‹ La musique militaireChapitre 11 sur 13 · LA MUSIQUE MIMTAIKI': III · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE MIMTAIKI': III

fut l'exposition (iinstrunieiits annexée ù l'exjjositiun militaire de Londres en 1890. Ouverte pendant r'\ui\ mois, elle fut officiellement visitée par soixante-quatorze détachements ou déléi^ations des corps de troupes. Quatre cents instruments de tous les typtîs usités à une époque quolconcjue dans les armées avaient été prêtés par les collectionneurs, les facteurs, les régiments, les musées. Un splendide catalogue, illustré de piiotograj)liies, en fut publié par l'ordre du colonel conmiandant lécole de Ivneller Hall, et conserve le souvenir de cette exposition qui n'a eu, jusqu'ici, d'équivalent dans aucun autre pays.

La bande du régiment Royal Artillcri/ passe pour la première qui ait accompli en Angleterre une « tournée » de concerts. De 71 exécutants qu'elle comptait en 1857, elle fut portée à 80, puis à 93 en 1887 et s'assura l'un des rangs les plus honorables parmi les orchestres militaires. Ceux-ci associent impartialement les types d'instruments de toutes origines : les bugles y figurent sous le nom allemand de « FlUgel Horn », le cor d'orchestre sous celui de cor français (French Horn) et les cuivres hérités ou imités des inventeurs du xix'' siècle, sous les appellations d'althorn, de baryton (pour les saxhorns de diverses dimensions), d'euphonium (équivalent du saxo-tuba), de bombardon (basse-tuba). Les orchestres régimentaires ont rempli, nous dit-on, dans le Royaume-Uni plus que partout ailleurs, par leurs concerts, un rôle éducateur dont il est permis en tous pays de regretter qu'il n'ait point été poussé à un degré plus élevé : car ce n'est pas tout que de donner l'impulsion à des fanfares civiles (si nombreuses en Angleterre que dès 1860 quatorze mille de leurs mem-

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bres purent se donner rendez-vous pour un festival vraiment « monstre «) et quoique « aimer à faire de la musique » puisse paraître k bien des gens un synonyme d' c( aimer la musique », les désillusions éprouvées de bonne heure du fait des sociétés orphéoniques et des fanfares scolaires ou municipales ont trop nettement démontré qu'entre ces deux termes il v a plus qu'une nuance, il y a un fossé profond.

Un des aspects les plus originaux de la musique militaire dans les Iles Britanniques est la continuité de la tradition qui maintient cliez les rég-iments écossais et irlandais Tusage de la cornemuse, ou baf/-pipe, et des airs populaires qui en forment le répertoire : en 1911, vingt et un régiments écossais, et plusieurs régiments irlandais étaient pourvus de bandes spéciales de bagpipers, comptant six exécutants, le chef compris, et généralement six autres, supplémentaires, entretenus aux frais du corps d'officiers. Plus d'un témoin étranger s'est étonné de voir attribuer une signification guerrière à un instrument qu'ignorent aujourd'hui les races germaniques et que les nations continentales d'origine latine et celtique ont abandonné aux populations rurales ou montagnardes des provinces écartées. Il en est un peu de la cornemuse comme du hautbois auquel nous ne prêtons plus que des inflexions pastorales tandis qu'il suggérait à nos pères des images martiales. Le sens expressif que notre oreille croit distinguer dans un timbre instrumental est souvent le résultat d'idées associées et de souvenirs parfois effacés qui reprennent l'animation et la puissance de la vie à l'appel mystérieux d'un rythme, d'un son, d'un choc auditif ou visuel. Ainsi que le tirailleur ou le goumier de

MUSIijUE MILITAIRE DANS UN V I L L A 0 E DE L\ M AUNE

Photos (le l'armée 1916.

C 0 X C E n T DANS UNE FORÊT DE LA M A R N E

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l'armée noire voient à travers les sonorités aiguës d'une llùte arabe la splendeur des nuits du désert et le repos de l'oasis, le highlander écoute vibrer sous les accents rudes et nasillards des bag-pipers le murmure de ses forêts et les écbos du foyer familial toujours bruissants en son âme. L'bistoire de ses régiments est pleine des traits de bravoure accomplis en des combats anciens sous rimpulsion de ses refrains béroïques ilont plus d'un aura glorieusement retenti sur les cbanips de bataille de la Flandi-e française et belge.

Une des plus jolies mélodies du répertoire babituel des bag-pipers est le cbant populaire tlie Floirers of the forest, qu'il est de tradition d'exécuter aux funérailles des soldats :

Mais nous devons mentionner aussi l'accent de terroir que communiquent souvent aux airs de marcbe les petites notes accessoires dont l'usage est à la fois traditionnel et commandé par la nature de l'instrument :

Le soldat russe aussi puise dans le trésor national de la musique populaire le réconfort de la vie de garnison et le stimulant efficace des liantes vertus militaires dont il donne en campagne de si admirables preuves. Quel que soit le degré d'avancement au(|uel sont parvenus ses orcbestres régimentaires, — l'un d'-ux, celui

Je Préobrajensky, en est venu donner le brillant exemple à Paris, en 1897, dans un concert auquel prirent part, avec lui, notre Garde républicaine et les chœurs de l'Opéra^ — c'est dans rinterprétation spontanée ou dirigée de la musique vocale que Tàme russe exhale sa poésie guerrière et son intense amour du sol natal. Tous ceux qui ont, en temps de paix, assisté soit aux services religieux qu'accompagnent les voix jeunes et grraves d'un chœur de soldats, soit aux danses cliantées que rythment les Cosaques du bruit de leurspas et des g:relots qu'ils ag-itent, tous ceux qui, en 1914- 1916, ont entendu, à proximité des tranchéesy les fantassins à la mémoire inépuisable chanter les vieilles mélodies qui semblent détaciiées de poèmes épiques et légendaires, tous ont pu rapporter, avec d'inoubliablessouvenirs, des clartés meilleures sur le cœur et l'esprit de la Sainte-Russie, que n'en oltriront jamais les plussavantes dissertations des psvcholog'ues.

Il nous faudrait pouvoir rendre justice aux nations de l'Ancien et du Nouveau Monde dont aucune, depuis un demi-siècle, n'a omis de procurer à ses armées le luxe musical compatible avec les exigences et les ressources du service. Comment notre pensée ne se tournerait-elle pas dès le premier instant, pour un hommage ému, vers la noble et glorieuse Belgique? La sève musicale a été, en tous temps, trop féconde chez elle pour avoir tardé à se manifester sur le terrain de la musique militaire, dès la proclamation de son indépendance. C'est, en effet, de 1832 que date la formation de la bande des « Guides w dont Valentin Bender fut l'organisateur et qui ne tarda point à s'acquérir une célébrité européenne. Autour d'elle vinrent se groupei^

comme des drageons vii;oureux autour du {»ied m»M'e. •des orcliestres de grenadiers et d'infanteiie df lign»-. amplement pourvus des bons exécutants qui soutiennent partout le renom des instrumentistes beliifes.

La visite du corps de musifjue des « Cai'abiniers royaux » d'Italie à Paris et sa brillante collaboration au <( Festival des trois gardes » qui les mettait en fraternelle rivalité avec les « Goldstream's guards» et la Garde républicaine, nous dispensera d'insister sur l'organisation des musiques militaires chez notre grande sœur latine. Si nous portons nos regards au delà des mers, nous aurons à rappeler l'activité de Gilmore et le succès des •orchestres qu'il a formés aux Etats-Unis, Ancien instrumentiste dans un régiment anglais au Canada, devenu <:hefde musique dans l'armée fédérale pendant la guerre •de sécession, Gilmore fut l'instigateur, le directeur et le compositeur de festivals où les cloches et le canon s'associaient aux cuivres de plusieurs bandes militaires réunies et à des chœurs oii les voix se comptaient par milliers. Nous devons rappeler encore l'effet de surprise causé, voici quelque vingt ans, sur certains voyageurs français en Extrême-Orient, par l'audition d'un orchestre d'infanterie japonais fourni d'instruments européens et jouant une sélection de la Traciata.

CUAPITHE Vil

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