OBSERVATION GÉNÉRALE SUR LES INTERVALLES
De la classification des intervalles on a tiré des règles fixant les limites assez étroites dans lesquelles. se meut le contrepointiste, appliqué à faire marcher ensemble plusieurs mélodies. Avant, pendant et après la Renaissance, ces règles ont été nombreuses et sévères. Il faut les expliquer. Elles imposent au musicien l'usage exclusif des consonances ; elles lui:interdisent certains intervalles, soit d’une façon absolue, soit en dehors de la première et dela dernière mesure, soit quand il veut s’en servir plus de trois fois de suite ; elles proscrivent les « altérations » et, avec elles, toute combinaison de notes qui pourrait laisser « sous-entendre » une dissonance; elles vont jusqu’à. déterminer le mouvement mélodique, les modulations.
Le principe et le but de toutes ces règles, c'est: l'agrément de l'oreille. |
L'agrément de quelle oreille? Celle du composi-. teur? Non, assurément, puisque le compositeur n’est. pas libre et que, s’il l’était, il y aurait, sur un même. point de doctrine, autant de règles qu’il va de musiciens
Il s’agit évidemment ici de l’oreille commune. celle: de tout le monde, dont la structure détermine des impressions moyennes d'où on tire les règles générales qui s'imposent à l'individu. Par là, le compo-. siteur se trouve dans une situation analogue à celle de l'écrivain subissant une langue qu’il n’a pas faite et qu’il est obligé de respecter sous peine de devenir inintelligible. Sans doute, il peut la modifier, mais
dans une mesure restreinte, el jamais brusquement, par un acte de pure fantaisie individuelle. En musique <omme en littérature, ik n’y a de changement organique de la langue que là où une innovation a été approuvée et sanctionnée par la communauté.
L'idée d’ « altération », qui joue un si grand rôle -daus la grammaire musicale, est très conventionnelle, puisqu’en réalité il n’y a pas de sons «altérés », mais seulement des vibrations périodiques, différant Pune de l’autre par leur nombre à .la seconde. Il ‘est impossible de lui trouver une raison d’être ailleurs que dans les exigences instinctives ou les habitudes de l'oreille commune qui, en recevant l’impression d’un intervalle, se rappelle parfois, ou attend un intervalle plus petit ou plus grand d’un demi-ton ; comme nous le verrons plus loin, tout se fait, en musique, par attraction ou inhibition.