T A M B 0 L" R LOUIS XIV (BATAILLE DES F L A N D II E S
(Collection du Baron de Lery.)
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ralif llallait leur curiosili'', tandis (lu'un jargon inusiral pai-eil au harauoiiiii des niaiiiamoucliis de Molière yenail aiiuiser leur oreille. Oîi débuta, dans les années, l'épidéuiie de uiusicjue turque? D'aucuns assurent que ce l'ut en Pologne et sous Auguste II, ce (|ui ne peut s'entendre (jue de son second règne (1709-17^^3) : ce prince aurait obtenu, de son voisin le sultan, l'envoi d'une bande complète de janissaires, entièrement équipée. Mais d'autres écrivains placent l'événement en Russie, du temps de l'impératrice Elisabeth (1741-1763), chez la(juelle un musicien allenuind, ayant passé par le Bosphore, serait venu former des Slaves au maniement de l'orchestre turc. Selon le rapport assez vague de Schubart, le même goût ou la même aberration aurait 2a2:né vers 1750 les cours allemandes et s'y serait assez fortement enraciné pour que le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche aient tenu à posséder tous deux des bandes authenti(jues, tirées directement de leur pays d'origine. Rien ne permet d'affirmer que la France ait cédé à cet entraînement d'ailleurs limité, dans la plupart des cas, à l'usage des instruments de percussion, sans que les petits hautbois et les flûtes asiati((ues essaient de voisiner avec leurs homonymes européens. La surcharge subite d'un groupe d'agents sonores purement rythmiques et bruyants n'en devait pas moins troubler profondément l'équilibre instrumental. De ces nouveaux venus, le plus barbaie était sans conteste le « chapeau chinois », longue perche surmontée de croissants et de cercles métalliques auxquels se suspendaient des rangées de grelots et de clochettes; secoué en cadence, l'appareil, que les soldats britanni(jues appelaient « Jingling Johnnie », [tassait pour « jeter
beaucoup de brillant » dans les morceaux de marclie.
L'adoption de la musique turque fournit un prétexte facile à l'imagination des dessinateurs de costumes. Déjà Ton était accoutumé à distinguer par des couleurs particulières et des ornements de détail les musiciens cliargés de précéder le régiment et d'en former l'une des parures. L'impulsion, en cet ordre d'idées, était partout donnée par l'entourage immédiat du prince régnant, dont la puissance devait se signaler aux yeux par les ricbes uniformes de sa maison militaire. Chez nous, l'on avait vu, selon les règnes et les circonstances, les trompettes du roi se vêtir de velours bleu ou de taffetas blanc et porter, avec des galons d'argent sur toutes les coutures et des ceintures de maroquin, des chapeaux à longues plumes. Dans l'armée britannique, on conformait la nuance des habits des joueurs d'instruments à celle des parements, qui caractérisait les divers régiments. Les colonels de cavalerie assez heureux pour pouvoir se procurer un timbalier qui fût nègre ne manquaient point de lui faire endosser un costume de fantaisie ; mais la formation des bandes avec « musique turque » porta ce genre de recherche jusqu'à la mascarade. Bien entendu, l'on vit les nègres y faire prime; ils y furent habillés de tuniques tailladées, aux couleurs éclatantes, et coiffés d'énormes turbans et pour achever de donner à leur réunion un cachet d'extravagance, on leur apprit à accomplir tout on marchant des prouesses d'acrobates, à jongler avec leurs baguettes, à frapper tambours, grosse caisse ou cymbales en faisant « toutes sortes de contorsions ».
Une ancienne estampe anglaise dont la reproduction sert de frontispice au livre de M. Farmer représente
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un délilc île gardes ;i pied dans une rue de Loiulres, t-n 1790. I*]n lèle marche le chef de musique, sa k)ngue •canne en main. Il eslinimédiatemenl suivi de la « hunde » proprement dite, qui comprend huiL musiciens soulllaid dans des hautbois, bassons et serpent ; tous portent le grand bicorne à cocarde et à plumes, le frac orné de galons, la culotte et les l)as blancs. Derrière eux s'avancent deux enfants, dont l'un frappe sur une petite timbale et l'autre apparemment sur un triangle. Ils précèdent trois nègres enturbannés etemplumés, vôtus de courtes vestes rayées, de culottes blanches collantes, •chaussés de bottes noires et qui jouent, l'un des cymbales, le second, de la grosse caisse et le dernier d'une sorte de grand tambour de basque ou tambourin plat, à main. Après les nègres viennent enlin les fifres et les tambours, tous de nouveau différenciés par un autre uniforme : bonnet à poils et à aigrette, habit ou frac dont les manches sont striées par des galons étages : autant que la gravure permet de les compter, ils sont treize ou quatorze, dont un ou deux enfants et l'ensemble du corps de musique s'élève à un total de vingt-huit individus, à la suite desquels s'avancent un officier, le porte-drapeau et la troupe. L'ordre de marche est donc opposé à celui qu'observent nos régiments modernes, puis([ue en ceux-ci la « clique », ou bande des tambours et clairons, précède de quelques pas la « musique » proprement dite.
Que le ramage de tous ces beaux musiciens répondit à leur plumage, c'est ce dont on peut douter. En laissant môme de côté la question du répertoire, il faut faire la part de Timperfection relative des instruments •que les travaux assidus des fabricants déjà noml)reux
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et fort habiles n'avaient eepenJanl pas encore amenés à un point de fixité. Les progrès de la facture étaient déterminés en partie par la « demande » des bandes militaires en vue desquelles il fallait surtout viser à des qualités prati(iues de commodité et de solidité. Si nous essayons de nous représenter d'une façon soiu maire l'état du matériel instrumental mis à la disposition des armées et spécialement de l'armée française, à la veille de la Révolution, nous aurons à constater tout d'abord la transformation du tambour. Tandis que V Orckésograp/iie lui donnait deux pieds et demi de hauteur et que les spécimens du xvi" siècle conservés dans les Musées atteignent encore jusqu'à 0"\6(j de hauteur, avec un diamètre de O^^oO à 0"\o5, déjà sous Louis XIV ses dimensions se réduisaient à 0'",42 en tous sens. Sa caisse naguère en bois et ornée de peintures souvent fort soignées, blasons, emblèmes, ou scènes de bataille, se faisait de cuivre depuis 1740 ou environ.
Avec le tambour, on n'entendait pas encore le clairon, mais le fifre, modèle ancien et passablement défectueux de la petite flûte à tube cylindrique. J.-J. Rousseau, toujours heureux de prendre en faute la musi(|ue française et jusqu'à ses plus humbles serviteurs, n'a pas manqué de signaler la maladresse de nos joueurs de lifre et l'excellence de leurs rivaux étrangers. La Borde, plus équitable, se contente d'attribuer aux imperfections de sa facture l'impossibilité pour le fifre de s'introduire dans l'orchestre : encore ne sait-il pas que, pour en maintenir l'usage militaire, d'autres nations se verraient obligées d'accorder sur un diapason spécial les instruments appelés à fondre leurs sonorités avec la sienne. En somme, le fifre ne convenait qu'aux signaux,
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dont ses noies peirantes assiiiaienl la propatialioii à distance.
Nous n'ajouterons rien ici à ce (|ui a été dit jtlus haut des trompettes et des tinil)ales. C'est vers les inslruinnits appelés à former les « bandes » proprement dilrs (ju'il y a lieu plutôt de porter l'attention et c'est chez eux que dès le premier regard on apercevra les plus profondes différences avec les coutumes actuelles. Le hautbois, en effet, presque exilé des orchestres militaires modernes, présidait aux concerts des bandes anciennes. Issu du chalumeau primitif, dont il avait longtem[)s conservé le nom à l'étranger, sckalmeL le hautbois formait au xvn'' siècle une famille instrumentale complète, cai'aclérisée par l'emploi de l'anche mobile. De cette famille, le soprano, ou discant, devait survivre seul, à peu près intact au moins comme étendue sonore, à ses frères des registres graves : l'alto (en Allemagne Pommer alto) se transformerait vers 1760 en cor anglais et la basse et la contrebasse disparaîtraient devant le basson et le serpent. Lors donc que les écrivains non spécialistes nous parlent des hautbois de régiment (et par exemple le duc de Luynes dans le récit que nous lui avons emprunté d'un essai de nouvelle marche pour les dragons) il faut sous-entendre qu'il s'agit d'un ensemble d'instruments de divers registres formant une harmonie à trois ou quatre parties. Les hautbois de cette époque rendaient un son aigre et puissant qui se prêtait à l'interprétation d'une musique martiale exécutée en plein air. On sait ([u'ils étaient employés par masses dans l'orchestre syniphonique oi^i ils contrebalanraient l'importance numérique des violons. En les dotant de la justesse, qui parfois leur manquait, et d'un timbre inli-
niinent délicat ot poétique, les progrès de la facture leur ont enlevé leur rudesse et quel(|ue peu de leur force.
Cadette du hautbois, la clarinette lui fut associée dans les bandes militaires dès le milieu du xviif siècle. Elle vécut longtemps en bonne entente avec ce frère aîné qu'elle était appelée à supplanter un jour. Elle tendait aussi à former sur son modèle une série en plusieurs dimensions, mais la « clarinette de cinq pieds » tout comme le « grand pommer » allemand ou basse de hautbois, était d'une longueur tellement incommode et qui la rendait si fatigante à jouer et à porter, (|ue les musiciens se souciaient peu de l'employer et que les efforts des facteurs durent se porter vers la construction d'engins sonores mieux adaptés aux exigences pratiques du service. Pour se procurer les sons graves et pleins, nécessaires à l'assiette d'une bonne harmonie militaire, on essaya du serpent dont se servaient les chantres d'église et qui se fabri(juait en bois, en cuir, en métal, dans une forme ondulatoire appropriée à son nom et à celui de « cornetto torto » qu'on lui donnait en Allemagne. Le basson, en voie de perfectionnement et très différent, quant à l'apparence, de son successeur moderne, revêtait l'aspect massif d'un double tube accolé et terminé par un pavillon en forme de tête de dragon, que Ton s'évertuait à rendre eUrayante en garnissant sa mâchoire ouverte de deux rangées de crocs. Les premiers modèles de cor admis aux armées paraissent avoir été de format réduit, et plus rapproché du « cornet de postillon » (jue de la « trompe de chasse ». Du moins en était-il ainsi en Angleterre, où le cor était appelé « Frencli horn » : preuve que si l'origine de l'instrument était peut-être allemande, il
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n'avail j)éiiéti'é de l'autre cùlé de la Manche que par notre intei'niédiaire.