GARDE A PIED DU ROI
(Marbot. Costumes militaires.)
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françaises fut renouvelé sous le Consulul ri dans les années qui suivirent lu proclamation de l'Empire. Un (les premiers élèves de lécole de Sarrette, David lîulil, umsicien de la garde consulaire et qui mérita le renom du meilleur trompettiste de son temps, composa, depuis l'an Xin ius(|u';i hSOG les « ordonnances de trompettes », autrement dit la suite des sonneries des troupes à [)ied et à cheval; son travail, qu'il revisa en 1825 en y ajoutant des harmonisations à trois et à quatre j)arties, pour les pièces principales, sert encore de hase au répertoire actuel. Professeur à l'école spéciale qui fut instituée à Versailles en I8O0, Buhl y forma, dit-on, plus de six cents musiciens et propagea son enseignement par la puhlication dune méthode longtemps demeurée classique. Une « ordonnance des tamhours » rédigée vers la même époque a été pareillement maintenue comme fondement des hatteries les plus essentielles. La virtuosité des exécutants avait singulièrement progressé et l'on pouvait exiger d'eux des effets plus animés, plus (Variés et plus précis. Dans la « hatterie d'Austeilitz » I dont on a heaucoup parlé, après l'essai de reconstitution qui en fut présenté au puhlic dans les concerts historiques du musée de l'Armée, se succèdent toutes sortes de formules rythmiques et d'oppositions de sonorité, y compris l'alternance de coups frappés sur la peau et sur le rebord de la caisse : aussi ne doit-on pas, d'après le titre, supposer que ce véritable « morceau « conduisit la troupe au combat. C'était, à proprement ])arler, une sonate pour le tambour et, l'imagination aidant, peutêtre une sonate descriptive, de l'espèce des « batailles » qui faisaient alors se casser les cordes du « forté-piano » sous les doigts d'amateurs trop bflli(|ueu.\.
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Napoléon, c'est chose connue, n'avait pour la iuusi(jueaucun pencliant personnel; mais il en appréciait Ja puissance siu* le soldat et il la savait nécessaii'e au prestige d'une grande nation et d'un empire fondé sur la gloire militaire. Krettly ne doit rien exagérer lorsqu'il assure qu'en préparant l'expédition d'Egypte, il donna l'ordre à Bessières, commandant des guides, d'apporter une attention particulière à la formation du corps de musique. La pénurie de chevaux fut la cause, en 1801, de la hrusque suppression des handes de cavalerie, que l'Empereur rétablit, peu d'années après, sur un pied plus considérable, en autorisant dans chaque régiment la présence de 16 trompettes, 6 cors et 3 trombones, sans compter, dans la garde et dans quelques corps d'élite, un timbalier. Un accès de prudente sévérité dicta, en 1807, lume circulaire ([ui ramenait les bandes d'infanterie au nombre réglementaire de huit musiciens, mais qui permettait le recrutement des « gagistes », pourvu qu'on ne portât ni leur salaire ni les frais de leur entretien sur les états de dépenses et que les débours incombant de ce fait aux officiers ne fussent jamais supérieurs à la somme obtenue par les cotisations individuelles d'une journée de solde par mois. Cette limitation accordait encore une latitude suftisante pour maintenir la brillante qualité des orchestres. Il va sans dire que ceux-ci se modelaient, de près ou de loin, sur les types fixés par la Garde.
Telle que l'avait établie la Constitution de l'an 111, la Garde du Directoire ne se composait que de cent vingt hommes à pied et cent vingt à cheval, mais elle possédait déjà un petit corps de musique dont l'importance fut sensiblement accrue par un décret du 13 ventôse
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tin V. Le nonihi'o des musiciens se trouva [loiti' à 21 •ainsi répartis : o premières clarinettes (dont le chef), u secondes clarinettes, 2 petites flûtes, 1 Irompette', 4 cors, 5 bassons, 1 trombone, 1 serpent, 1 paire de •cymbales, 1 tambour, 1 grosse caisse. L'habit rtait de drap « bleu national » sans revers, ni rpaulettes. avec ■collet rouge et galons dor. Les musiciens se fournissaient d'instruments tjuils entretenaient à leurs frais, les cymbales, petite et grosse caisses exceptées. A cette org'anisation succéda la Garde consulaire, beaucoup plus nombreuse, dont Fétat-major, en l'an XI, était pourvu d'une bande de 48 musiciens. On comptait de plus, pour la troupe, 1 tambour-major, 26 tambours, 10 trompettes de cavalerie et 2 trompettes d'artillerie. Le cymbalier de la musique d'état-major était un nègre et l'on peut croire qu'à une épo({ue où les uniformes civils et militaires rivalisaient sur le chapitre panaches et galons, son costume ne laissait désirer nul supplément d'ornementation : liabit bleu foncé galonné d'or sur toutes les coutures, charg'é de tresses à la hussarde, avec parements et collet cramoisi bordé d'or, épaulettes frang-ées de grosses torsades d'or, gibit et culotte cramoisis, demi-bottes à gland et galon •d'or, haut bonnet droit à bandeau vert et calotte cramoisie, enjolivé de rubans, aigrette verte et pompon d'or, gants à crispin de teinte vert clair, épée à grosse coquille dorée, cvmbales de cuivre rattachées par un cordon cramoisi : tous les déguisements des bandes de « musique turque » pouvaient paraître surpassés.
Michel Gebauer, hautboïste éminent et compositeur infatigable, dirigeait le corps de musique de la Garde
consulaire el conserva les mêmes fonctions, (juilui donnaient rang seulement de sergent- major, dans la bande attachée à l'état-major des trois régiments de grenadiers à pied de la Garde impériale. Les autres unités du même corps, chasseurs, dragons, pupilles, grenadiers à cheval, etc., avaient chacune le groupe de tambours ou de trompettes nécessaire au rythme de la marche et à l'exécution des signaux ; les pupilles, en outre, avaient des fifres; les grenadiers achevai et chevau-légers polonais, des timbaliers. Les Mamelucks ne manœuvraient pas, comme nos troupes noires actuelles, aux sons d'une nouba exotique : leurs cadres comprenaient un brigadiertrompette et 4 trompettes « français ».
Il est malaisé de savoir ce que jouaient alors les orchestres militaires, en dehors, bien entendu, des batteries et sonneries réglées par les ordonnances. Napoléon ressentait plus de méfiance que de tendresse à l'égard des « airs républicains » et la noble Marseillaise se trouvait englobée dans une même proscription tacite avec les refrains terroristes, éclaboussés de sang français, naguère pris à côté d'elle sous le patronage de la Convention. Aucun nouveau Tyrtée ne s'étant levé pour chanter le régime impérial, la vogue du vaudeville avait refleuri ; il suffisait aux « grognards », pour se tenir en belle humeur, d'entonner en chceur ou d'entendre jouer par les bandes un refrain tel que « J'aime l'oignon frit à l'huile ». Qu'on relise seulement le récit de la bataille d'Austerlitz, dans les Cahiers du capitaine Goignet :
« Nous étions (pour Taltaque des collines) viniil-ciiKi mille bonnets à poil, et des gaillards. Gelait un rempart mouvant. Nos bataillons montèrent la cote l'arme au bras, et, arrivés à distance,
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ils souhaitèrent le lionjour à la première ligne par des feux de peloton, puis croisèrent la baïonnette. La musique se faisait entendre sur l'air :
On va leur percer le liane, Ran, ran tan plan, lire lire!
On va leur percer le liane, Que nous allons rire !
En guise d'accompagnement, les tambours battaient la charité à rompre les caisses. C'était a enlraincr un [laralvtique. »
Nous reproduisons ici le thème de ce « pont-neuf » iiéro'ique :
Il faut vraisemblablement chercher dans la Clé du Caveau l'image du répertoire des orchestres militaires. Chansons, ariettes, vaudevilles, airs de danse ou airs de chasse, autant de « timbres » populaires, vifs d'allure, carrés de forme, aussi aisés à disposer en pièces instrumentales qu'à faire indéfiniment servir à des séries de couplels, autant de motifs prêtant, par leur origine, à des allusions 'picjuantes, à des associations d'idées. Mais là gisait un danger et l'à-propos du choix pouvait laisser à désirer. Les Souvenirs de Fezensac ne nous le font que trop bien voir. L'anecdote remonte à 1802 et aux difficultés rencontrées par l'application du Concordat. Le premier Consul entendait (|ue la « force publique » contribuât à la police et à l'ornement du culte rétabli et, de même qu'à Paris, des grenadiers en armes, rangés autour du chœur, veillaient à empêcher, pendant la célébration d'une messe de sainte Ce-
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cile, toute conversation, tout mouvement dans l'assis-' tance, de même à Clermont-Ferrand le 59' de ligne fut « commandé de service » pour Tinstallation de révoque, M. de Dampierre. « Nous ne pouvons pas comprendre aujourd'hui, dit Fezensac, combien alors des cérémonies religieuses, des honneurs accordés à un évéque, semblaient éli'anges. Aussi le capitaine de musique de faire jouer à la cathédrale les airs les plus ridicules, tels que : « Ah! le bel oiseau, maman », en choisissant de préférence le moment de l'entrée de Tévêque et celui de l'élévation. » Sur la plainte trop légitime du prélat, le régiment fut déplacé.
La participation des bandes instrumentales, militaires ou civiles, aux solennités du culte, présente d'ailleurs des écueils impossibles à éviter. Le second Empire s'étant fait, sur ce point, l'imitateur du premier, le ministre de la Guerre se vit obligé d'adresser en 1858, aux généraux et colonels une circulaire concernant l'exécution dans les éghses et dans les convois funèbres de morceaux « tirés du répertoire liabituol, tels (jue motifs d'opéras, valses, etc. », auxquels il ordonnait de substituer des œuvres composées par les auteurs anciens ou modernes pour cette destination spéciale et arrangés pour les instruments militaires.
Une jolie découverte historique a été celle de M. G. de Dubor, qui, en mars 1914, a mis la main, à la Bibliothèque nationale, sur un exemplaire imprimé à Paris, chez Imbault, de quatre « Grandes marches^ composées par Ferdinand Paer pour l'harmonie militaire » et jouées sur le passage du cortège impérial dans les galeries du Louvre, le 2 avril 1810, jour de la célébration du mariage religieux de Napoléon et Marie-Louise. Ces marches
TAMBOURS ET TROMPETTES (Costumes de l'armée française par Ch. Yeunieh )
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ilunMil avoir [)Our iiili'fprMes les imisirinis tic la (lai'ih», (|ut' iliiigeail Gebaiier. Comme aujourd'liui, les chefs (le haiule se posaient volontiers en .compositeurs et riebauer leur donnait l'exemple. Il écrivit, dit Fétis, H une immense quantité de marches et de pas redoublés considérés comme ce qu'on possédait de meilleur en France pour la musique militaire ». Il disparut dans la l'etraite de Russie. On peut lire à la lîibliotlièque nationale, dans les papiers de l'Empire, la su[)jdi(|ue navrante de sa femme, qui, sans nouvelles depuis six mois et « accablée par le chagrin et la gène », implorait un secours pécuniaire. Le terrible hiver russe avait fauché, autour de leur chef, presque tous les musiciens. Fezensac, évoquant le souvenir de la marche en retraite sur Wilna, dit : « Un tambour du 24*" régiment marchait à notre tète; c'était tout ce qui restait des tambours et des musiciens du 3" corps... »