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les premiers soins. Malgré un traitement éiiorgiquc, le malade ne reprit connaissance que deux jours après l'accident. La moitié du cori)s était paralysée et la parole fort embarrassée; quelcjues jours se passèrent dans l'anxiété et la crainte d'un événement malheureux; le mieux cependant se prononça, et le malade put, tant hieii que mal, exprimer ses désirs et l'aire connaître ses volontés. L'amélioration fut chaque jour plus sensible, mais il restait encore de l'assoupissement, quelquefois de l'agitation et trèssouvent de la fièvre. Dans cet état le malade manifesta le désir d'entendre de la musique. Sa fille fut engagée à se mettre au piano, et ce ne fut pas sans inquiétude qu'elle souscrivit à la demande de son père. Aux premiers accords, celui-ci, jusque-là assoupi et taciturne, se réveilla ; une expression de plaisir se répandit sur son visage, ses lèvres s'agitèrent et sourirent, et joignant les mains il semblait aspirer avec un bonheur indicible les sons qui lui venaient du salon. Pendant toute la durée du morceau de musique le calme avait été parfait, un sentiment de bien-être s'était manifesté jusqu'au soir, où le mieux, quoique moins sensible, n'avait cependant été troublé par aucun phénomène inquiétant, (ie pi-emier essai avait procuré au malade trop de contentement et trop de soulagement pour n'être pas renouvelé. Le lendemain donc, j'assistai à la nouvelle séance, et je restai vraiment surpris et étonné des effets dont j'avais été témoin. Alors chaque jour eurent lieu de nouvelles répétitions; au caractère grave et sérieux de la nmsique des premiers jours succédèrent des morceaux de ih\ thme et de caractère différents, et le piano passa du salon dans la chambre à coucher du malade. L'amélioration se prononça chaque jour davantage, la convalescence marcha régulièrement, et la guérison fut rapide. »
Quarin, médecin de l'empereur Joseph 11, raconte qu'une jeune fille épileptique entendit un jour par hasard de la musique au moment où elle ressentait les signes précurseurs d'un accès. 11 se fit subitement en elle une sorte d'arrêt de son mal, dont elle n'éprouva ce jour-là que le prélude. Toutes les fois alors que l'accès allait venir, on
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mit la joime fille dans les conditions où elle avait trouvé du soulagement tout d'abord, et ces mouvements nerveux, contrariés dès le début, se calmèrent peu à peu connue par l'intluence d'une nouvelle babilude plus l'orte que l'habitude du mal.
Ces exemples, ainsi que quelcjucs autres tout aussi authentiques qu'on pourrait citer de fièvre, d'épilepsie, de catalepsie guéries ou soulagées par la musique suffisent et au delà à montrer que ce qu'on a dit de la puissance do cet art n'était pas toujours de la fable. La question a certainement encore besoin d'être étudiée; et il y aurait de l'outrecuidance ou au moins de la légèreté à affirmer que les effets curatifs de la nmsique sont dus exclusivement à telle cause plutôt qu'à telle autre. Des hommes d'esprit et des savants ont parlé les uns de vibrations, les autres de fluide ; mais leurs systèmes laissent encore trop de place à l'hypothèse. Espérons qu'avec les progrès merveilleux que font chaque jour la physique, l'auatomie et la physiologie on arrivera à lever un coin du voile qui nous cache ce côté si mystérieux et si intéressant de notre nature.
La musique produit quelquefois certains effets bizarres que l'on peut ranger à la rigueur dans la classe des phénomènes cités en dernier lieu, et dont il ne serait pas impossible à un médecin observateur et philosophe de tirer parti. Un simple accord, un son unique' fait éprouver à certaines personnes un trouble particulier qui ne se l'attache ni à une idée, ni à un sentiment. Les unes baillent subitement, les autres sentent un battement soudain du cœur, les autres ont tout à cojp les yeux humides ; celleci a la gorge serrée par une brusque constriction ; cellelà est près de tomber en faiblesse. La volonté, la pensée sont absentes. Est-ce du plaisir ? Est-ce de la souffrance ? On serait fort embarrassé de le dire.
Parfois même il se produit dans notre économie animale des mouvements involontaires, mais mesurés et d'une régularité étrange dans leur rhythme. Le son agit sur l'organisme comme une cause mécanique, ou irritante, et l'impression semble purement i)hysiologique. Ici non plus.
7,U l\ MUSIQUE.
les faits ne nianqiioiil |)as, et nous en clioisirons qucUjiicsiiiis ([[10 nous prend l'ons parmi les mieux atlcslés.
Le médecin Kouiiiier de l*(!scay raconte (jue le soir, après une joui'née de latif,'ue, lorsqu'il avait de la peine à marcher, il suffisait de l'air l'Iiythmé de la retraite, exécuté par les tambours et les fifres pour lui ranimer le pas et lui coimnmiiqu(M'une vi,i,Mieur même assez durable. Dans des pi'omenades fatigantes, il faisait l'expéricMice de se chanter un air simple et d'une mesure facile et accentuée; et il assure qu'il en suivait le mouvement sans peine.
Grétry, dont la poitrine était délicate et la respiration parfois pénible, souffi'ait de marcher vite. Aussi lorsiju'ii se promenait avec un compaiiiion dont le pas était troj» rapide, il fredonnait un air d'un mouvement lent, et il affirme qu'il parvenait ainsi à ralentir sans difficulté cette vitesse qui le gênait.
On s'est demandé comment certains marchands pouvaient crier leur marcliandise dans les rues toute la journée sans avoir l'air d'être trop fatigués le soir. Il parait bien certain qu'ils paiviennent à résister à ce dur métier en rhythmant leurs paroles et en les articulant sur une mélodie déterminée. Ils préparent ainsi leur voix à monter souvent très-haut et à produire des notes qui, lancées brusquement et. sans mesure, les épuiseraient bientôt. Les compositeurs italiens appliquaient, on le sait, ce procédé avec un art infini aux morceaux de musique vocale qu'ils écrivaient, et tiraient des voix, en les ménageant et en les conduisant, des effets admirables de sonorité et de puissance.
Le rhythme d'ailleurs et la mesure semblent produire sur nous des modifications particulières et profondes, avec une mélodie insignifiante et même sans aucune espèce de mélodie. Ne calme-t-on pas les pleurs et les cris d'un enfant en lui chantant un air bien rhythmé, si monotone qu'il soit, ou même en lui exécutant avec les doigts une batterie de tambour cadencée sur des vitres ou sur le coin d'une table? Les soldats fatigués de la route ne reprennentils pas des forces et du courage lorsque le chef donne
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l'ordi'c aii\ taiiiltotii's de lialtrc uiio iiiarclic ? Oui n'a pas enliMidii parler do la puissaiico souvorainc de la moiioloiic ol toiTible baltorio du pas de chargo ?
Les parties brutes de notre organisme obéissent aux lois du rliytlnne et le suivent dans certains cas avec une docilité et une rég-ularité qui tient du prodige. Le pouls est sensible à la mesure ; on l'a remar(jué plus d'une fois, et Grétry nous donne d'intéressants détails à propos d'observations faites sur lui-même à ce sujet.
« Je crois, dit-il, qu'un mouvement longtemps répété agit sur la circulation du sang. Peut-être que tous les bommes n'obtiendraient point le résultat d'une expérience (jue j'ai faite souvent sur moi-même.
« Je mets trois doigts de la main droite sur l'artère du bras gauche, ou sur toute autre artère de mon corps ; je chante intérieurement un air dont le mouvement de mon sang est la mesure : après quelque temps, je chante avec chaleur un air d'un mouvement diffèrent ; alors je sens distinctement mon pouls qui accélère ou retarde son mouvement, pour se mettre peu à peu à celui du nouvel air.
« Après cela, dira-t-on que les anciens avaient tort de dire que la musique rendait furieux ou calmait les individus bien organisés et passionnés pour cet art'? ))
Cette action du rhythme et de la nmsique sur le pouls peut faire comprendre comment on parvenait et l'on parvient encore à calmer certaines insomnies au moyen de mélodies vocales ou instrumentales. Le titre générique de berceuses donné à des morceaux de musique d'un mouvement lent et d'un rhythme onduleux est une indication toute naturelle du pouvoir que possède la musique pour endormir et du caractère qu'elle doit prendre pour y parvenir. Un des personnages les plus célèbres qui se soient servis de ce raffinement est Mécène, le favori et le conseiller d'Auguste. A la suite de ses querelles de ménage et de ses excès, il contracta une maladie cruelle, implacable, incurable : l'insonmie. On lui avait conseillé comme remède de boire beaucoup, et il s'en acquittait bien, mais ce moyen ne réussit pas longtemps. Il avait inventé un
autre artifice plus délicat, c'était de réunir, à quelque distance de la chambre où il reposait, un orchesti-e dont les sons arrivaient à son oreille adoucis et à l'état de murmure. Il faut ajouter que le mal fut plus fort que le remède, et que tout resta inutile : Mécène vécmt encore pendant trois ans sans rccouvier le sonnneil. Horace, quoique son ami, dut être frappé do ce supplice; en (jualilé de poëte, et voulut peut-être y faire allusion en parlant de cet homme qui a peur, dont les mets les plus délicats u'excitent pas l'appétit, et qui ne peut parvenir à s'endormir malgré le chant des oiseaux et des lyres :
non ovium citharariuo cantiis
somnum reiliiccnt'. (Od. m, 1.}