‹ La musiqueChapitre 21 sur 28 · Médaille du douzième siècle (règne d "Alexis l'Ange · texte numérisé non relu

Médaille du douzième siècle (règne d "Alexis l'Ange

j)rondr(\ On n'a jamais su si l'oi'fiue avait l'oussi. Au l'oslo, Vili'uve lui-inôine avait pris la pircaiilion di; dôclarei' que pour comprendre sa dosci'i|)tion il fallait avoii- vu l'instrumont, ce qui prouverait ou (|ue l'instrument était fort compliqué ou que Vitruve se défiait de la clarté de son texte.

Cornélius Sévérus (siècle d'Auguste) dans son poëme de VEtiia, indifpie que cet orgue résonnait au moyen de l'eau que l'on ajjiilait ; mais par quel moyen? C'est ce que ses vers négligent de nous apprendre.

Athénée (fin du deuxième et commencement du troisième siècle aj)rès .1. C), h; célèbre conqjilateur, dit de l'orgue liydi'anli(|ue que c'est tm instrument à vent où rair est mis en mouvement par leau. Il nous ajiprend aussi que les tuijauxsont par le bas tournés vers et clans l'eau ; que cette eau est comprimée par un jeune homme vigoureux ; que de petits axes entrenldans les tuyaux de l'instrument; (jue ces tuyaux se trouvent remplis d'air, au moyen duquel ils rendent un son des plus acp-éables ; et (jue cet instrument a la forme d' un (jradin rond. Il est bien évident que ces banales et vagues explications ne font pas avancer la question d'un pas.

Claudien (fin du quatrième et commencement du cinquième siècle après J. C.) dans son poëme sur le consulat de FI. Mail. Théodore, désigne, à piopos de l'orgue hydraulique, le lourd levier [vecte trahaii), qui, aç/ilant profondément les ondes, leur fera produire des chants. Vitruve avait déjà parlé du mouvement plus fort de leviers {motu vectium vehementiore) ; mais ni lui ni Claudien ne disent comment ces lourds leviers agissaient sur l'eau pour produire des sons.

La description la moins énigmatiqtie que nous ayons de l'orgue hydraulique est une pièce de vers figurée, d'un certain Publilius Optatianus Porphyrius, qui vivait à l'époque de Constantin, dont il chanta les louanges sur tous les tons. Ce Porphyrius était très-habile dans l'art passablement ridicule de composer de petites poésies dont les vers, allongés ou raccourcis à dessein, représentaient des objets tels, par exemple, qu'un autel, une flûte de Pan, un orgue.

Nous donnons ici son orgue hydraulique, parce ffue, sans (Mro d'une bicMi grande clarté, il renferme pourtant quel- (pies détails intéressants et d'une certaine netteté. D'ailleurs la loi me même de la pièce d"e vers est un renseignement curieux sur la forme de l'instrument.

Vingt-six vers iambiques représentent les touches. Le vers transversal, Auguslo victore juvat rata reddere vota, marque le sommier; les tuyaux sont figurés par vingt-six vers hexamètres, qui s'accroissent progressivement, indiquant ainsi l'échelle des sons.

Po3t ïl.irtios hibores , Et Ciesarum parantes Virtutibus per orbem Tôt lauréat virantes , Et principis Iropœa ; Felicibiis tiiumpliis

Exsultat omnis œlas Urbesi-iiie flore grato , Et IVondihus decoris, Tolis virent plateis .

Hiiic ordo veste clara Cum purpiiris lionoruiii Faiislo pieiantur orc, Feniniqtie dona laeti .

Jam RoMia culmeri orbis Dat mimera et coronas Auro fereiis coruscas Victori.is triumpliis , Vola((ue jam llieatiis Redduntur et choreis.

Me sors iniqua iaetis Sollemnibus reniolurn Vix lisec sonare sivii Tôt vola fonte Phœbi Versuque compta solo Augusia rite s;eclis .

0 si divise metiri limite Clio

Uiia lege sul, uno manantia lente

Aonio, versus heroi jure manente

Aiisuro donet melri felicia tcxta,

Aiigeri loiif;o patinns exordia fine,

Exiguo cursu, (larvo cresconlia motu,

Ultima postrenio donec fastigia tota

Ascpnsus jiigi cumulalo limite cliidat,

Uno bis spatio vorsvis elemenla priorjs

Dinumeraiis, cogeiis aequari lege retenta

Parva riimis longis, et visu dissona inultum

Tempore sub parili, melri rationibns isdem,

Diniidinm numéro Musis lamen aequiparenlem:

Hiec erit in varios speiies aptissiraa cantus,

Perque modos gr.idibus surget fecunda sonoris

>Ere cavo et tereti, calamis crescentibus aucta

Quis bene supposilis quadratis ordine plectris

Arlilicis manus in numéros claudilque aperilque ■

Spiramenta, prnbans placitis bene consona ryihmTs,

Siib quibus unda latens properantibusjncita ventis,

Qnos vicibus crebris jnvenuin labor haud sibi discors

Ilinc atque hinc anunaeqne agitant, augetque rehictans

Cunipositumad numéros, pi opruimque adcainiina prjestat,

Quoitquequeatuiinunumad motum intremel'acta fréquenter

Plectra adaperta sequi, aut placides bene claudere canlus

Jamque melro et rythmis priestringere quicquid ubique est

Nous ne traduisons pas les vers iambiques qui ne sont que de la poésie officielle, laudative et banale. Nous laisserons de côté les treize premiers hexamètres dans lesquels Porphyrius parle des procédés qu'il emploie pour arriver à faire des vers qui iront sans cesse en s'allongeant. Nous ne nous occuperons que des treize derniers qui traitent spécialement de l'orgue, et où nous noterons un certain nombres de mots d'un intérêt descriptif.

V. 14 {Hœc.species) indique que la pièce de vers a la forine de l'instrument.

I7i LA MlSlQUi:.

V. li) {(jradibus); v. 10 {calamis crescenllbus), les tuyaux vont en augnionlant j^raduelh^nicnt.

V. 16 {œre cavo et tereti), les tuyaux étaient en airain, creux et arrondis.

V. 17 {sitppositis quaclralis online pleclris), Pleclres, mot poétique, désigne ici des touciies de l'orme carrée [quadratis) disposées bien en ordre {ordine) sous les tuyaux {suppositis). Les vers ianibiques représentent ces pleclres.

V. IX {artificis manus), la main de l'artiste, de l'organiste (claiidit aperitrjue spiramenta, v. 18 et 19) l'erine et ouvre les ouvertures (à air), c'est-à-dire permet ou supprime l'entrée de l'air dans les tuyaux.

V. 20 {suh (juibus unda latens properantibus incita ventis) sous lesquels (tuyaux ou trous) l'onde cachée et agitée par les vents (l'air) lapides

Ici les expressions deviennent banales et désignent un résultat vague et confus, sans qu'on puisse deviner de quelle manière et par quel mécanisme on arrivait à ce résultat.

V. 21 On voit qu'il s'agit de manœuvres alternatives {vicibus), fréquentes (crebris), as^ez pé7iibles (labor) exécutées a\ec ensemble (haiid sibi discors) par des jeunes gens (juvenum); ce qui indiquerait que le maniement de ce genre de machine exigeait une véritable force. Il n'y a pas lieu de s'en étonner du reste, quand on voit que dans les orgues du moyen âge la soufflerie nécessitait des efforts énormes, tant au point de Mie du nombre des souffleurs que de leur vigueur.

v. 24 et 25. L'instrument devait avoir un mécanisme fort docile, puisqu'au moindre mouvement {minimum ad motum) des touches [plectra) ouvrant le passage au vent [adaperta), le son suivait [sequi). Les notes pouvaient sortir nombreuses et par conséquent rapides [fréquenter); ou bien la mélodie était calme [placidos cantus); ou bien encore elle avait assez de force pour produire une sorte d'ebranlement et de terreur (prcestringere).

On le voit, ce texte ne nous en apprend pas plus que les autres sur la partie hydraulique proprement dite de l'or-

gue. (le (1(1(111 y lioiivc iM(li(|ii('' avec iino vraie ii('(,t(^(é. (î'cst récluilh^ (i(^s liiyaiix, leur nialR're et. l(Hir t'oiinc, la fornu» et la disposition des toucluis, et, jiis(iii'à un certain point, lenr mécanisme, les trous et. sonpapcs du sommier, le travail ('adenc('î des soiiftlenis, la justesse et la docilitc'- du nuM'anisme, et les dilïérenls caract('res de la nuisi(pie ([u'on pouvait exécut(M\ et (jui (Mait à volonté rapide ou lente connue mouvement, douce ou forte comme intensité de son.

Une autre opinion assez curieuse, c'est (jue l'orgue liydrauli({ue marchait ou résonnait par la vapeur de l'eau houillante, et cette opinion a pour elle, entre autres, deux auteurs qui ont pourtant vécu à des époques l'oi't éloignées, Julius PoUux, rhéteur et compilateur du deuxième siècle après Jésus-Christ, et William Sonnuerset, dit Guillaume de Malmeshury, moine bénédictin et chroniqueur anglais de la fin du onzième siècle et du commencement du douzième. On a du premier un passage où il est ques^lion de flûte de fer {arundo ferrea) dont le son est produit par Veau bouillante {aquani ebullientem) . Ce son avait comme caractère d'être plus fort que le son produit par le

souffle ordinaire [major sono ipsius spiritus aura vocem

validioreni). On voit la cause et l'effet; mais le moyen employé reste dans le plus profond silence. Le texte du moine anglais renferme les mêmes renseigntunents. On y trouve les expressions: orgue hydraulique [organa hydraulica), vent ([ui s'élance par la force de l'eau échauffée [aquœ calefactœ violentia, trous nombreux livrant passage au souffle [multi foratiles transitus), flûte d'airain [œneœ fistulœ). C'est toujours le même ton général dans la partie de la description qu'il nous importerait le plus de connaître en détail.

On a cherché bien des manières d'expliquer ce terme d'orgue hydraulique. On a voulu voir dans l'eau un simple agent mécanique produisant du vent, soit par sa chute dans des tubes aspirateurs, comme cela arrive pour les trompes de forges, soit par son action sur des roues, comme celles des moulins à eau, faisant agir des souffleries quel-

conques, soufflets ou cylindres à pislon aspirant et foulant. Mais toutes ces dernières suppositions pèchent par la base : en effet, l'eau aurait dans ce cas un rôle tellement secondaire et si peu spécial cpi'on ne s'expliquei'ait pas le nom technique d'orryî/e hydraulique ou hydraule; et d'ailleurs on jouait de l'hydraule dans les palais, au théâtre, plus tard dans les églises; or il était difficile, pour ne pas dire impossible, d'avoir des cours ou des chutes d'eau dans tous ces endroits. 11 devait donc y avoir une différence plus radicale entre l'orgue dit pneumatique et l'orgue dit hydraulique. Quelle était cette différence? C'est ce qu'il serait téméraire d'expliquer. Les monuments antiques que nous avons choisis dans différentes classes, bas-reliefs, médailles et pierres gravées, présentent des deux côtés de l'instrument des appendices, vases ou appareils dont le rôle n'est pas plus facile à comprendre que ne le sont les détails des textes. On y a vu tour à tour des entonnoirs à eau, des réservoirs à air, des conduits ou tubes à introduire le vent, des leviers, etc. On a beaucoup supposé, mais on n'a rien prouvé, il faut bien le reconnaître.

Citons pour mémoire une figure sculptée sur un monument du musée d'Arles, et souvent indiquée, dans laquelle on a voulu voir une façon d'orgue à vapeur. Elle représente un personnage qui tient, ou maintient, ou manie un globe sur le haut duquel sont implantés sept tubes terminés par des espèces d'évasements - ou pavillons. Le globe est posé sur un vase oblong. en forme d'auge, qu'on a prétendu devoir contenir du feu, afin de faire bouillir l'eau qui pourrait bien être dans le globe. Cette eau était destinée à s'échapper, une fois en ébullition, par les tuyaux munis de systèmes d'anches. Ce serait alors une variété musicale d'éolipyle. Mais rien n'est moins prouvé.

Quoi qu'il en soit, les témoignages abondent pour prouver que ï'hydraule était très-répandu, très-connu, trèsemployé et très-goûté. Aux auteurs déjà cités tels que Cornélius Sévérus, Athénée, Claudien, Porphyrius qui en parlent et en font l'éloge, nous pouvons joindre Suétone, Pétrone, Tertullien, saint Jean Chrvsostome, Ammien Mar-

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cclliii, Mailiaiiiis Ca[)olla, Sidoiiio A|)()lliiiair(' qui nous

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courses de cliars, aux pauto- " "

iniuies, aux repas des rois,

cl lucMic dans les maisons

(les particuliers ^

L'orgue iiydrauli(|ue subsista encore pendant bien des ^ ^^V5^*"^I''V siècles du moyen âge. Eginliard parle d'iui piètre vénitien, nommé Geoi-ges, qui vint à la cour de l'empereur Louis le Débonnaire (neuvième siècle) et construisit dans son palais d'Aix-la-(]bapclle un oi'gue send)lablc à celui (ju'on appelle en grec hijdraide [on/anum, quod graice hydraula vocatur). Le ]>assage cité plus liant de Guillaume de Malmesbury montre (ju'au douzième siècle l'bydraule n'était pas encore abandonné. Mais à partir du treizième siècle, on n'en trouve plus trace.

L'orgue pneuniati(jue, du reste, ne fut pas du tout sup- * planté par l'hydraule. Les textes et les dessins prouvent qu'on s'en servait babituellemeiif, et même dans des so- Icnnilcs publifjues, où l'on devait nécessairement cherclierà déployer le plus gi'and

1. Voir ililïi-iL'iils textes justilicatiis [Maij. iiitl., oelolni; 18"2).

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