‹ La musiqueChapitre 25 sur 28 · A MU SI OUI · texte numérisé non relu

A MU SI OUI

On ftoiirrnit citor coiiiiih^ un inoch'-lc du i^cnro r(''lablisspinoiit d'aliénés d'illciiaii, |)ivs (rAclicni, tiaiis le ^M'aiidduché dp ]{adp, et (|iii dés 1<S4.') avait coïKiiiis uiip «(rande lépiilalion. M. MaxiiiiP Dncaiii]). qui en parle dans soa ouvrage sur Paris, fait le plus grand éloge du docteui- lîolk'r, fondateur et directeur de cet établissement. Homme d'intelligence et de dévouement, doué d'une grande charité et d'un esprit vraiment j)liilosophique, le docteur avait immédiatement compris ([u'avec les fous le i-égime moral et les bons traitements sont ce qu'il y a de plus puissant. Aussi voit-on des promenades de botanique élémentaire, des lectures en comnnm et des concertai fréquents institués comme moyens réglementaires de thérapeutique.

Il serait fort difficile d'expli(juer pourquoi et conmienf la musique exerce une pareille influence sur les malheureux privés de la raison. On a imaginé à ce sujet beaucoup de théories psychologiques et physiologiques dans lesquelles abondent les hypothèses les plus ingénieuses. Ce sont des lectures intéressantes, instructives même à certains égards, à cause des idées qu'elles font naître; mais il faut bien avouer (jue les faits purs et simples sont la seule chose incontestable en pareille matière. C'est toujours l'éternelle question des rapports du physique et du moral, question soulevée et débattue à toutes les époques, tranchée même par les uns dans un sens et par les autres dans un sons opposé, mais nullement résolue, malgré les affirmations confiantes ou les négations hautaines. Les phénomènes les plus habituels, les plus fréquents sont encore à expliquer.

Qu'ya-t-il, par exemple, de plus fréquent, de plus habituel et aussi de plus inexplicable que l'obsession musicale, cette persistance dans la mémoire d'un son, d'un air, d'un accord? Cette persistance peut même devenir pénible, lorsque la sensation est trop forte ; mais ce qui est bien plus curieux, quand la sensation est, au conti^aire, assez vague pour que l'esprit ait besoin de faire effort afin de retrouver l'accord ou l'air, il en résulte une tension de mémoire qui va jusqu'à la souffrance : on est dans un

EFFETS ùO->

singulitM' t'tal (|iii se ] aiipicclic hciiucoiiit de cos r(*'V(^s, où l'on ne sait trop si l'on poursuit ou bien si l'on ost poursuivi, mais où l'on se sont dominé par une puissance' mystérionso, supérieure à voti'e libre arbitre. L'air ou l'aecord elierclié revient-il à la mémoire? innnédiatement on éprouve un véritable soulagement : il se produit dans le cerveau une détente qui je{)Ose et satisfait.

Un soir, dit-on, où quelques amis s'étaient réunis cliez Mozart, l'un deux, peu d'instants avant de partir, posa macliinalenient les doigts sur le clavecin qui était ouvert, frappa doucement plusieurs accords qui s'enchaînaient, et, dérangé par une raison quelconque, s'interrompit tout à coup et sortit, sans avoir donné de conclusion à sa phrase harmonique. Les amis de Mozart partirent l'un après l'autre, et, connue il était tard, Mozai-t, une fois seul, se mit au lit. Mais ce fut en vain qu'il essaya de dormir; il éprouvait un sentiment pénible de gêne et d'inquiétude indéfinissables, qui le tenait éveillé, et depuis longtemps, déjà il ne faisait que se tourner et se retourner, lorsque, tout à coup et presque malgré lui, il bondit hors de son lit, alla droit à son clavecin et frappa l'accord oublié qui terminait pleinement la série interrompue. H se recoucha alors et s'endormit innnédiatement.

Si cette histoire n'est pas authentiqu(>, elle n'en est pas moins d'une vraisemblance absolue, car il n'est personne, si peu musicien qu'il soit, qui n'ait éprouvé la même sensation de gène, lorsque par hasard un morceau de musique était interrompu au moment où Ton allait entendre l'accord marquant la tonalité. S'il n'est pour ainsi dire personne cpii puisse se dérobei' à cette impression, que sera-ce lorsqu'elle sera subie par une organisation musicale exquise connue celle d'un Mozart? Elle deviendra assurément du malaise et même de la souffrance.

Il est donc bien évident que la musique exerce une action puissante sur le cerveau, et qu'il y a une persistance des sons comme il y a une persistance des images et des idées, n Lorsque je compose le soir, dit Grétrv, la nuit ne suflit pas pour me faire otddier le ton du mor-

ceaii qup j'ai fait on tout ou en partie; avant de toucher mon piano, si j'y rêve le matin, je suis exactement et constannnent dans le ton. »

Le même Grétry raconte ailleurs comment il fut persécuté par l'idée delinir un morceau de musi(|ue conmiencé, et ce besoin, qui devenait littéralement douloui'eux, doit être considéré comme une véritable obsession musicale et peut servir à faire comjjrendre quel h; influence puissante et quelle domination exclusive la musique parvient à posséder sur les idées et la mémoire. 11 y a là un état mental particulier qui a dû fournir plus d'un raisonnement aux médecins aliénistes.

« Je n'ai jamais entendu, dit Grétry, le chœur des Janissaires : Ah ! qu'il est bon, qu'il est divin ! sans une peine extrême ; les tourments que ce morceau m'a fait souffrir en le composant en sont la cause.

« J'étais conduit aux portes du tombeau par de violents accès de lièvre que j'éprouvais depuis un mois, lorsque l'auteur des Deux Avares se présenta chez moi : on lui dit que j'étais très-mal: cependant, comme je fus le premier à lui parler de l'ouvrage que nous venions de terminer, il glissa sous mon chevet une lettre cachetée, en me recommandant de ne point l'ouvrir que ma santé ne fût rétablie. Tout le monde connaît l'inquiétude que donne un paquet cacheté; je l'ouvris derrière mes rideaux, et je trouvai le chœur des Janissaires, que l'auteur disait nécessaire à sa pièce, et qu'il me priait de mettre en musique le plus tôt possible. Il fut obéi : dans l'instant j'y travaillai malgré moi. Je |crus, après m'étre débarrassé de ce fardeau, retrouver le repos qui m'était nécessaire ; mais non, la crainte d'oublier ce que je venais de faire me poursuivit pendant quatre jours et quatre nuits. J'entendais exécuter ce chœur avec toutes ses parties; j'avais beau me dire qu'il était impossible que je l'oubliasse; j'avais beau m'occuper fortement de quelque autre objet pour me distraire, j'entrais inutilement dans les détails d'une partition, en me disant, les violons feront ce trait, les bassons soutiendront cette note, les cors donneront ou ne donne-

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ront pas, etc. Apivs qucl([U('s miDulcs, un orcliesti'o iiilVrnal recoinnuMiçail encore: Ah! qu'il est bon, qu'il est divin! Mon cerveau était connue le point central autour (lu([uel tournait sans cesse ce morceau de musique sans que je (lusse l'arrêter. Si l'enfer ne connaît pas ce genre de supplice, il pourrait l'adopter pour punir les mauvais musiciens. Pour me préserver d'un délire mortel, je crus qu'il ne me restait d'autre remède que d'écrire ce que j'avais dans la tète ; j'engageai mon domestique à m'apporter quelques feuilles de papier ; ma femme, qui était sur un lit de repos à mes côtés, s'éveilla et me crut agité d'un délire semblable à celui que j'avais eu quelques jours auparavant ; j'eus peine à lui persuader l'horreur de ma situation et les fruits que j'attendais de mon travail ; j'achevai la partition au milieu de ma famille muette, après quoi je rentrai dans mon lit, où je trouvai le repos. »

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Effets de la 5ii;siqi:e (suite). — ElTcts ciiratirs de la musiqiii; dans les maladies proprement dites. — Fabhîs à ce sujet. — La tarentule et le tarentisme. — Histoires vraies. — Effets iiliysiologiques de la musique. — Le rhythme calme et repose. — Il donne aussi de la force et excite. — l'ouls oljéis.sant au rliythnie.— Musique employée contre l'insonniie. — Bcrrcusvs. — Mécène.

L'action de la iiiiisi(|iu' sur l'esprit sain ou malade a donc été observée et utilisée de bonne beure, on pourrait presque dire, de tout temps. C'est là un fait incontestable. Ce qui est au moins aussi ancien, c'est l'application de la nnisique au traitement des maladies [iliysi(|ues proprement dites, mais sur ce point il faudrait être fort défiant. Les bojnmes ont une grande tendance à raisonner par analogie : ce mode de raisonnement, qui a du bon, ne laisse pas cependant que d'être défectueux : il est llatteur pour l'esprit, et il arrive promptement à une conclusion, malbeureusement il est parfois spécieux et artificiel; en mainte occasion il n'a pas d'autre valeur que celle d'une comparaison ingénieuse, et, comme on l'a dit, comparaison n'est pas raison. Toujours est-il que des philosopbes, des savants, dos médecins sérieux ont eu non-seulement dans l'antiquité, mais dans des temps plus modernes, une grande confiance dans les vertus thérapeutiques de la musique. Nous citerons quelques exemples donnés par différents auteurs, mais à titre de simples documents ou d'opinions curieuses, bien entendu, et non comme des faits dont il faille tirer des inductions indiscutables.

Pindare, dans une de ses odes, raconte qu'Esculape traitait certains malades en leur faisant entendre des chants agréables et mollement voluptueux. 11 est vrai qu'Esculape

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ôlait. un dieu; mais IMiidarc, eu sa qualilé de poëtc, a évidciuuu'ut voulu pcrsouuilier la uiédcciuc, et n'a été <juo réclio dos opinions qui avaient cours de son temps sur les effets curalifs de la nnisi(jue.

Homère, Tliéophiaste, Athénée, Plutarque, Galien, Aulut,^elle croyaient que la musique guérissait la peste, les l'iiumatismes, la sciatique, la goutte, la piqûre des scorpions et la morsure des vipères. Démocrite nous apprend (}ue le ,son de la llùte est un remède spécial contre la peste. Thalètas de Crète, le poète musicien, se servit de la musique des flûtes, selon la tradition, pour délivrer Sparte de cette maladie. Et à propos de (lûtes, Cœlius Aurélianus cite un flûtiste qui calmait les douleurs de goutte en comnumiquant par ses airs à la partie malade une espèce de palpitation et de sautillement. Élien parle de gens qui, étant malades, apprirent la musique, recouvrèrent la santé et augmentèrent leurs forces.

Dans les temps plus modernes, au dix-septiènu^ et au dixhuitième siècle, par exemple, on retrouve la uième foi dans la puissance curative de la musique. Des médecins et des savants conuue Diemerbrœck, Baglivi, Kircher, Haffenreffer, Jacques Bonnet, Desault parlent avec conviction des heureux effets obtenus par l'emploi de la musique dans le traitement de la goutte, de la peste, de la phthisie, de riiydrophobie, de la morsure des bétes venimeuses.

En fait d'animaux venimeux, il en est un qui a été particulièrement étudié, et dont la bibliographie est même assez considérable. Nous voulons parler de la tarentule, espèce d'araignée de grosse taille qui se trouve surtout dans l'Italie méridionale, aux environs de Tarente, et dont la piqûre ne semble pas absolument inoffensive. Des charlatans ont souvent exploité l'ignorance et la crédulité populaires au sujet des prétendus effets de cette piqûre, pour employer la musique à sa guérison. Il s'est fabriqué à la longue sur ce sujet des traditions et des légendes qui, à force d'être répétées, ont fini par acquérir une certaine consistance, et il ne faut pas trop s'étonner que des hommes sérieux aient traité sérieusement une chose dont tout el

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inonde parlait, que tout le monde afùrmaK être véritable. N'oublions pas que la grande métbode scientifique de l'observation et de l'oxpériinentation n'était encore qu'à son berceau, et que l'hypothèse régnait en souveraine dans les sciences physicjues et naturelles. Aussi voit-on un Kirchcr, dans son Ars magnetica, parler doclrinalement de la tarentule, du tarcntisme, et des instruments de la musique en usage pour la cure de cette maladie. Il est vrai que Kircher est assez crédule, malgré sa science, et qu'il s'occupe plus souvent de compiler que de critiquer. Mais Baglivi, médecin et analomiste non-seulement célèbre, mais réellement instruit, disserte amplement de la cure musicale de la susdite piqûre; il demeurait pourtant en Italie et était parfaitement placé pour vérifier les faits. Mais Richard Mead, une des autorités de la scion(;(> médicale en Angleterre pendant la première moitié du dix-huitième siècle, parle de la guérison de la piqûre de la tarentule par la musique. 11 est vrai qu'il revint plus tard sur ce qu'il avait dit d'abord, et qu'il eut la franchise de rétracter des opinions qui lui paraissaient erronées; toutefois ses théories, si fausses qu'elles pussent être, avaient conquis unecertaine influence, à tel point que son traité De tarentiila était traduit en français par Coste, médecin de l'hôpital royal et militaire de Nancy. Haffenreffer, professeur à Ulm, dans son traité des maladies de la peau, consacre un long chapitre de son ouvrage à l'exposition très-méthodique des différentes pratiques musicales les plus convenables contre la piqûre de la tarentule; il a même la naïveté de noter les airs les plus efficaces en pareille occurrence. Cette croyance était tellement ancrée dans les esprits qu'elle a trouvé, même dans notre siècle, sinon un défenseur, du moins un interprète et un vulgarisateur. On trouve en effet dans la Décade philosophique littéraire et politique, an X de la République, un poème sur les insectes, composé par Etienne Aignan, qui fut plus tard membre de l'Académie française. La description des effets de la musique sur la piqûre de la tarentule occupe une partie du quatrième chant de ce poëme.

KFFETS. r,Oi)

La croyance populaire relative aux syniplômes du tareulisme et à sa cure par la musique peut se résumer dans les traits suivants : d'abord besoin instinctif et irrésistible de clumter, de rire et de pleurer sans motif et d'une manière innnodérée; puis somnolence létbargi(|ue ; puis excitation violente, si l'on joue certains airs à la personne malade ; danse et sauts désordonnés et involontaires; enfin fatigue extrême, sueurs abondantes et terminaison heureuse du mal.

Il n'y a rien de bien sérieux dans toutes ces assertions. La piqûre de la tarentule, mieux étudiée par des médecins philosophes, a perdu son caractère fantastique et légendaire et s'est trouvée réduite, comme effets, ou à un peu de fièvre, ou à quelques taches et boutons, ou à quelques fourmillements plus ennuyeux que dangereux. Et encore ces conséquences ne sont-elles pas données par les observateurs comme absolument nécessaires. Quant au traitement musical, il est facile à expliquer: qu'on se rappelle ce que sont les gens du peuple dans les pays méridionaux : superstitieux , d'une imagination ardente et peu réglée, fort disposés d'ailleurs à s'agiter et à gesticuler pour la moindre raison et même sans aucune raison, il est tout naturel que certains airs d'un rhythme vif et emporté agissent sur eux d'une façon puissante, surtout lorsqu'ils attachent à ces mêmes airs une idée mystérieuse : d'ailleurs certaines pratiques des cultes orientaux, la danse des derviches tourneurs, par exemple, qui pivotent jusqu'à épuisement de leurs forces, indiquent jusqu'où peut aller le délire du mouvement, quand l'imagination est montée. Dans le tarentisme, la musique ne sert qu'à précipiter la danse, qu'à exagérer l'agitation corporelle et, par conséquent, à procurer au soi-disant malade une transpiration abondante. Or on sait que l'effet des morsures des bétes venimeuses est combattu dans une certaine mesure par des remèdes sudorifiques, et plus d'un médecin de nos pays, même dans les cas de morsure de vipère, recommande la marche forcée et rapide, poussée jusqu'à la transpiration excessive comme un excellent adjuvant de la cautérisation.

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l*arcons(''qiionl, si l.i pi(|ùr(' de l;i larciiliilc a (fiic|{|iics ii:conv(''i)i(Mils. ce qui ii'ost pas (l(''iii()iilr('', il est ))i('ii possible que la niusi(jiio aide à les faii'c disparallrc, mais il est évidont (juo ce n'est qu'à titre de sudoiififjiie. (ne infusion bien chaude, des couvertui'cs en nond)i'e suffisant feraient le même effet, mais ce serait trop simple pour des esprits amis du merveilleux.

Le célèbi'e physicien Giand)altista Porta, (jui vécut pendant la seconde moitié du seizième siècle et les premières années du dix-septième, conçut à propos des effets curatifs de la musique une théorie qui seml)le empruntée aux rêveries les plus creuses du moyen âge : il voulait que l'on fabriquât des instruments avec le bois des plantes médicinales, et affirmait (pie ces instruments produiraient une inusi(jue possédant les propriétés spéciales des susdits bois. 11 no faut pas oubliei' que ce Porta, qui était un observateur pénétrant et un habile et ingénieux expérimentateur, eut toute sa vie un goût démesuré pour les bizarreries, les études occultes, et loml)a même plus d'une fois dans les puérilités. Après avoir fondé l'Académie des Ofiosi à Naples. il fonda celle des Secreti, pour la recherche des secrets utiles à la médecine ou à la philosophie naturelle. Les manœuvres de cette société, dont le nom avait déjà quelque chose de mystérieux, parurent bientôt peu oi'thodoxes, et le pape Paul IV la suppi'ima par vme bulle, comme s'occupant d'arts illicites.

11 y a donc beaucoup à rabattre de tout ce qu'on a dit au sujet de la thérapeutique musicale; il y a cependant nombre de faits incontestables et qui s'expliquent naturellement. La musique agit d'une manière spéciale sur l'imagination, comme nous l'avons vu; elle agit aussi sur les nerfs, et il suffit quelquefois de calmer les uns et de charmer ou de distraire l'autre, pour faire cesser ou pour adoucir une maladie dans laquelle les nerfs et l'imagination jouent le rôle principal. Dans les maladies du système nerveux qui se manifestent par des mouvements désordonnés, des spasmes, des contractions convulsives, on conçoit que la douceur pénétrante de ciM'taines phrases mélodiques, ou

EFFETS. r.11

qu(> 1(» ninuvomcnl iicl et bien délcniiiiK'' de (•(>rtaiiis rhylhrnos prodiiisciil d(^s effets de détente ou de ié<>iilarisiitioii qui. à la longue, devieiuieiit une sorte d'lial)ilude et aiuèueut de l'apaisement et du repos : or un malade qui s'est reposé se trouve toujours ])lus fort contre le mal à venir, et dans ces conditions la niusi(|ue est un agent indirect de guérison.

Le docteur Rourdois de la Mothe raconte qu'il soignait une jeune fenmie en proie à une fièvre violente, contre laquelle tous les remèdes échouaient. La fièvre durait depuis dix-huit jours ; la malade ne faisait que dépérir et semblait toucher à sa dernière heure. Le médecin aperçut une harpe dans l'appartement, et l'idée lui vint, puisque la situation était désespérée, de faire une dernière et étrange tentative. Une excellente harpiste vint jouer de son instrument près du lit de l'agonisante. La première demi-heure se passa sans aucun résultat ; mais on ne se lassa pas et, au bout de quarante minutes, la respiration devint plus distincte, et les membres glacés commencèrent à se réchauffer. On continua la musique; le pouls devint plus fort, se régularisa. La poitrine, qui semblait oppressée, se souleva et laissa échapper des soupirs. 11 survint une hémorrhagie nasale ; la malade reprit l'usage de la parole ; peu de jours après elle entrait en convalescence. Dodart, conseiller médecin de Louis XIV. avait déjà consigné dans les mémoires de l'Académie des sciences l'aventure d'un jeune musicien qui, malade d'une fièvre violente, fut guéri par un concert qu'on lui donna dans sa chambre.

Le docteur .H. Chomet' rapporte un fait dont il fut témoin, et les détails mêmes avec lesquels il le raconte sont une preuve de vérité en même temps qu'un élément d'intérêt.

« Un de mes parents et amis, dit-il, docteur en médecine et grand amateur de musique, eut dans une nuit une attaque d'apoplexie. Appelé en toute liàte, je lui donnai

1. Effe/x el inflnrnce de la muxique sur la iia)ilà et xur la maladie.

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