième de mesure.
Fife'. 51.
sieurs lettres de même valeur se suivaient, on les notait de la façon suivante :
A Marquait 2 demi-mesures.
Z^ 1 1 1 — 2 ou 4 quarts de mesure.
^p I [ 1 1 — 2 ou 4 huitièmes de mesure.
dç^ 1 1 1 1 — 2 ou 4 seizièmes de mesure.
2 ou 4 trente-deuxièmes de mesure.
Fig. 5-2.
Se présentait-il dans un morceau une note chromatique, on mettait à côté de la lettre qui la représentait un petit crochet.
Donnons avec la traduction quelques mesures d'un morceau écrit dans cette notation, pour qu'on saisisse l'application du svstème. On trouve dans un livre de tablature
d'orgue, à la dalo do 1585, un iiiorcoaii de Josquin, à 6 voix, adapté à l'orgue. Disons d'avance que riiaiinonio n'en est pas très-touffue et que les voix ou parties marchent rarement toutes ensemble.
tt
tJJ^S^J
^fe
Fig.
La notation par lettres ne disparut pas de la pratique nmsicale. Par exemple dans les « AIRS DE COVR MIS EN TABLATVRE DE LVTH PAR ANTHOYNE BOESSET, maistre de la Musique de la Chambre du Roy et de la Reyne » (à la date de 1620), on trouve deux notations réunies, celle des signes modernes et celle des lettres : la première est pour le chant, la seconde pour l'instrument. Je transcris quelques notes d'un de ces airs avec
LA Mli'SIUUli:.
raccompagncinoiU pour qu'on puissi) juger do l'effet produit par l'oiiseinble :
eu (lut Icii lut biiijJt (Il^cc
oc.
ct
et
Fig. Si.
Les lettres sont toujoui's employées par les facteurs de pianos qui les impriment dans leurs instruments pour indiquer la série des notes, ce sont du reste toujours les mêmes lettres, qui se répètent, avec le même aspect, quelle que soit l'octave. Qu'on ouvre un piano, on trouvera au-dessus des chevilles, sur le sommier, les caractères suivants: i# B C# /)# EF^ Gn^ Ai^ B C^ D^ £fif GSetc, ce qui revient à la, lai^, si, ut, ut^, ré, re'S, mi, fa, fa^, sol, solif, la, etc., et ainsi de suite, tant qu'il y a des touches, c'est-à-dire des notes. Le demi-ton n'est indiqué que d'une manière, par un dièse. On voit que c'est plutôt un moyen mécanique de se reconnaître dans le classement de chaque octave qu'une véritable notation musicale.
Les lettres grégoriennes se retrouvent encore dans certaines notations étrangères modernes, mais seulement à titi'e d'indication du ton en tète de morceaux, sur des catalogues, ou sur des programmes de concert. Chez nous on imprimera en toutes lettres les formules suivantes : symphonie de Beethoven en ut majeur ou en ut mineur; trio de Haydn en fa majeur, ou en la b majeur, ou en fa ^ mineur. En Allemagne, les mêmes formules auront pour équivalentes les expressions suivantes : symphonie de Beethoven en C dur ou en C moll ; trio de Haydn en F dur ou en As dur ou en Fis moll. Comme j'ai vu pas
mal dp porsonnos embarrassées par ces dénominations, et (pranjourd'luii on impoi'te en France beaucoup de nnisi(|ue imprimée en Allemaj^iie, je demande la permission de doimer connue renseignement le tableau des trois séries de notes : naturelles, diésécs et bémolisées, telles que les Allemands les emploient dans les indications typographiques de tonalité. La syllabe dur ajoutée signifie majeur et la syllabe moll, mineur.
C, D, E, F, G, A, H. ^'otcs naturelles.
ut, ré, mi, fa, sol, la. si.
Cis, Dis, Eis, Fis, Gis, Aïs, His. Notes diésées.
Ces. Des, Es, Fes, G es. As, B. Kotes bémolisées.
On retrouve les mêmes lettres et les mêmes syllabes chez d'autres peuples dont la langue a du rapport avec la langue allemande ou ({ui ont emprunté au.v Allemands leur terminologie nnisicale. Les Suédois, entre autres, sont dans ce cas.
En 1745, Jean-Jacques Rousseau exposa un système de notation où les signes ordinaires étaient remplacés par des chiffres. Ce système ne fut pas approuvé, il faut l'avouer, par le grand nuisicien Rameau. De nos jours il a été repris par Pierre Galin, soutenu et propagé avec une grande ardeur par Aimé Paris et Emile Chevé. Voici les éléments principaux de ce système, qui est aujourd'hui fort répandu, qui a produit des résultats considérables, et qui mérite sans contredit d'être étudié ou au moins connu par quiconque s'occupe de nuisique'.
On prend comme base la gannne du médium de la voix, et on la représente par les 7 premiers chiflxes :
ut ré mi l'a sol la si. 12 5 4 5 6 7.
L'octave supérieure se compose des mêmes chiffres surmontés d'un point: