Voir rouit' : AiifjUste, sa famille et ses amis
Effets de la mi:siqi:e sur i.es animaix. — Les animaux ont des seiisalioiis musicales. — Vai'icté de ces sensations. — Sensations désagréaljles. — Les chiens souffrent en générai à l'audition de la musique. — Cette souffrance peut aller pour eux Jusqu'à la mort. — D'autres animaux souffrent également. — .\ntipathie de certains animaux pour certains sons. — [En général, les sons éclatants et subits effrayent les animaux. — La musique produit aussi des effets agréables sur les animaux. — Exemples d'animaux des espèces les plus différentes sensibles au charme de la musique. — Concerts donnés à des animaux pour leur faire plaisir. — La musique excite dans les animaux des mouvements caractérisés. — Elle semble à certains égards leur faire oublier le sentiment de leur conservation personnelle. — La musique repose et encourage les animaux. — Les animaux comparent les sons. — Ils ont des préférences en musique et expriment ces préférences. — Concert donné le 10 prairial an vi aux éléphants du Jardin des plantes. — Certains animaux sont susceptibles d'instruction musicale. — Les uns comprennent et reproduisent le rhythme. — Les autres, le son et la mélodie. — On a même cherché à composer de la musique pour les oiseaux: canon de Grétry pour les serins.
La musique produit sur les animaux des effets peut-être encore plus curieux à certains égards que ceux qu'elle produit sur les hommes. L'homme, créature raisonnable et intelligente, mêle à ses sensations des sentiments, des pensées, des souvenirs qui les modifient, les transforment, les affinent, les élèvent. Quant à l'animal, dont les idées sont évidemment trés-restreintes et ne peuvent guère se rapporter qu'à l'instinct de la conservation dans ce qu'il a de plus grossier, on concevrait à la rigueur que, puisqu'il a des organes et un système nerveux plus ou moins délicat, il pût être affecté par la musique, mais comme il le serait par des sons ou plutôt par des bruits quelconques, mécaniquement et physiologiquement. Ce serait pour-
7,\X l\ MUSIQUE.
laiil. une lU'irur de lecioire. Non-seulcinont les aiiiinaux uutcndent la niusi({ue parce qu'ils ont l'ouïe, mais encore leurs sensations auditives sont susceptibles de nuances, qui dépendent et de la nature des êtres (pii entendent et du caractère des morceaux (jui sont exécutés. Les animaux souffrent ou jouissent de la musique; il y a des mélodies et même des combinaisons harmoniques qu'ils aiment ou dont ils ont une véritable hoi-reur. il y a plus, certaines espèces ont une aptitude merveilleuse à retenir et à reproduire des airs et peuvent recevoir une éducation musicale. Les chiens send)lent épi'ouver une sensation très-vive à l'audition de la musique. Dans bien des cas cette sensation a l'air d'être douloureuse. Certains chiens, comme certains hommes d'ailleurs, restent insensibles à la nmsi- (pie, soit par habitude d'en entendre, soit par faiblesse ou anomalie de construction de l'oi'gane auditif; mais dans la plupart des cas, il est manifeste que cet animal est fort désagréablement affecté. INe voit-on pas des chiens libres de leurs mouvements s'enfuir dès qu'ils entendent quelque instrument? N'en voit-on pas qui, habitués à se tenir innnobiles, n'osent pas bouger, quand ils entendent également de la musique, mais ne peuvent s'empêcher de pousser de sourds et plaintifs gémissements? JN'est-ce pas un fait singulier de sensibilité et de mémoire musicales que celui de ce chien qui, ayant entendu jouer du violon, en avait tellement souffert qu'il se mettait à hurler dès qu'il voyait quelqu'un toucher cet instrument, avant môme que l'archet fût posé sur les cordes. Baglivi, dans sa dissertation sur la Tarentule, parle d'un chien qui poussait des hurlements affreux et finissait par tomber dans un profond abattement toutes les fois qu'il entendait une guitare ou tout autre instrument. Le docteur Richard Mead rapporte l'histoire d'un chien qui était tellement affecté parles sons du violon dans un certain ton, qu'il poussait des hurlements d'angoisse quand on jouait dans ce ton. L'instrumentiste fit un jour l'expérience de prolonger son air en restant dans la même tonalité, et l'animal mourut au milieu des convulsions-
EFl'LTS. :,l;)
On cilc (l'auUi's aiiiniaux morts do. la mèiiu' iiiaiiii'ic, (It's cliouollos |)ar cxoiiiple. Les chats iiiiaulciU ([iielquclois cil ('ii((Mi(laiitd(' la iiuisi([iu', mais souvent aussi ils restent parl'aitement traïKjuilles, surtout s'ils sont conunodément installés au coin du feu, sur quelque tapis ou coussin.
Ces faits d'antipathie musicale font penser tout naturellement ù l'aversion instinctive (h; plusieurs animaux pour certains sons, alors même qu'il ne s'y joint pas d'idée de danger. Ainsi les auteurs anciens nous représentent les chevaux scythes comme effrayés par le braire de l'âne. Ainsi l'éléphant, dit-on, craint le grognement du porc et n'est pas effrayé par le rugissement du lion. Ainsi le lion, selon une opinion assez accréditée, s'épouvante au chant du coq et se calme en entendant des tambours ou d'autres instruments, tandis que ces mêmes tambours produisent sur les tigres un effet de fureur et les excitent à se déchirer.
On a cherché à expliquer ces mouvements d'antipathie ou de terreur ; une opinion assez raisonnable et qui s'appuie sur quelques faits assez concluants les attribue non pas tant à la nature qu'à l'éclat subit du son. Le chant du coq, pour le citer de nouveau, a en effet quelque chose de criard, de brusque et d'imprévu, bienfait pour surprendre. On a remarqué que l'éléphant s'effrayait en général d'un bruit inaccoutumé. Ainsi à Zama, Scipion reçut la charge des éléphants d'IIannibal en faisant sonner toutes les trompettes de l'armée romaine avec accompagnement de grands cris, et ces animaux épouvantés, ou s'arrêtèrent, ou s'enfuirent et écrasèrent la cavalerie numide. A la journée de Thapsus, les tronqjettes de l'armée de César retentissant tout à coup produisirent le même effet sur les éléphants de Juba. Dans un ordre d'idées moins dramatique, mais du même genre, on peut se rappeler l'anecdote de Bacon de Verulam : il avait vu un singe qui se jetait à terre et hurlait lorsqu'on lui criait dans l'oreille ; mais ce qu'il v a de curieux, c'est que ses hurlements ressemblaient aux cris qu'il avait entendus.
Un phénomène différent et plus rare, mais également
r.lO lA MISIOUE.
Iticn coiistalr. ces! (ju'iiii sou lirs-doux et iiiôiiic d'un linil)re ;)gr(''al)l(' peut effrayer cortains auiinaux. Ainsi, â l'ékin les pigeons al)ondent. Les voyageurs ont remarqué qu'ils sont munis d'un petit sifflet de bambou excessivement léger qu'on leur attache entre les ailes et qui, pendant le vol de l'oiseau, produit une note. Le son varie selon le degré de vitesse du vol. Quand ces l)lanclies nuées de pigeons s'abattent du liant des airs, on croirait entendre des harpes éoliennes. Cette sonorité est loin d'être désagréable ou effrayante : elle suffit cependant pour tenir à distance les oiseaux de proie qui voudraient attaquer les pigeons. Peutêtre l'effroi est-il produit dans ce cas par une sorte de surprise, et le pigeon sonore parait-il un objet quelque peu mystérieux à l'oiseau de proie.
On a remarqué pourtant que les animaux s'habituent aux sons qui les surprenaient ou effrayaient tout d'abord, et l'on a tiré parti de cette modification de leur sensibilité pour les dresser. Selon Arrien, quand les Indiens avaient pris des éléphants, ils faisaient retentir à leurs oreilles des cymbales et des timbales garnies de clochettes, et cela les habituait insensiblement à n'avoir plus peur de ces mêmes sonorités à la guerre.
On soumettait les chevaux à des épreuves du même genre : delà ce proverbe ancien : Il 71 a pas entendu la sonnette, pour désigner un cheval mal aguerri.
La musique nroduit aussi des effets très-agréables sur les animaux, f n'est personne qui n'ait eu occasion de l'observci i des fois. On sait avec quel plaisir les oiseaux, et particulièrement le serin, entendent les airs qu'on leur joue. Ils approchent, ils écoutent avec attention, et, quand l'air est fini, battent des ailes en signe de joie. Les animaux rongeurs et les insectes ont le même penchant.
Lu capitaine du régiment de Navarre avait été mis à la Bastille pour avoir parlé trop librement à Louvois. Comme il s'ennuyait dans la prison, il pria le gouverneur de lui permettre de faire venir son luth et se mit à en jouer pour se distraire. Il fut fort étonné de voir, au bout de quatre
EFFETS, S'il
jours, des souris sortir de leurs trous et dos araignées descoudre de leurs tuiles. Ces aiiiiiiaux viureul former un cercle à l'entour de lui pour l'entendre avec une grande attention, ce qui le surprit si fort la première fois qu'il en resta sans mouvement : de sorte qu'ayant cessé de jouer, tous ces animaux se retirèrent tranquillement dans leurs gites. L'officier resta deux jours sans jouer. Quand il reprit samusi({ue, les animaux revinrent en plus grand nombre, comme si les premiers en avaient convié d'autres. Le prisonnier pria alors un des porte-clefs, à qui il fit voir ce spectacle, de lui donner un chat, qu'il enfermait dans une cage quand il voulait avoir cette compagnie, et qu'il lâchait quand il voulait la congédier. Le fait est affirmé par Jacques Bonnet qui le tenait d'un de ses amis dont il garantit la véracité.
Cet ami du reste avait eu pour son propre compte pareille aventure. C'était un habile musicien, qui savait jouer de plusieurs instruments. Il raconta lui-même à Jacques Bonnet qu'étant monté un jour dans sa chambre au retour d'une promenade, il avait pris un violon pour s'amuser en attendant le souper. « Ayant mis de la lumière devant lui sur une table, il n'eut pas joué un quart d'heure qu'il vit différentes araignées descendre du plancher, qui vinrent s'arranger sur la table pour l'entendre jouer, dont il fut très-surpris ; mais cela ne l'interrompit pas, voulant voir la fin de cette singularité ; elles restèrent sur la table fort attentives jusqu'à ce qu'on entrât dans sa chambre pour l'avertir d'aller souper. » Dès que le violon eut cessé de jouer, les araignées remontèrent dans leurs toiles. Et ce même spectacle, parait-il, se renouvela plusieurs fois par la suite.
Parmi les araignées mélomanes, on peut encore citer celle dont Grétry parle dans ses Essais sur la musique. Ce petit animal descendait par son fil sur le piano du compositeur aussitôt que celui-ci se mettait au travail.
Le lézard semble doué d'une sensibilité musicale particulière, et les faits bien authentiques attestés à son sujet justifient l'expression de dilellanle que lui applique
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M. l'Y'tis. Oiiniid un lôzard se chaiirCc au soleil, il siilïil qu'une voix ou un insi ruinent se fasse entendre pour qu'iniinédiatenienl cet animal preinie dilTéi-entes altitudes (jui léinoij]^nent du plaisir qu'il éprouve. « Il se tourne et se tient tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre ou sur le côté, comme poui' exposiu" toutes les parties de sou corps à l'action du fluide sonore qui le charme. » Mais toute musique ne lui plait pas. « Les voix dures ou raucpies, les sons criards ou la musique bruyante lui déi)laisenl. Pour le satisfaire, il faut employer le mezza-voce et choisir des mouvements lents. On a vu un de ces animaux, (jui paraissait être foit âgé, sortir du trou qu'il occupait dans un vieux mur, dès qu'on jouait l'adagio en fa du quatuor en ul de Mozart, et venir savourer la délicieuse harmonie de ce morceau. Lorsqu'on était arrivé à la fin, et dés qu'on avait fait silence, le lézard reprenait lentement le chemin de sa demeure; mais, si l'on reconnnençait le même morceau, il s'arrêtait, écoutait un instant pour s'assurer qu'il ne se trompait pas, et revenait ensuite prendre sa première place. Aucune autre pièce de nmsique ne produisait le même effet sur lui *. » Le dominicain Labat, procureur général de la mission des Antilles, qui était mathématicien, habile ingénieur et savant natui'aliste, rapporte une anecdote à peu prés semblable dans sa description de la Martinique.
Le docteur H. Chomet^ raconte un fait qui lui est personnel et qui confirme tout ce qu'on a pu dire du lézard au point de vue de la nmsique. Nous emjirunterons à l'observateur lui-même son récit et ses réflexions :
« C'était aux environs de Naples. Assis à l'ombre d'un grand arbre, je fredonnais l'air d'un opéra italien. Lesyeux tournés vers la campagne, j'en admirais la beauté, quand j'entendis prés de moi un frôlement de feuilles sèches qui me fit frissonner. Je portai mes regards du côté d'où venait le bruit, et je me vis entouix^ d'une quantité considérable de ces petits lézards gris verdâtres si com-