Celui de M. Foiuier
Instruments de musique. — Trois faniillcs d'instruments. — Instruments à percussion, instruments à vent, instruments à cordes. — Instruments A percussion: 1° Instrmnents à sons indéterminables : castagnettes, triangle, chapeau ou pavillon cliinois, sistre, cymbales, tam-tam, tambour, tambour roulant, tambourin, tambour de basque, grosse caisse. — 2" à sons tixes et appréciables : cymbales anticpies, timbales, cloches, carillons, jeux de cliichettes ou de tunbres ou glockcnspiel, boîtes ou tabatières à musique, harmonica, xylorganon ou claquebois.
L'homme a donc cherché et trouvé de tout temps ou à peu près le moyen d'êctnre le son, mais ce résultat ne lui a pas suffi. Son esprit curieux, avide d'impressions toujours nouvelles et désireux d'atteindre dans la mesure de ses forces le beau sous toutes ses formes, a voulu trouver différentes sonorités pour produire des effets différents. De ce besoin sont nées les diverses variétés d'instruments.
On a beaucoup disserté pour savoir quelle espèce d'instrument avait été inventée la première. La question nous semble assez oiseuse, d'une part, et, de l'autre, assez difficile à résoudre. Rien ne prouve d'ailleurs que le même ordre dans l'invention ait été suivi par les différents peuples, et il ne serait pas déraisonnable d'admettre que les uns aient pu trouver les instruments à cordes avant les instruments à vent, et les autres les instruments à vent antérieurement aux instruments à cordes. Nous laisserons donc de côté toute recherche à ce sujet, dans la peur d'ajouter une hypothèse à toutes celles qu'on a déjà faites, et nous examinerons les instruments dans un ordre purement logique.
11 y a trois manières de produire les sons : {° par les
8'* f^.V MUSIQUE,
vilji-alioiis d(> ceilains corps ôlasliqiios do formes variées que l'on frappe ; 2» par les vihralions de l'air dans les tubes ; o" par les vihi-alions des cordes. 1)(! là trois grandes classes d'instrurneids : les instruments à percussion, les iiistrumenls à vent, les instruments à cordes.
Instruments à percussion. — Cette famille r(>iif(!rme • 1° des instruments d'une sonorité indéteijuinable, qui produisent seulement des bruits d'espèce diverse ; 2° des instruments d'une sonorité fixe, appré(;iable et musicale. Les insliumenls à sonorité indéterminable ne servent le plus souvent qu'à marquer le rliytbme. Toutefois certains compositeurs leur ont fait jouer un rôle plus inq)ortanl dans leur orcliestre. On peut prendre comme types principaux de ces nistruments les castagnettes, le triangle, U- chapeau ou pavillon chinois, les cijmhales, le tam-tam, le tambour, la grosse caisse et le tambour de basque.
Les castagnettes sont composées de deux petites pièces de bois dur ou d'ivoire, concaves en forme de coquilles ou de noix, et réunies par un cordon qui fait cliarniére On passe le pouce dans le cordon, et l'on fait résonner l(>s deux concavités en les appliquant l'une contre l'autre, au moyen de la main qui s'ouvre et se ferme vivement Cet mstrument est fort en usage chez les Espagnols, qui s'en servent pour marquer le rhythme en dansant le boléro, le fandango, la seguidille. Les habitants des campagnes et les gens du peuple dans les provinces napolitaines s'en servent aussi, et les voyageurs ont également trouvé des castagnettes employées par les femmes de l'Orient.
Les castagnettes ont depuis longtemps un caractère véritablement national en Espagne. Les peuples de l'ancienne Betique avaient des coquilles qui jouaient le rôle de castagnettes : on les appelait alors crousmata, du mot o-rec Krouô (heurter, choquer). °
Les crotales des anciens, que l'on voit souvent dans les mains des satyres et des bacchantes, étaient de véritables castagnettes, quant au rôle, sinon quant à la forme. On les fit d'abord d'un roseau fendu en long ; les deux morceaux s'ouvraient et se fermaient comme un bec de cio-o-
giie l't t'ii rappelaient le bruit. De là, du leste, l'épithète significative de krotalbtria (joueuse de crotales), donnée à cet oiseau. On fit ensuite ces instruments avec des coquilles, du bois, du métal.
Les kroupezai, ou instruments à marquer le rliythme au théâtre et dans les chœurs chez les anciens, se composaient de sandales de bois ou de fer, disposées en crotales, et étaient en quelque sorte des castagnettes de pied.
Au moyen âge, le nom de marronettes, semble avoir désigné un instrument analogue aux castagnettes. Les deux noms viennent de la forme de cet instrument qui rappelle jusqu'à un certain point une coque fendue de marron ou de châtaigne. On improvise des castagnettes économiques avec deux débris d'assiette ou deux morceaux de latte entre lesquels on intercale un doigt. Chacun peut à ce sujet consulter ses souvenirs personnels d'enfance.
Le triangle, d'après le polygraphe Athénée, est d'origine syrienne. Au moyen âge, on l'appelait trépie. Il a dû avoir à peu prés toujours la même forme et le même usage. Son timbre cristallin, vibrant et incisif en fait l'instrument par excellence du rhythme, de la danse et de la musique militaire. 11 consiste en une tringle d'acier repliée deux fois de manière à figurer un triangle. On en joue en le frappant intérieurement avec une baguette du même métal. Pour ne pas interrompre les vibrations, on le tient suspendu à une cordelette. Gluck et Weber en ont tiré un trés-heureux parti dans des airs de chœur et de ballet, où il fallait produire un effet bizarre et sauvage. Depuis, bien des compositeurs trop coloristes en ont usé et abusé.
Le chapeau ou pavillon chinois, inventé par les Chinois, est une espèce de petit parasol ou chapeau de cuivre, terminé en pointe, garni de grelots et de sonnettes et fixé au bout d'une tige. On tient cette tige d'une main, et de l'autre on la heurte en mesure. C'est avant tout un instrument de musique militaire, qui a été plus employé qu'il ne l'est et ne le sera probablement.
Le sistre des anciens Égyptiens pourrait bien être un
ancêtre du chapeau chinois. C'élail uno lame de mêlai sonore, recourbée en ovale un peu rétréci à un bout, et tenue par un manche. Cette lame était percée de trous opposés, par lesquels passaient, en ressortant, des baguettes de métal repliées en crochets ou en anneaux à leurs ex-
Fig. 38. — Sistre.
Fig. ô'J. — Sistre.
trêmités de manière à pouvoir s'agiter librement sans sortir du cercle. On remuait vivement le sistre pour le faire résonner. C'était pour les Égyptiens un instrument guerrier, religieux et symbolique.
Les cymbales sont des plaques circulaires d'airain, minces et larges, dont la partie centrale forme une petite concavité liémisphérique. Au centre même se trouve un trou, où passe une double courroie qui sert à tenir l'instrument. On frappe les cymbales l'une contre l'autre du côté creux. Le son qu'elles rendent n'est pas appréciable comme intonation, mais le timbre de ce son frémissant et grêle a quelque chose de pénétrant qui se reconnaît au milieu d'un orchestre tout entier. Les coups de cymbales se
Fig. 40. — Cymbales.
joignont ordiiiairoinoiit à la grosso caisse, aux liinbalcs et aux tambours, et scaudent le rhythme avec une grande puissance. Elles sont d'un grand effet au théâtre dans les scènes d'orgies bacchiques, de danses furibondes, et dans les chœurs où la férocité se déchaîne. Gluck et Meyerbeer, par exemple, en ont tiré des effets grandioses. Les cymbales jouées en sourdine produisent une sonorité jnystérieuse, quoique toujours pénétrante, dont ont su tirer un parti excellent quelques compositeurs , parmi lesquels on peut citer au premier rang Weber, Félicien David, Gounod et Reyer.
Le tam-lam ou gong (fig. 41) est originaire des hidesoude la Chine. C'est un plateau d'un métal dans lequel l'analyse a fait reconnaître du cuivre jaune et de l'étain. Le refroidissement de ce mélange se fait, dit-on, dans des conditions particulières. Le tam-tam se porte suspendu à une corde, et on le frappe avec un marteau ou une forte baguette garnie d'un tampon de peau. Le son qui en résulte est puissant et lugubre. Quand on le frappe d'un grand nombre de coups qui se suivent rapidement, en ayant soin d'effleurer seulement d'abord la surface en une quantité de points différents et d'augmenter progressivement l'intensité de la percussion, on obtient une sonorité effrayante qui ressemble presque au fracas du tonnerre et qui se perd dans des vibrations prolongées et de sourds roulements.
Le tam-tam, indispensable dans les orchestres des Orientaux, ne s'emploie chez nous que rarement, dans certaines scènes de musique dramatique où l'on cherche des effets sombres et terribles, et dans des cérémonies funèbres d'apparat. Ce fut aux funérailles de Mirabeau, le 4 avril 1791, qu'on entendit pour la première fois peut-être un tam-tam dans un orchestre européen.
00 LA MIJSIQUE.
Le tambour ou caisse est l'un dos plus anciens iuslruinents connus en Oricnit. Les prêtres de Cybèle cl les bao chanles s'en servaient dans leui's fêles. IjCs Grecs et les Romains le connaissaient. Leurs éciivains le désignent par son nom {tympanon et lympanum) ; mais ils sendjlent ne pas en avoir fait usage et l'avoir remplacé par les tim baies qui, après tout, sont une variété de tambour.
Le tainboui' a été importé en lùirope par les Sarrasins. Il fut adopté par les Espagnols, les Italiens, les Allemands elles Anglais. En 1547, lors de l'entrée d'Edouard III à Calais, il apparaît en France, et, depuis ce moment, entre dans les usages des troupes françaises. Il a changé plusieurs fois de dimensions, mais sa forme générale est toujours restée la même. En principe, il est composé d'une caisse cylindrique en cuivre ou en bois, dont les extrémités sont fermées par une peau d'âne, de chèvre, ou de veau. Cette peau est tendue par des cercles que tire un système de cordes dont la longueur peut se modifier à volonté. Une double corde en boyau est appliquée et tendue sur la peau du dessous et par ses vibrations donne du timbre et du mordant au son de l'instrument. On le fait résonner avec des baguettes.
Le tambour est surtout un instrument militaire : il marque le pas, sert aux signaux, et accompagne au besoin certaines fanfares. On s'en sert néanmoins dans les orchestres et au théâtre, pour exécuter des morceaux d'un caractère guerrier.
On trouve aujourd'hui des tambours à peu près chez tous les peuples du monde.
Le tambour roulant ou caisse roulante est un tambour plus long que le tambour ordinaire. Il a un son plus doux et un peu sourd : il sert dans la musique militaire.
Le tambourin est une véritable caisse roulante dont se servent les gens du Midi. On le frappe d'une main avec une seule baguette, et l'on joue en même temps d'une petite flûte ou c/aloubet. Les descriptions de cérémonies et de fêtes publiques de la Provence ne tarissent pas en éloges sur l'habileté et l'agilité des joueurs de tambourin. Lors
Fi". 41. — Tam-tam ou gong et cymbales.
(lu voyag(^ de la côlèbrc cantalricc Saint-lluberti à Mars(>ille, on la reçut avec une pompe presque royale, et les mémoires du temps n'oublient pas de citer au premier rang les danses exécutées par le peuple devant la grande altiste au son des tambourins et des galoubets.
Fig. 42. — Tambourin et galoubet.
Le tambour de basque est un simple cercle de bois sur lequel est tendue une peau. Dans l'épaisseur du cerc e sont attachés des grelots et des plaques de métal. On e fait résonner de plusieurs manières : on 1 agite, on le frappe avec les doigts ou le dos delà main, on fait glisser le pouce le long de la peau. Les danseurs et les musiciens des rues s'en servent fréquemment. On le voit aussi dans les mains des Bohémiens. Au théâtre, on le donne aux danseuses dans certains ballets de caractère. Cet instrument existait chez les anciens et ligure sur leurs monuments. Les commentateurs de la Bible disent que c est de tambours semblables qu'il s'agit dans le verset si connu de l'Exode : u Et Marie la prophétesse, sœur d Aaron, prit
un (ambour en sa main ; et toutes les femmes sortirent après elle, avee des tambours et des flùtiîs ». (Ex., XV, 20.) Ce qui (!st assez bizarre, c'est ((lie ce genre de tamboui' porte le nom des Bas(}ues. <pii ne l'ont pas inventé et qui ne le connaissaient pas. 11 y a des airs de danse pour le piano composés par des artistes de mérite avec accompagnement de tambour de basque.
La grosse caisse, ou caisse, ou gros tambour est un tambour de grande; dimension que rexécntani porte ou tient devant lui dans ime position liorizonlale. Il le frappe d'un côté avec un tampon ajusté au bout d'un mancl>e, de l'autre avec un petit faisceau de baguettes llexibles. Dans certains cas le faisceau de baguettes est remplacé par une cyndiale que l'exécutant tient de la main gauclie, et dont il frappe l'autre cymbale atlacliée sur la caisse. La grosse caisse n'a été pendant longtemps qu'un instrument de iliythme et de mesure employé dans la musique militaire.
La grosse caisse peut cependant, quand on n'en abuse pas, rendre des services variés à l'oi'cbestre. Dans un crescendo de tous les instruments, en faisant aussi grandii' progressivement ses coups répétés, on obtient un effet d'énergie formidable. Frappée toute seule, et pianissimo, elle a quelque chose de menaçant, et rappelle les coups de canon lointains. Si les coups sont frappés toujours pianissimo, et à de longs intervalles, mais pendant un morceau lent et grave, ils ont quelque cbose de mystérieux et de solennel. Gluck et Spontini l'avaient employée avec réserve, llossini s'en servit avec un peu moins de ménagement, ce qui lui valut de la part des amateurs et des critiques effarouchés le surnom de Signor Vacarmini.
Depuis, on en a mis partout: il y a des morceaux symphoniques où la grosse caisse couvre et écrase tout. On a l'ait pour des chœurs des accompagnements d'orchestre où cet instrument domine. Tel finale d'acte, telle ouverture rappelle le tapage des baraques des foires. Le goût bien naturel que les saltimbanques professent pour cet instrument, l'emploi qu'ils en font, a donné naissance à une métaphore claire pour tous: Dire de quelqu'un ({iiUjoiie de
Fitr. 43. - Tiintwlier
la grosse caisse sit^iiifit' qu'il fait des réclames bruyantes et elTrontées.
Il y a ))ien encore fpielqnes instruments à pcrcnssion à son indéterminé et iii(léterjninal»le (|ue l'on trouve dans les mains soit des sanvaj^es, soit même des paysans de certains pays, mais ils rentrent tous dans quelqu'une des espèces que nous venons de citer.
Parmi les instruments à percussion à sonorité fixe, appréciable et musicale, on peut citer les cymbales antiques, les timbales, les cloches, et les carillons dans lesquels rentrent les je<<^ de clochettes on de timbres, que l'on appelle aussi de leur nom allemand glockenspiel, Vharmonica et le xijlorganon ou claquehois.
Les anciens avaient des cymbales différentes de taille et par conséquent de son. Ce son était musical et appréciable. Berlioz, qui en a vu au musée de Pompeï à iXaples, dit qu'elles sont fort petites, que leur son a d'autant plus d'acuité qu'elles ont plus d'épaisseur et moins de largeur, et qu'il y en a de la taille d'une piastre environ dont le son est si aigu et si faible, qu'il pourrait à peine se distinguer sans un silence complet des autres instruments.
Les timbales tirent leur nom soit du mot grec tijmpanon, soit du mot latin tijmpanum. Cet instrument va' généralement par paires dans notre musique moderne. Il est formé de deux grandes calottes liémispbériques en cuivré, sur lesquelles sont adaptées des peaux tendues au moyen d'un cercle métallique et d'écrous ou de vis. On fait résonner l'instrument avec des baguettes garnies de peau à leur extrémité. La tension de la peau change la note des timbales, et les deux bassins d'ailleurs étant inégaux, on peut les accorder facilement d'api'és un intervalle déterminé et dans un ton donné.
Les timbales, comme bien d'autres instruments à percussion, paraissent originaires de l'extrême Orient. Elles furent introduites en Europe par les Sarrasins, et les croisades les firent encore mieux connaître. On les voit désignées dans les auteurs du moyen âge, poètes ou chroni queurs, sous le nom de nacaires,
LA MUSIQCE 7
Ail (|iiiiiziùme siècle, la cavalerie française les adopta; les timbaliers inarchaieiil à côté des trompettes ; on les choisissait parmi les pins braves soldats, et la perte des timbales dans une bataille était considérée comme une grande honte. On les supprima à la fin du dix-huitième siècle. Depuis le premier empire elles ont reparu et ont été attribuées à différents corps de cavalerie.
On les employait aussi dans la musique civile, et l'on en jouait chez les grands personnages : il est vrai que les orchestres en question avaient un caractère guerrier, et même plutôt bruyant que symphonique. Ainsi il paraît que Henri Mil d'Angleterre t-ntendait pendant ses repas une musique exécutée par des fifres et des timbales. On sait que la reine Elisabeth avait un orchestre du même genre composé de douze trompettes et de deftx timbales avec des fifres, des cornets et des tambours.
Les timbales s'introduisirent au théâtre. Lulli les employa. Les grands symphonistes connue Haydn et Mozart les admirent plusieurs fois dans leur orchestre, et le symphoniste par excellence, Beethoven, a écrit une partie de timbales pour chacune de ses neuf symphonies. On sait le parti merveilleux qu'il a tiré de cet instrument dans le magnifique crescendo de la symphonie en ut mineur : les roulements des timbales font comme un sourd tonnerre qui va toujours grandissant et qui éclate tout à coup en ime marche sonore d'un élan triomphal incomparable.
En jouant pianissimo sur les timbales, ou en les recouvrant d'un voile, on obtient des sons mystérieux et étranges. Les deux timbales donnent la tonique et la dominante, mais certains compositeurs ont trouvé que deux notes ne suffisaient pas : Meyerbeer a employé quatre timbales différentes dans la marche des chevaliers de Robert le Diable, et Berlioz, pour obtenir une sonorité puissante, en a mis douze dans le tubamirum de sa messe de Requiem.
Le facteur Sax, à qui l'orchestre est redevable de bon nombre d'inventions ingénieuses, a supprimé les bassins des timbales, pour les rendre et moins encombrantes et plus portatives. Les timbales Sax peuvent donner tous les tons
de la gamme ot s'accordent rapideniciil. Klles se composent d'une série de cercles con(;enli'iquos dont le diamètre est en rapport avec le son qu'elles ont à produire. Un mécanisme à vis hausse ou baisse les dilTérents cercles et laisse par conséquent la liberté des vibrations à une plus ou moins grande surface de la peau tendue sur le cercle supérieur.
Nous ne parlerons ici des cloches qu'au point de vue du rôle qu'elles jouent dans la musique instrumentale, sans nous occuper de leur histoire, ni de leur fabrication. Ce n'est que depuis peu de temps qu'on les a introduites dans les orchestres. Comme cet instrument ne peut être employé que d'une façon purement accidentelle, il est bien évident que son rôle consiste surtout à éveiller certains sentiments en vertu du fait psychologique qu'on appelle V association des idées. Les effets produits par la cloche au théâtre, sont donc moins musicaux que mélodramatiques et pitloresques, si l'on peut se servir de ce dernier mot. Les cloches aiguës font penser à des chapelles de village et à des scènes champêtres; aussi Rossini en a-t-il employé une de ce genre dans le chœur du second acte de Guillaume Tell : Voici la nuit. -Les cloches graves ont quelque chose de solennel et même de lugubre ; elles font penser au tocsin, au glas des morts : aussi Meyerbecn- fait-il donner par une cloche grave le signal du massacre des protestants dans le 4° acte des Huguenots. Verdi dans le Trouvère augmente le pathétique de son Miserere par les sons du même instrument.
La sonorité pénétrante des cloches a fait venir au moyen âge l'idée de les employer connue instruments populaires et publics en quelque sorte. On forma des gammes avec des cloches ou timbres de différentes grandeurs, que l'on frappait avec un maillet. On perfectionna peu à peu ce procédé trop sommaire, et, comme le nombre des cloches augmentait, au lieu de les frapper directement, on construisit des claviers dont les touches enfoncées avec les mains et avec les pieds mettaient en mouvement des marteaux adaptés aux cloches. On a fini même par construire
des carillons qui jouciil au moyen de cylindres pointés comme ceux des soi'inciles ou des oi-gues de Barberi ; les chevilles sont sini|)l('nii'nt tirs-saillantes et très-solides. Un système de poids allacliès à des câbles fait marcbtsr le mécanisme.
Les carillons se trouvent ou dans les clochers d'églises
Fig. 4i. — Caiilloii iincien.
ou dans les tours d'hôtels de ville. On a dit que le plus
ancii'ii av.ùt èlv t'tal)li à la lin du t|iuiizii'iiR' ^iiH-\v à Alost. jadis capitale de la Flandre impériale, aujouid'hiii chef" lieu d'arrondissement du royaume de Belgique. Mais si l'on en croit, une autn^ tradition, les cloches de Sainte-
Fiff. 4o.
Carillon iiioderiie.
Catherine-lez-Rouen jouaient déjà des airs d'église au commencement du quatorzième siècle. Les airs pouvaient à la vérité n'avoir que trés-peu de notes, mais le principe du carillon était appliqué. Les carillons se sont surtout répandus dans les villes du nord de la France, dans celles
102 LA MUSKjli;.
de Belgique et de Ilollando ; ils jouent généralement aux différentes heures de la journée.
On peut rattacher aux carillons différentes inventions musicales, telles que le jeu de clochettes ou de timbres, que l'on appelle aussi (jlockenspiel, en lui conservant son nom allemand, les boîtes ou tabatières à mmujue, Vharmonica et le xylorganon.
Le glockenspiel est une sorte de carillon d'orchestre, portatif et très-maniahle. Les notes sont données par des clochettes ou timhres, semhlahles à des timhres de pendule et de calihres proportionnés aux sons qu'elles doivent fournir. On fait résonner les timhres au moyen de petits marteaux mus par un clavier comme celui des pianos. Dans son opéra de la Flûte enchantée, Mozart écrivit une partie pour un jeu de clochettes. A la place de timbres on emploie aussi des harres d'acier qui ont une sonorité plus douce, plus délicate, plus mystérieuse et qui répond bien aux effets quelque peu fantastiques que Ton demande en général à cet instrnment.
Dans les boîtes ou tabatières à musique, dont on lait un si grand commerce en Suisse, les hari'es d'acier, réduites
Fig. 46. — Tabatière à musique.
à peu prés au volume des dents d'un peigne dont elles ont la disposition, sont ébranlées automatiquement par
de pelitos cliovillcs iinplanlécs sur un cylindre qui so meut au moyen d'un mouvement d'horlogerie. Ce mouvement se remoiit(> avec une clef comme une montre.
\jliarmonica est d'invention moderne, et a déjà subi plusieurs transformations. C'était d'abord un assemblage de verres inégalement remplis d'eau, de manière à produire une série de demi-tons. Les verres étaient disposés en ligne. On en humectait les bords que l'on frottait ensuite légèrement avec les doigts trempés dans de l'eau. 11 en résultait des sons d'un timbre particulier, très-pénétrant et que l'on voit dans certains écrits qualifié de magnétique. En résumé, on obtenait des effets assez considérables par des moyens très-simples. Franklin, dont l'esprit pratique s'intéressait aux objets faciles à construire, peu coûteux et pouvant fournir une agréable distraction, s'occupa de perfectionner cet instrument. Il disposa des coupes de verre de grandeurs proportionnées le long d'un axe horizontal qui les traversait et que faisait tourner une roue mue par le pied. On jouait avec les mains comme auparavant. On entendit cet instrument à Paris pour la première fois en 1765. Un peu plus tard on imagina d'opérer le frottement, non plus avec les doigts, mais avec un archet de violon enduit de colophane,- ou de térébenthine, ou de cire, ou de savon. Ce fut ce qu'on appela Vharmonica double. Le contact des doigts et du verre présentait des inconvénients. Pour les éviter, on inventa un système de touches mues par un clavier. Aujourd hui, on donne aux enfants des harmonicas qui se composent de lames de verre disposées par ordre de taille entre deux rangées de fils qui les soutiennent sans les empêcher de vibrer ; on les frappe avec un ou deux petits marteaux de liège.
Dans la musique militaire allemande, on emploie une lyre garnie de barres d'acier. Le musicien qui en joue porte cette lyre pendue et mainteime devant lui, et avec des marteaux frappe les barres sonores. C'est un mélange du glockenspiel et de l'harmonica.
Le xyloryanon ou claquebois est identique à riiarmonica
104 LA MUSIQIE.
des enfants; seuleineni les lames de veri'e sont remplacées par des morceaux de bois dur et sonore reliés les uns aux autres à l'aide de minces cordons, de manière à former une sorte d'échelle. On tient l'instrument par une boucle fixée à son plus petit bout, et on le fait résonner avec une baguette ou un marteau. C'est un instrument élémentaire comme son et comme construction. On le trouve dans les mains de certains paysans et aussi de certains peuples sauvages. Il ne faudrait pas cependant prendre tous ceux qui viennent des pays lointains comme documents utiles pour étudier la nuisique des indigènes. J'ai vu des claquebois rapportés d'Océanie, qui avaient absolument les mêmes notes que notre gamme et dans le même ordre. Évidemment ils avaient été fabriqués par des Européens de passage dans le pays, ou d'après les conseils de ces vovaseurs.
Instrumexts a ven-t : Trois classes : 1° Instruments à embouchure de ilûte. 2° Instruments à anche. 5° Instruments à embouchure à bociil.
1° Instruments à embouchure de flûte. — Principe du silllet, duflaifeolet, de la flûte à bec, de la flûte traversicre, du fifre. — Histoire de la flûte : antiquité de cet instrument. — Ses dénominations varices et nombreuses. — Le mot flûte est évidemment un terme g;énériquc quand il s'agit des anciens. — Syringe ou flûte de l'an. — Monaulos. — Flûte à bec. — Flûte traversière. — Flûte à bocal. — Flûte à anche. — Glossocomion. — Flûte double. — Flûte droite, flûte gauche. — Formes variées de la flûte. — Hypothèses sur les chevilles des flûtes antiques. — La Phorvia des flûtistes. — Rôles nombreux et variés de la flûte dans l'antiquité. — Flûte moderne ; deux variétés : flûte à bec, flûte traversière. — Histoire et progrès. — Piccolo. — Fifre.
Dans les instruments à vent S le corps qui produit li; son par ses vibrations est une colonne d'air conteiuie dans un tuyau et ébranlée soit par l'insufflation provenant de lèvres liumaincs, soit par une soufflerie mécanique. Cet ébranlement s'exécute au moyen d'appareils d'espèces diverses, et cette diversité à' embouchures nous permet de classer rationnellement les instruments modernes. Quant aux instruments anciens, on est obligé d'avouer que sur })lus d'un point il faut les juger par les apparences et se contenter à leur égard du plus vague à peu prés.
Les instruments à vent modernes présentent à première
1. De tous les instruments cliant7,nts le plus beau sans conlredit est la voix humaine. Nous renvoyons à l'ouvrcige de M. Radau, V Acoustique, et à celui du docteur Le l'ileur, le Corps humain, ceux des lecteurs qui voudraient avoir des détails sur la physiologie même des organes de la voix et de l'audition. Nous ne parlerons de la voix qu'au point de vue des effets musicaux, parfois merveilleux, qu'elle produit, et nous reporterons ce que nous avons à en dire à la lin du volume, en le disséminant sous forme d'anecdotes.
LA MUSIQIE.
vuo les dimensions, les formes et les mécanismes les plus différents. In fifre ou un sifflet de deux sous, par exemple, ne rcsseml)le guère à une belle llùte de Hoehni ou à un majestueux trente-deux pieds d'orgue d'église. Les ])liysiciens nous montrent cependant qu'au point de vue de la production du son le procédé est le même dans ces différents instruments. Si nous passons en revue tous les autres instruments en avant égard aux lois fondamentales de la
Métal.
Fig. 47.
physique qui concernent la production du son, et non pas aux détails de la fabrication, nous verrons qu'on n'a be-
soin d'établir (jli(> trois i,n'aiides classes, constituées par le mode d'embouchure. Nous aurons : 1° les instruments à embouchure de flûfe; 2" les instruments à anche; 5° les instruments à embouchure à bocal.
i" Instriimeyits à embouchure de flûte. La figure 47 qui représente deux tuyaux d'orgue (l'un en bois, l'autre en métal) à embouchure de flûte, peut faire comprendre comment la colonne d'air est ébranlée dans le tuyau. Les flèches indiquent la direction du courant qui, amené dans le pied du tuyau par la soufflerie, va frapper la partie taillée en biseau et s'y divise en deux autres courants, l'un qui se perd à l'extérieur, et 1 autre qui fait vibrer la colonne d'air intérieure.
Les sifflets et les flageolets sont les plus simples et les plus fréquents des instruments dits à embouchure de flùle en usage aujourd'hui. La figure cijointe en montre le mécanisme. La disposition intérieure est la même que celle des tuyaux d'orgue pris plus haut pour la démonstration. Le pied est seulement modifié en façon de bec pour s'ajuster convenablement aux lèvres de l'exécutant. Le tube adapté à cette embouchure est percé de trous (jui correspondent aux points où se j)roduisent les nœuds de la colonne d'air intérieure, lorsqu'elle vibre. L'action des doigts qui bouchent et débouchent ces trous d'après des règles déterminées, produit des changements dans les vibrations de l'air et par suite dans les notes de l'instrument.
Dans la flûte exclusivement employée aujourd'hui par nos orchestres, il n'y a ni pied ni bec. L'embouchure est im trou ovale dont les bords sont taillés en biseau. Les lèvres serrées insufflent un courant d'air sur le biseau et
Fi-. 48. — Fhiyfolet.
LA Miisiuut:,
Fig. 40. — Flùles.
reniplaccMil le pied ou poi'te-veiil. De celte manière le courant d'air qui fait vibrer est transversal à la colonne d'air «pii vibre, au lieu d'être sur sou ])rolongenient, et cette dii'ierence donne au son une plus belle ({u alité.
On donnait à celte llùte le nom de flûte Iraversière pour la distinguer de la flûte dite à bec, qui n'était qu'un flageolet amplifié et dont on se servit trèslongtemps. On trouvera plus loin des détails sur ces deux espèces de flûte, ainsi que sur le piccolo, ou petite flùte proprement dite, et le fifre qui est une petite flùte traversière à six trous.
Si l'antiquité d'origine doit passer pour un titre de noblesse, il n'est pas d'instrument qui puisse se vanter d'être aussi noble que la flûte. Elle apparaît immédiatement dans riiistoire des arts ; et, pour expliquer cette anti-
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qiiité, les poëtos dos différents pays ont pris le parti de la citer connue nne invention des dienx. Osiris, disent les Égyptiens, inventa la llùte simple (mo/?aî//e). Pan. racontent les Grecs, créa la flûte qni porte son nom, et Minerve plus ingénieuse, remplaça la flûte à plusieurs tuyaux par un seul tuyau percé de plusieurs trous. Remarquons en passant que celte fiction poétique expose le perfectionnement rationnel qui dut être apporté à la flûte.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la flûte a existé de tout temps, dans tous les pays. Hébreux, Égyptiens, Chinois, Grecs, la connaissaient, en parlaient ; on en trouve des représentations dans des peintures, sur des bas-reliefs.
On a dit que, chez les Grecs, l'invention de la lyre fit grand tort à la flûte. Certains commentateurs ont même prétendu que ce discrédit de la flûte avait donné naissance à la légende de Marsyas, grand flûteur en son temps et dépouillé de sa peau par Apollon, dieu de la lyre. 11 ne faut pas oublier que la monnaie en quelques pays fut primitivement de cuir. Cette histoire est ingénieuse, mais elle n'est peut-être qu'ingénieuse.
La flûte était trop commode pour disparaître, et la meilleure preuve qu'elle ne perdit pas, ou qu'elle reconquit sa vogue, c'est l'immense quantité des noms servant à désigner l'immense variété des flûtes en usage chez les anciens. Ainsi elles s'appellent do leur forme : courbe, longue, petite, simple, double, çjauche, droite, égales, inégales, etc; de leur matière : éléphanline (d'ivoire), lotine (en bois de lotos), etc.; de l'usage particulier auquel elles servent: citharislérienne (propre à accompagner la cithare ou la lyre), embalérienne (propre à jouer des airs de marches militaires), pijtkiqiie (usitée dans les jeux pythiens), etc.; du peuple ({ui les avait inventées ou qui s'en servait : argienne, béotienne, corinthienne, égyptienne, phénicienne, etc. On nommait encore les flûtes d'après les différents genres de poésie qu'elles accompagnaient, d'après la qualité de leur son, etc.
Cette multiplicité de dénominations très-intelligibles (juant à la lettre, ne laisse pas que d'être embarrassante
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dès qu'il s'agit de saisir le sens précis et technique du mot, et de détei-miner les nuances qui séparaient ces instruments. Le savant Lefèvre désespéra d'y rien débrouiller et composa ('oniMic conclusion des vers latins où il loue Minerve d'avoir jeté la fiûte dans l'eau, et où il ne souhaite que le su|)j)lice de Marsyasà ceux qui l'en avaient retirée pour le plus grand souci des érudits à venir. Les vers, à en croire sa fille, la docte madame Dacier, sont dignes du siècle d'Auguste. Il est certain que la coléi-e s'y exprime congrûment et selon toutes les recettes de la prosodie; mais la question des flûtes n'en est pas éclairée davantage.
Sans prétendre tout dire, il y a pourtant un certain nombre de points sur lesquels on peut avancer des choses fort vraisemblables et fort laisonnablei^. Kn tout cas, la partie historique de l'instrument et son rôle (car il avait un rôle, même important, en beaucoup de circonstances de la vie privée et publique) ne peuvent échapper à l'étude qui emprunte aux auteurs, aux monuments, aux textes de lois des matériaux abondants et solides.
Tout d'aboi'd il faut se débarrasser des idées restreintes que fait naître dans l'esprit ce mot flûte. La flûte moderne produit le son d'après une façon spéciale et exclusive d'y faire vibrer l'air, si bien que l'expression embouchure de flûte a toute la rigueur d'un terme scientifique, et que cette em])ouchure ne se confondra dans aucun cas avec l'embouchure à anche, qui produit le son par les battements d'une languette flexible ; ni avec l'embouchure à bocal, où les intonations se forment par les modifications du mouvement et de la position des lèvres. Or chez les anciens l'emploi des différentes embouchures est évidemment continuel, et ils appellent indistinctement flûtes des instruments (jue, d'après ce que nous croyons savoir de leur structure et de leur timbre,' nous serions portés à classer, les uns, parmi les flûtes proprement dites, les autres, parmi les clarinettes, les autres parmi les hautbois ou les cors anglais, d'autres même parmi les trompettes, sans attribuer toutefois à ce classement quoi que ce soit d'absolu.
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Quand on o\aiiiiiie avec soin les bas-reliel's ou les statues qui nous restent de l'antiquité, on y trouve toutes les formes ou plutôt tous les aspects des flûtes indiquées ci-dessus, le travail de la statuaire ne donnant que l'a peu prés en fait de détail pour un objet auSsi petit qu'une fliite. Du reste, quand le sculpteur avait déterminé pour l'instrument la ligne artistique qu'il devait avoir dans l'harmonie de la statue, il est clair qu'il ne cherchait pas à reproduire tous les petits accidents de sa structure. L'instrument qui ne laisse aucun doute d'aucune espèce, c'est la syringe dite flàle de Pan. Elle a traversé tous les siècles et est encore en usage aujourd'hui parmi les musiciens aml)ulants. D'une construction primitive, elle se comprend à pi-emière vue et se joue sans apprentissage.
Quant à l'instrument appelé monaulos (flûte seule), ancêtre de toutes les variétés de la flûte simple, et dont on attribue l'invention tantôt aux Phrygiens, tantôt aux Égyptiens, ce n'était évidemment à l'origine qu'un tube fait avec une matière naturellement creuse, soit roseau, soit os de biche ou de cerf, le tibia, selon toute apparence, d'où son nom, tibia en latin, nom générique de toutes les espèces de flûtes. Il faut croire du reste que ce procédé de fabrication vient naturellement à l'esprit, car les voyageurs et les historiens racontent que des peuples sauvages du nouveau monde avaient {)our instruments de musique guerrière des flûtes faites avec les ossements de leurs ennemis.
Le monaubs eut d'abord peu de trous, trois, disent les commentateurs. Le nombre des trous s'augmenta peu à peu, sans devenir jamais bien considérable, et on les perça avec plus de méthode. On fit aussi des flûtes avec d'auti-es matières dont le percement où le travail demandait plus d'art, avec le buis, le laurier, l'ivoire, le cuivre, l'argent et l'or. Quant à la manière de produire le son, elle varia selon les temps. D'abord on dut jouer de la façon la plus simple, en dirigeant tout bonnement le coinçant d'air sur le bord d'une des extrémités du tube ouvert à ses deux bouts. Quelques peuples peu civilisés, ou ayant gardé à
travers les siècles les habitudes de leurs ancêtres, ont encore aujourd'hui des flûtes, qui ne sont que des tubes avec des trous, mais sans eniboue.hnre.
Les anciens ont-ils connu la llûlc à hixean, on /; her, ou douce, telle (jne celle (|ni lui presfjne exclnsivement employée en France jusqu'au (lix-linitième siècle? La réponse serait facile, si l'on pouvait dislinf^ner nettement dans les statues et les bas-reliefs l'extrémité des flûtes, ou si l'on trouvait des explications précises dans les auteurs. Malheureus(^ment ces ressources manquent, mais il n'est pas invraisemblable que les anciens aient connu, sinon parlait, du moins dans ses éléments principaux, un piocédé qui n'est pas autre chose que celui du flageolet ou même du simple sifflet.
l'ne question assez (controversée est celle de la flûte ^mversière. Les anciens l'avaient-ils? On trouve bien dans les autenrs les ternies flûte droite et flûte oblique; mais le mot oblique est très-général et très-vague. On trouve sur
Fig. 50. — Flùteuis égyptiens
des bas-reliefs et en particulier sur des bas-reliefs égyptiens des flùteurs qui, debout ou accroupis, ont parfaitement la mine de jouer d'une grande flûte traversière. Mais ils peuvent en jouer par l'extrémité même, en soufflant sur le bord, et de la façon indiquée plus haut. On trouve des
bas-relioi's ou statues où la llùte esl placée pariaitenieut de travers, et où la bouche est à une certaine distance du bout du tube, mais le llùteur joue au moyen d'une espèce d'embouchure saillante, dans le genre de celle du basson. Dans d'autres monuments, la flûte est de travers, mais éloignée des lèvres, connue si le joueur avait fini ou n'avait pas encore connnencé de jouer. Je crois bien qu'il serait impossible de trouver dans les monuments anciens une })Osition de flûte qui ne prêtât pas matière à quelque objection. On aurait tort pourtant de refuser d'une manière absolue cette espèce de flûte aux anciens. Le système de la flûte traversière n'est en sonnne que celui de la llùte de Pan perfectionnée, et comme les anciens ont trouvé des choses plus compliquées et plus savantes, la flûte à anche par exemple, il y a de fortes preuves morales en faveur de l'existence de la flûte traversière chez les Grecs et les Romains. Ce n'était pas la flûte de Quantz, de lingot, de Tulou, de Dorus et d'Altès, mais c'était, sans nul doute, un instrument de la même famille.
L'embouchure à bocal, c'est-à-dire évasée, telle que celle des cors et des trompettes, est assez simple pour qu'on j)uisse admettre que les anciens l'adaptaient à leurs flûtes.
Quant à la flûte à anche, il n'y a pas le moindre doute à son égard. Les textes sont formels à ce sujet; les monuments nous montrent aussi des joueurs et des joueuses de flûte, qui ont au cou une boite ou étui, et si nous ouvrons les auteurs, nous y voypMs que cette boîte s'appelait glossocomion, et était destinée â seri'er les glottes ou languettes, c'est-à-dire les anches.
La flûte simple ne resta pas solitaire, et les flûtistes grecs, romains, égyptiens, étrusques, comme le montrent d'innombrables bas-reliefs, statues, dessins et vases, jouent avec deux instruments à la fois. C était même la manière la plus connuune de se servir de la flûte. Ici recommencent les discussions ; ces deux flûtes servaient-elles à obtenir un son unique, mais plus fort, ou bien avaient-elles une fonction différente? Étaient-elles réunies à demeure