DES ORIGINES A LA FIN DU MOYEN AGE
Les cornes des bovidés et les coquilles univalves que la mylliologie place aux mains des Triions furent les premiers instruments à vent dont les sons rauques vinrent en aide à la voix pour propager le bruit des signaux ; mais dès que l'industrie de l'homme sut fondre et assouplir les métaux, elle exploita dans le même sens leurs propriétés sonores. La Bible fait de Tubalcaïn, iils de Lamecli, le premier forgeron et de son frère Jubal, le premier faiseur d'instruments. C'est sur Tordre divin que Moïse, selon le livre des Nombres, fait forger les trompettes d'argent, laissées, comme des objets sacrés, à la garde des prêtres, mais qui doivent sonner le départ et la marcbe des légions armées et ^.retentir avec éclat dans les combats. Leur double rôle, religieux et militaire, se peint dans le récit du siège de jlJéricho, où pendant six jours les soldats de Josué processionnent en silence sous les murailles de la ville, qui tombent, le septième, au son des sept trompettes et |du grand cri jeté, tout d'une voix, parle peuple qui suit U'arche d'alliance : parfait symbol»^ de l'élément de terreur qu'une conception primitive de la musi({ue guer-
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rière ajoutait à l"e(iVoi causé par un imposant iléploiejiient de forces militaires. C'est le même principe qu'exploite Gédéon dans l'attacjue nocturne du camp des Madianites. où s'ajoute au bruit des trompettes le fracas imprévu de pots de terre brisés ; et c'est encore l'artilice dicté à ses soldats par un très anti(|ue empereur de la Cliine, qui leur ordonne de soufller dans des cornes d'animaux, pour effrayer l'ennemi.
Le plus ancien document relatif aux instruments guerriers, dans l'Egvple des Pliaraons, indi(|ue de leur emploi une application différente. C'est une peinture de l'époque dite du Nouvel Empire, que marquent pour la première fois, entre les années 1600 et 1100 avant Ji-C, de grandes expéditions ai'mées. 11 s'agit d'un cortège ou d'une revue de troupes, où quatre musiciens marchent au pas : le premier souffle dans une courte trompette droite, à large pavillon; le second frappe des deux mains, sans, baguettes, les deux extrémités d'un tambour étroit et allongé qu'il porte suspendu à son cou: le dernier brandit une paire de crotales, tiges de métal renflées à leur extrémité pour être bruyamment frappées lune contre l'autre. Une trompette égyptienne en bronze doré, privée de son embouchure, existe au Musée du Louvre ; rien ne peut mieux lui être comparé que les grossières, trompes droites dont se servent, en nos campagnes, les bergers, pour appeler leurs troupeaux ; rien, en tout cas, n'y ressemble moins que les trompettes à' Aida, fantaisies de décorateurs qui « font sourire les égvptologues » et induisent en erreur des spectateurs non avertis.
Les monuments de Xinive offrentl'image de trompettes droites dont l'usage est fréquent dans les cortèges sacrés
OU iiucrriiMs ainsi (|U(' dans ccrlaiiis liaxaux de la vie civile où elles paraissent servii'.à donner (jnelque signal. Quant aux insliunieuts des Hébreux, n'oublions pas que les livres saints n'en fournissent (jue les noms. Si dintré-. pides exég'ètes ont cru pouvoir en dessiner les ligures, respectons, sans nous y fier, leurs illusions. Notons toutefois que les bas-reliefs de l'arc de Titus, qui reproduisent (à titre de trophées de guerre les objets sacrés du temple 'de Jérusalem, contiennent la figure d'une trompette.
Des témoignages abondants peuvent être recueillis chez les historiens et les poètes, en faveur d'une musique guerrière chez les Grecs. Ils passent pour avoir reçu des Tyrrhéniens la trompette, qui revêtit d'aboid chez eux, comme chez les Hébreux, un caractère sacré et fut jouée par les prêtres : mais Vlliade compare sa sonorité au cri terrible d'Achille, qui remplissait d'effroi les Troyens, et nous retrouvons en ces mots la conception primitive du rôle dépouvante d'un instrument militaire. C'est dans la même acception qu'Eschvle, en unpassage de la tragédie des Sept chefs devant ThèOes, parle du bouclier de Tydeus où pendent des clochettes d'airain qui sonnent la terreur. Une mention I précise est faite de l'usage du chant et de la trompette dans le splendide récit de la bataille de Salamine, (jui I est l'une des pages les plus célèbres des Perses.
Liî son des llùtes droites dirigeait les exercices des jeunes Hellènes sur le rythme anapesti(jue, — ce ! rvthme, composé de deux brèves et une longue, dont noti'e temps a fait la vulgaire polka. Des llùtes, mélangées aux cithares, accompagnaient la pyrrhique, danse guerrière que Thalétas avait, disait-on, importée de Crète à Sparte. On sait combien sont rares et impai'-
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faits les restes de la inusicjue tirecfjue conservés par la notation ; quoique plus aJjondantes, les représentations figurées sont loin de lever tous les plis du voile qui recouvre le matériel instrumental et si, à la vérité, elles semblent exclure toute idée d'une participation des instruments de percussion dans la musique g;uerrière, elles laissent sans solution le problème de l'identitication des instruments à vent confondus sous le vocable commode de trompette, dont il est dit tantôt queleursonorité rude et perçante jetait le trouble dans les rangs ennemis, tantôt qu'elle cliO({uait, comme trop « excitante », l'oreille des Lacédémoniens.
Ce que l'on pourrait appeler le premier stade de la musi(|ue militaire répond à ce concept très simple qu'on peut effi'ayer l'adversaire par des cris menaçants et par le vacarme d'engins bruyants. Au second terme de la connaissance, l'iiomme éprouve que l'effet d'un son guerrier n'est pas senti seulement par l'ennemi; dans l'entraînement des rythmes, dans la répétition de formules familières, dans les paroles des livmnes auxquelles le chant communique une puissance irrésistible, le combattant puise un surcroît de vaillance et le sentiment réconfortant de l'unanimité dans l'effort. En même temps s'aperçoit l'avantage d'une coordination du langage musical, appelé à régler les mouvements des troupes et à propager au loin les ordres par des signaux sonores. Enfin la musique militaire devient une pai'ure des armées, un emblème de leur force et de leur beauté morale faite d'union et de sacrilices : après qu'elle a été au danger des batailles, elle vient rehausser l'honneur des triomphes. Le monde antique n'a ignoré aucun de ces principes directeurs de l'adap-
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litlidii (le la iiiiisi(|U(' aux lU'cessités de la l'iiei'i'c. Les iiioiiiimt'iils îles arts plasli(|ues éclaii'cnl, relali- Nt'iiieui aux inslruinents militaires dos Romains, les l'ci'its des annalistes et des poètes de façon assez pi'étise pour qu'un liahile facteur moderne ait pu se flatter d'en reconsliluer des spécimens vraisemblables. Le plus rudimentaire était le cornu, fait d'une corne de bœuf ou de buffle; on donnait le nom de tuba à une trompette droite, de grandeur moyenne, celui de lifuus k une sorte de tuba dont l'extrémité, avec le pavillon, était recourbée ; la buccina était un long tube d'environ trois mètres de longueur, recourbé jusqu'à presque fermer le cercle et soutenu en son milieu par une tige droite qui dessinait son diamètre et s'appuAait sur l'épaule de l'exécutant. Ces quatre instruments étaient munis d'emboucbures permettant l'émission de séries de sons analogues à celles que rendent à notre époque les instruments naturels de mêmes dimensions. Polybe, vers l'an 200 avant J.-C, et Végèce, à la fin du iv" siècle de notre ère, s'accordent à dépeindre leur usag'e pour les signaux : ils annonçaient dès le matin le réveil du camp et le soir le rassemblement autour de la tente du général; des sonneries spéciales distinguaient les phases du service ou la biérarchie des grades. On y accoutumait les hommes pendant le temps de paix, afin (ju'ils fussent prompts à y obéir en campagne. Les soldats répétaient aussi des chants guerriers dont quelquesuns dataient du temps des rois. Mais pas plus ({ue les Grecs ils ne pratiquaient le jeu des instruments de percussion, qu'ils ne rencontraient pas sans surprise, dans rieurs expéditions lointaines : les tambours des Parthes, munis de clochettes d'airain. j)roduisirent une panique
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chez les soldats d'une légion. Partout l"('Lrangeté des bruits guerriers entendus chez les peuples barbares frappait détonnement les Romains. Polvbe remarque la multitude des trompettes (jue les Celtes portent au oombat et dont ils mélang'ent les sons avec leurs cris. Diodore de Sicile ne manque pas de faire allusion au son rude et barbare du cor gaulois. En pénétrant chez les Germains, les soldats de César se troublent aux bruits des armes violemment entrechoquées et des clameurs pareilles au « cri des vautours ». que les barbares rendent plus étranges encore en les proférant la bouche collée à l'envers des boucliers.
Alors même qu'à l'ég^ard de faits plus récents la documentation devient plus abondante, les contradictions qui s"v pressent et l'absence de liaison entre les nomenclatures fournies par les textes et leur illustration éparse dans les miniatures, les vitraux, les sculptures, ne procurent souvent qu'une apparence de certitude. Pour demeurer, ainsi qu'il le faut, circonspect, souvenonsnous que Hugo a g'ratifié le luth d'un archet et que sa bévue a été admise d'emblée dans les exemples du dictionnaire de Littré : les écrivains qui se fieront à son autorité ne seront pas moins fourvoyés (jue nous ne risquons de l'être en acceptant telles quelles les définitions des poètes de l'époque médiévale.
Chez les plus anciens d'entre eux les noms des instruments romains subsistent j)artiellement mais s'appliquent à des types musicaux renouvelés. Du lituus, il n'est plus question. Le cornu devient le cor et de l'antique buccina dérive le nom, mais le nom seul, de la buisine. Le cor se fait tantôt simplement d'une corne d'animal, tantôt d'un métal battu au marteau, et parfois
(lo lei"?'c, «'oiimio nos ^Tossirres (rompes de eaiTiaval ; il est (le (liiHonsions reslreiiites, vafiahlos ; il est privé fréijueminent (ItMiilioiichure. On tMitcnd de loin son bruil rauque, qui sert aux signaux de toutes sortes, militaires, pastoraux, liturgiques. Pour y souffler, on If tient relevé. Les guerriers le portent en l)andoulière et pour les chevaliers on le fait d'une dt^fense déléphant évidée. Il se nomme alors oliphant et reeoit une ornementation délicate ou somptueuse : sculptures ajourées, bagues d'or, pierres fines, feuillages entrelacés, profils de saints, dévèques, images d'animaux réels ou fabuleux. L'oliphant de Roland, qu'il brise à Roncevaux sur la tête d'un païen, après l'avoir fait longuement résonner en un signal d'adieu et de détresse, est incrusté de gemmes; celui du dernier duc de Bourgogne, Cbarles le Téméraire, est « tout ouvré de bestes ». On admire en quelques musées de beaux oliphants qu'ont dû suspendre à leur ceinture, pour la guerre ou pour la chasse, de très nobles chevaliers.
Avec le cor et l'oliphant, les épopées et les romans de chevalerie nomment l'araine, le graisle, la trompe, la buisine, le cleron, le claronceau, le chalumeau. L'rtram*?, probablement, doit son nom à la matière dont elle est faite : c'est une tromp« ou une trompette d'airain. Le r/raisle semble avoir été comme le cor, le cleron et le claronceau, un instrument portatif, de très médiocres dimensions; tandis que Roland, comme chef, paraît garder le privilège de Tolipliant, c'est [lar milliers que se comptent dans son armée et dans celle des Sarrasins, les graisles et les cors :
Mil graisle sunent, mult en sunL cler li sun... SunenL mil graisles pur ro que plus bel sait... Set milie irvaisie i sunenl la menée...
Force est de supposer que chaque chevalier et chaque homme d'armes s'en trouvaient munis et que le discord de tant d'instruments était escompté, avec les cris de guerre et le fracas des armes, pour « eshahir les ennemys et pour donner hardiesse aux gens et pour esjouyr les chevaulx », ainsi que l'expliquera plus tard le traducteur du livre des Propriétés des choses.
Les btdsines., busines, hozines, ne gardaient avec la buccina des Romains qu'une parenté nominale. C'étaient de longs tubes droits dont l'étroitesse rendait les sons perçants. On en vantait le timbre clair : « cleres buisines », disaient les Français ; « iiellen pùsinen », répondaient les Allemands. Quoiqu'on les trouve mêlées aux récits de batailles, c'est par des anges que les peintres primitifs les font emboucher dans ces orchestres séraphiques si étrangement imprégnés d'un réalisme sincère et composés de tous les modèles d'instruments alors connus. Le chalumeau, plus rarement cité, est supposé d'origine mauresque ou orientale. On le distingue de la tlùte droite par la forme légèrement conique de son tube, assez court.
Dès avant l'époque des croisades, le contact des armées de Charles Martel et de Charlemagne avec celles des rois maures avait fait connaître aux Français les instruments de percussion. La Chanson de Roland nous montre Marsilies, le chef des Sarrasins, faisant « suner ses taburs » à Saragosse, au moment de se mettre en marche. Mais c'est dans leurs expéditions vers les lieux saints que les chevaliers chrétiens prêtent pour la première fois attention aux rumeurs militaires des tabours et des nacaircs. Joinville est frappé du luxe de bruit
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qui cori"t'Sj)()ii(l, chez les Oi'ienlaux, au luxe des équipements.
Kn (lébaiNjuant à DamielLe, dit-il, « nous Iroiivasmes toute la puissance du Souldan, qui estoient très belles gens à regarder. Le Souldan portoit des armes de fin or si très reluisant que quand le souleil y IVappoit il sembloit que ce fusl proprement le souleil. Le tumulte qu'ils menoient avecques leurs cors et nacaires estoit une o>piMivantable chose à ouïr et moult estrange pour dos François ».
Son étonneuient se renouvelle quand il entend les Sarrasins, en engageant le combat, faire « sonner leurs naquaires et tabours très impétueusement », ce qui lui semble de nouveau « moult estrange chose à ouïr à qui ne l'a accoustunié ». Le tapage s'entend, d'ailleurs, à intervalles fixes, dans le camp : au point du jour: au lever du Soudan et au soir à sa retraite et les instruments font « tel bruict que ceulx qui sont illecques près ne se peuvent oïr l'un l'autre ». Les Croisés, qui eussent rougi de ne point faire aussi bien, s'évertuaient à produire de leur côté « ung terrible tempeste de trompettes, clerons et cors ».
Les nacaires, tambours en forme de bassins de cuivre, joués à cheval et par paires, séduisirent les croisés par leur bruit guerrier et par l'appoint décoratif qu'elles jetaient dans un cortège militaire. Aussi ne tardèrentelles pas à pénétrer en Europe. Les plus anciennes listes de musiciens au service des rois mentionnent en Angleterre, dès 1310, « Jean le nakerer », en Fi-ance, sous Charles le Bel, en 1322, « Michelet des naquarres » ; il y a un « narcarin » chez le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. L'instrument, néanmoins, est encore loin d'acquérir droit de cité dans les armées occidentales. C'est chez le roi de Hongrie, Mathias Corvin,
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(ju'ilfaut aller en lo03 pourvoir un joueur de timbales fonctionner dans chaque bande de cinq trompettes et, en 1342,. Henry YIII d'Angleterre se mcntrant curieux de posséder dans sa musique cet instrument qui se joue à dos de cheval, « à la manière hongroise », doitl'envover quérir à Vienne. Pour l'auteur de VOnhésographie, qui publie son livre en I088, les timbales ont encore un caractère exotique et il les nomme « le tambour des Perses ». Le chant avait-il part à la vie militaire ? Les vieux historiens nous laissent entrevoir, en quelques circonstances particulièrement solennelles, l'intervention du clergé et du chant liturgique venant faire planer au-dessus de la bataille et de la mort l'annonce de la protection divine et du salut éternel : à Bouvines, d'après Rig'ord. le psaume Domine, Deu<, qui docet, entonné par un chapelain du roi, assisté d'un de ses clercs, fut continué pendant le combat; et le jour de l'embarquement de saint Louis, selon le récit de Joinville, aussitôt qu'hommes et chevaux furent tous entrés en la nef et que la porte en eut été cf reclouse et estouppée », le clergé debout au « chasteau » du na\ ire commença dc^ chanter à haute voix le Veni^ t'reator sp/riliis, tandis que « les mariniers faisaient voile de par Dieu ». On ne voit point de poésies g-uerrières parmi les jolies « chansons de croisades » qu'a réunies M. Joseph Bédier ; ce sont des pièces courtoises ou pieuses, des œuvres de troubadours célébrant le souvenir de leurs ^amours et le chagrin de la « départie ». Un ménestrel, parfois, se rencontrait, pour animer de ses strophes les veillées et se jeter, un chant aux lèvres, dans la mêlée ; six petits vers du Roman de la Rose ont rendu célèl)re l'épisode du ménestrel à la bataille d'Hastings :
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l'aillolVr ki inoll liion t-anloil Sur un ceval ki losl aloil Devant ax s"en aloit cantanl De Karleniaine et de Rolaml El d'Olivier et des vassaux Ki morurenl a Uainsr-evaiix.
Ce jougk'ur avait pi'oJKibleiuenL des cniulcs, auteurs ou interprètes de ces couplets guerriers ou ellVontés, où riiéroïsme est mélangé d'ineptie et qu'en tous temps, dans toutes les armées, l'on voit naître d'un hasard, se répandre, disparaître, et tour à tour exciter et détendre les volontés et les nerfs. Souvent issue du cri de guerre, la chanson militaire y confine, dans la cacophonie du champ de bataille.
Les chroniques de Froissart sont une des sources les plus abondantes en pittoresques descriptions de musiques martiales et sous la condition de ne pas prendre à la lettre les énumérations d'instruments, que d'ailleurs chaque scribe surcbarge et embellit dans les répli(juesdu manuscrit, l'on y puise de très précieuses indications. Ici, le vieil auteur nous parle des clameurs entendues dans les campements écossais, alors que les troupes d'Edouard IJI n'étant séparées d'eux que par une rivière, attendent 1 heure d'en venir aux mains et les écoutent faire « entre nuit et jour si grant bruit de corner de lors grans cors, tout à une fie, et de juper après, tout à une vois, qu'il sambloit proprement aux Englès que tout li dyable d'inher fussent là venu, pour yaus estrangler » ; là, nous racontant la bataille navale de l'Escluse. il dit comment les Français « s'arroutèrent à grant fuison de trompes et trompètes et de plusieurs instruments » et comment les Anglais fêtèrent leur victoire « en grant bruit et en grant noise de trompes et
de nakairos et de toutes manières de menestrandies » : ce qu'embellit un copiste, qui écrit : « en grant bruit et grant noise de tabours, cornez et de toutes manières d'instrumens, telement que on n'i ouist pas Dieu tonnant ». Ailleurs, Froissart nous assure qu'au siège de Valenciennes (1340), les Français avaient apporté des « muses, calemelles, naquaires, trompes et trompettes, qui menoient grant bruit et grant tintin ». Un peu moins d'un siècle plus tard, Juvénal des Ursins nous pariera également des ménestriers anglais et bourguignons qui « faisoient grande joye » sous les murailles de Melun, dont le défenseur, Barbasan, n'ayant pas assez de trompettes pour dominer leur vacarme, ordonna que l'on mît en branle toutes les clocbes de la ville : De quoi les assiégeants « furent tout esbabis ».
Pas plus qu'il ne mettait en doute la puissance liorrifique d'une a tempeste de sons », un babile capitaine ne songeait à nier l'effet stimulant et réparateur de la musique sur les troupes. Un cbroniqueur voit un signe d'infériorité dans le nombre trop restreint d'instruments militaires dont disposaient les Français « pour eux resjouyr », dans la nuit qui précéda la défaite d'Azincourt ; un autre range le son des « trompettes, clairons, flûtes et tambours » auprès des « belles paroles, bons vins et promesses de récompenses », parmi les moyens « que bien entendent les capitaines expérimentez » pour soutenir l'effort du soldat pendant une campagne pénible ou périlleuse.
Un musicologue moderne veut que dès le moyen âge les musiciens des rois d'Angleterre aient pratiqué l'art des fanfares brillantes appelées /loio'ishes à une époque plus récente. On ne peut guère à cet égard se livrer
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(ju'à (les conjcclul'os en se l)asan( sur Télat iravancoment supposé de la facture et de la virtuosité instrumentales. Les trompettes et les cors ou cornets munis d'embouchure permettaient certainement l'exécution de formules mélodiques limitées. Il faut toutefois remarquer combien le degré d'intérêt d'un dessin musical et le degré d'adresse dans son interprétation laissent encore indifférents les écrivains même les plus minutieux. Parmi les détails que donne Froissart sur les signaux militaires de l'armée anglaise, rien ne permet de deviner s'il s'ag-it de thèmes distincts ou de simples éclats de sonorité.
En ce qui concerne du moins les instruments unitotiques, des renseignements explicites nous sont offerts par un poème sur la chasse, le Trésor de Vénerie de Hardouin, seigneur de Fontaines-Guérin, qui est daté de 1394 et qui contient en une notation spéciale les formules rythmiques de quatorze « cornures » ou signaux en usage du temps et dans le pays de l'auteur, la province d'Anjou et du Maine. Rien n'est plus vraisemblable que l'analogie de ces sonneries cynégétiques avec celles qu'à la guerre les chevaliers obtenaient de leurs oliphants, les hommes d'armes de leurs cornets et les gardiens des tours et des ponts-levis de leurs « trompotes » de terre ou d'airain.
Le Trésor de Vénerie les exprime| sous la forme de carrés pleins ou évidés, séparés ou réunis représentant trois valeurs de notes que notre écriture musicale traduirait par la blanche, la noire et la croche : des éléments si simples suffisent amplement à établir un vocabulaire de signaux, perceptible à grande distance et qui n'exige pour son exécution aucune habileté technique.
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pour sa perception el la discriiniiuition de ses parties aucune sensibilité particulière de loreille et pas d'autre acte d'attention que celui d'une sorte de numération sonore. Les centaines de cors de toutes sortes que l'on aurait comptés dans une troupe armée pouvaient, si mal accordés qu'ils fussent l'un avec l'autre, sonner ensemble sur un rythme identique une << cornure » d'autant plus « épouvantable » que les frottements de sonorités hétérogènes y étaient plus fréquents el plus âpres.