L'ORGANISATIOM RYTHMIQUE ET LES TIMBRES
Poursuivons nos recherches dans cette voie de la mélodie simple.
Nous avons une période. Désignons-la par la lettre À ; ses répétitions seront désignées par les lettres A’, A”, etc... Nous pouvons trouver maintenant, dans l'ordre de la succession pure, des combinaisons aussi intéressantes que dans l’ordre de la simultanéité.
En combinant (mélodiquement) une idée nouvelle
avec notre période, nous aurons le schéma : A, b, A”, qui, développé, deviendra, A, b, A’, c, A”, d... suite
plus ou moins longue où l’idée importante, enrichie d'épisodes, se répète sous forme de refrain. Cette forme est celle du AÆondo, que l’on ne trouve pas seulement dans les compositions qui portent ce nom, mais dans la plupart des œuvres musicales, et qui a diverses formes : le rondo à deux parties (rythmiques) : À, 6, À'; le rondo à trois parties : À, b, 4’, ce, A”; le rondo à quatre parties : À, 6, 4’,c, 4”, d, A”. En faisant subir à ce schéma certaines modifications, on obtient une dernière forme du rondo : À b (1° partie), c (2° partie), À’ b’ {3° partie), (exemple dans le finale de la Sonate pathétique de Beethoven).
Ces diverses formes conduisent à la Sonatine, — puis
à la Sonate qui a plus d’ampleur, de souplesse et d'unité : elle constitue les phrases à l’aide de plusieurs motifs, les périodes à l’aide de plusieurs phrases, les systèmes à l’aide de plusieurs périodes. La sonate pe juxtapose plus, elle enchaîne; elle donne vie et mouvement aux motifs, par la transposition; elle remplace enfin la répétition pure et simple par la répétition ornée, ou limitée à un fragment typique. Désormais, dans cette société de mélodies organisées, chaque élément composant tirera sa vraie valeur de l'ensemble et non de lui-même.
Certes, il y a beaucoup d’autres constructions qu’en cherchant et en s’ingéniant, le musicien a fini par adopter. Mais indiquons tout de suite la dernière catégorie de ses ressources : les timbres.
Il est singulier que l'art le plus immatériel de tous, le plus affranchi des réalités tactiles et des impressions visuelles, ait, parmi ses qualités essentielles les plus émouvantes, la couleur. Couleur de
quoi? d’un objet dont l’idée serait évoquée? par conséquent, couleur créée par l'imagination pure ? nullement : couleur à la fois irréelle et directement perçue; couleur d’idées musicales ; je dirais presque : couleur du mouvement ! Les timbres, nous le savons, peuvent être employés comme images; mais ce n’est là qu’une fonction secondaire et occasionnelle. Leur organisation, c'est le groupement en familles, ou en « chœurs », des bois, des cuivres, des cordes; c’est, par un nouveau progrès et une création supérieure de l'esprit musical, l’inépuisable série de combinaisons qu'on peut faire avec les éléments de ces groupes.