‹ La musique, ses lois, son évolutionChapitre 20 sur 91 · LES PROCÉDÉS DU CONTREPOINT DANS LA MÉLODIE PURE · texte numérisé non relu

LES PROCÉDÉS DU CONTREPOINT DANS LA MÉLODIE PURE

Les formes que nous venons d'indiquer éveillent l’idée d’une construction dans l’espace avec des parties hautes, moyennes, inférieures. Sans doute, le compositeur moderne n’écrit plus de canons, de motets et de fugues. Mais il montre, en écrivant, une période mélodique simple, qu’il s’est profondément assimilé ces procédés. Prouvons-le par un exemple

qui, en même temps, nous permettra d'indiquer de nouvelles ressources tirées du rythme.

Le schéma élémentaire dela mélodie est le suivant :

Une tonique étant prise comme base (ut), il y a d’abord un passage du repos au mouvement (sol); puis un retour du mouvement au repos (ut) :

Une formule de ce genre est beaucoup trop brève pour épuiser le sentiment ou la force musculaire du chanteur et pour convenir à des hommes assemblés : instinctivement, nous serons portés, soit à l'enchaîner avec une autre formule, soit à l’amplifier. Il est facile de comprendre que la partie initiale et la partie terminale ayant une fonction réglée par une sorte de loi, ce n'est pas avant ou après, mais plutôt entre A ct B qu'il convient d'introduire du nouveau. L’emploi de ce dernier procédé nous conduira à la mélodie grégorienne suivante :1

SIL nn messes RS PSS RS VAVONVS RE D OT De 255 — Ne SV CRE C7”

SANTE «WEP ABDAUVSU/Y So nd — 5 VSD" 0 D AR AD OS EX, ONE

À est le premier élan de la phrase, le départ,

1. Cantale domino canticum novum. (Paroissien romain, édition des Bénédictins de Solesmes, 1903, Préface.)

l'abandon de la tonique; B est la Conclusion, la mélodie repliant ses ailes, faisant retour à la tonique et au repos: Entre les deux, se placent deux intermèdes : a et a’. Leur nombre peut être beaucoup

plus grand. Voyez jusqu'où va Beethoven ! au lieu de dire :

Cette admirable période, composée de 13 ou 14 in-

cises, donne lieu à deux observations : 1° c’est si l'on

véut une image, — image d'énergie qui, après deux premiers efforts, se reprend à la tâche, s’obstine héroiïquement, semble attaquer l'obstacle en échelonnant des assauts successifs après avoir voulu le franchir d’un seul bond, arrive enfin au sommet, y plante un drapeau de victoire, et, après un triomphe bien affirmé, rentre dans le repos ; 2° c’est pour un musicien, une œuvre qui n’a besoin d'aucune interprétation verbale; elle a, en soi, un sens très complet et très net, dont la valeur n’a nullement besoin, pour être comprise, d’un commentaire quelconque. S'il en est ainsi, c’est que ces quatre lignes tirent leur intérêt spécifique de certains procédés d'écriture : renversement d’un motif, fransposition, répétition, imitation.

En un mot, les procédés de construction analysés plus haut ne sont pas spéciaux à des exercices scholastiques ; on les retrouve dans la structure d'une mélodie simple. Ils sont donc essentiels à l’art musical. | |

Page 1