I.A MI<;iQIF
Modes. — Modn majeur. — Mode mineur. — Tons rclalifs. — Comment on trouve le ton et le mode d'un moiceaii sans armure ; avec des dièses ; avec des bémols. — Gammes différentes des gammes conçues dans la tonalité moderne.
Nous no nous sommes occupés jusqu'ici quo d'une seule combinaison des intervalles de la gamme, quelle que fût d'ailleurs cette gamme, naturelle, diésée ou hémolisée. Cette combinaison consiste à placer deux demi-tons, l'un, de la 5" note à la 4% et lautre, de la 7" à la 8% qui n'est que la répétition de la 1''^ La mélodie de celle gamme est d'une grande simplicité, et d'un caractère tel, que l'oreille en reçoit la sensation de quelque chose de net, de précis, de complet et de bien arrêté. Tous les airs qui seront écrits avec les notes prises dans une des 15 gammes connues, et au moyen desquels, en les démolissant pour ainsi dire, on pourra reconstruire une de ces i5 gammes, de façon à avoir toujours les mêmes rapports d'intervalles, tous ces airs là produiront le même effet de précision et de détermination. Ils auront une manière tVêlre ou mode, et ce mode s'appellera majeur.
Le mode majeur, pour parler d'une façon plus méthodique, est déterminé essentiellement par la tierce au-dessus de la tonique. Cette tierce doit être majeure, c'est-àdire se composer de deux tons complets. Ainsi ul-mi dans la gamme d'ut est une tierce majeure, comme sol-si dans la gamme de &ol, comme ré-fa^ dans la gamme de ré, et ainsi des autres.
Nous prierons maintenant ceux de nos lecteurs qui ont
('té à même (ronlcndrc des airs bretons par exemple, ou gaéliques (les recueils ne manquent pas), de se rappeler le caractère un peu étrange de presque tous ces airs. Si on voulait les qualifier, les expressions de triste, de mélancolique, de vague, de rêveur se présenteraient naturellement. Or à quoi tiennent ce vague et cette mélancolie? A la façon dont si; compose la première tierce des gammes dans lesquelles ces airs sont écrits. Au lieu de 2 tons, cette tierce ne contient qu'un ton et demi, c'est-à-dire qu'elle est tierce mineure ; et cette nouvelle manière d'être, ce nouveau mode prend aussi de sa première tierce le nom de mineur.
Le mode mineur n'est certainement pas celui qui se présente le premier à l'esprit. La gamme mineure est construite avec moins de régularité, de netteté, de simplicité que la gamme majeure. Elle n'a pas la même assiette, et elle étonne même quelque peu tout d'abord ceux qui n'ont pas l'oreille faite à ses intervalles. On serait donc tenté de croire que c'est un produit moderne tout artificiel, une création ingénieuse de quelque musicien savant ou hardi en quête d'effets mélodiques nouveaux. Il n'en est rien ; le mode mineur est aussi bien dans la nature et les aptitudes humaines que le mode majeur, et ce qui est vraiment étrange, c'est qu'on le trouve même presqu'exclusivement employé dans les airs des peuples primitifs ou peu civilisés et dans les chansons populaires de certains pays. Du reste, si l'on veut comprendre quelque chose à l'histoire de la musique, il faut se défaire des habitudes musicales modernes au point de vue non-seulement diatonique, mais encore chromatique; il faut ne pas vouloir retrouver à toute force partout et toujours nos intervalles si commodes, si pratiques, si faciles d'intonation, que nous avons, je le confesse, beaucoup de peine à admettre qu'ils n'aient pas existé de toute antiquité.
Etudions la gamme mineure telle qu'elle a été définitivement constituée, et prenons pour note initiale la, qui nous dispense d'employer un bémol, puisque la-ut sans altération fait une tierce mineure. Mettons la série des
notes naturelk's, et désignons les demi-tons par des tirets plus coufts que ceux des tons ; nous aurons :
La — si-ut — ré — ml-fa — sul — la.
c'est-à-dire un | ton entre la 2" et la 3« Jiote, ce qui caractérise la gamme mineure, et un autre { ton entre la 5« et la 6«.
Par SCS trois premières notes cette gamme est parfaitement mineure ; mais, dans l'ensemble (;lle présente im inconvénient grave : elle renferme exa(;tement les mêmes sons et les mêmes intervalles que la gamme iYiit majeur, si bien qu'il peut survenir des dessins mélodiques où le caractère mineur se confonde avec le caractère majeur. Pour éviter cette confusion, on a haussé d'un ^ ton la 7' note, et la détermination de la ganmie se; trouve établie, attendu que cette 7'= note, qui existe également dans les gannnes majeures, annonce, prépare, fait pressentir et désirer la tonique dont elle subit l'attraction. Aussi dans les deux modes l'appelle-t-on la note sensible. Seulement il ne faut pas oublier que dans le mode mineur elle est artificielle et toujours indiquée par un accident que la clef ne signale pas.
La gamme mineure avec sa sensible est donc construite ainsi : la, si, ut, ré, mi, fa, soH, la, et elle a 3 demi-tons : si-ut, mi-fa, sol^-la. Un défaut de cette gamme c'est d'avoir du fa au soU un intervalle d'un ton et demi, ou de seconde augmentée, dont l'intonation est difficile. En haussant la 6' note fa d'un deini-ton, on supprime cet intervalle gênant et l'on n'a plus que des tons et des demi-tons diatoniques :
La, si, ut, ré, mi, /a#, so/if, la.
Du reste l'une et l'autre de ces gammes mineures sont employées.
Une des bizarreries de la gamme mineure, c'est qu'elle peut ne pas être la même en descendant qu'en montant. On la trouve ainsi établie dans certaines méthodes :
La, si, ut, ré, mi, fa, sol^, la (gamine montante). La, solJK, fa, mi, ré, ut, si, la (j^arnme descendante).
Mais on la trouve aussi avec la forme suivante dans certaines autres :
Ln, si, ut, rc, mi, fa^, soli(, In (gamme montante). La, sol, fa, mi, ré, ut, si, la (gamme descendante).
Les gammes mineures sont, comme les gammes majeures, naturelles, diésées ou bémolisées. Le nombre et l'ordre des dièses et des bémols sont également les mêmes. Quant à la sensible des tons mineurs on sait qu'elle est indiquée par \\\\ signe accidentel.
Lorsqu'un ton majeur et un ton mineur ont la même armure à la clef, ils sont relatifs, c'est-à-dire qu'ils sont dans une certaine relation l'un avec l'autre. Chaque ton majeur a donc son ton relatif mineur et réciproquement. La gamme de la naturel mineur est une tierce mineure audessous de la gamme de ut naturel majeur. Cette relation existe pour toutes les autres gammes ; par conséquent, étant donné un ton majeur quelconque, on n'a qu'à prendre une tierce mineure au-dessous, on a son mineur relatif. Quelques exemples parleront tout à fait aux yeux (fig. 15 et 16).
Tons majeurs. Tons mineurs relatifs.
ul majeur - 1\» ^' - ^« mineur sol majeur ■(\^ . mi mineur
rc majeur y^Tj;*' : si mineur
fa majeur '-itlnl} " ■: ré mineur
sl\i majeur i.\\!/^ - sol mineur
Fig. 15. Fis. 16.
Ceci posé, nous devons maintenant savoir dire quel est le ton d'un morceau et quel en est le mode.
58 LA MUSIOLE.
Oiiand il n'y a ni dièses ni bémols à l'annure, on est en lit naturel majeur ou en la naturel mineur. Quand il y a un seul dièse, c'est-à-dire fa^, comme nous avons vu que le dièse a servi à clianger fa en sensible, la tonique est sol, et le relatif mineur est mi. S'il y a 2 dièses : faifi et ut #, c'est ut dièse qui sert de scnsii)le, par conséquent la tonique est ré, et si le ton relatif mineur. D'où l'on peut tirer pour les dièses cette loi commode à retenir, c'est que le ton majeur est d'une seconde mineure au-dessus du dernier dièse. La loi des tons relatifs est connue.
S'il y a un seul bémol, par exemple sih, conmie nous avons vu que ce bémol servait à baisser d'un demi-ton la quatrième note d'une nouvelle gamme afin d'avoir le | ton réglementaire entre la 5* et la 4* note à partir de la tonique, il est bien évident que cette tonique se trouve d'une quarte au-dessous de la note bémolisée, et par conséquent c'est fa majeur. A-l-on 2 bémols, si'b et mib? mib joue le même rôle que le sib de tout àlbeure; or nous savons que les bémols se suivent de quarte en quarte en montant ; donc V avant-dernier bémol d'une armure quelconque sera toujours la note de la tonique majeure, et par conséquent la tierce mineure au-dessus du ton relatif mineur.
Il reste maintenant à savoir distinguer un ton majeur de son relatif mineur, ou un mineur de son relatif majeur. Or la similitude d'armures dans les deux modes semble devoir offrir un obstacle sérieux. Mais qu'on se rappelle l'allération accidentelle, non indiquée à la clef, que subit la sensible dans le ton mineur. Si on suppose que le ton du morceau est mineur, et qu'en chercliant dans les premières mesures on trouve devant la note présumée sensible du susdit ton mineur l'altération nécessaire pour former justement la sensible, c'est-à-dire un dièse ou un bécarre, on en conclut que le morceau est mineur.
Mais il faut tout prévoir. Il arrive parfois que dans les premières mesures d'un morceau l'altération cliercbèe n'existe pas pour une cause ou pour une autre. 11 peut