‹ La musique, ses lois, son évolutionChapitre 4 sur 91 · La Lutte universelle ‘Bibliothèque scientifique · texte numérisé non relu

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l'on avait considérées comme l'apanage des êtres vivants, cela prouvera seulement qu’on s'était trompé, et que le travail est à refaire ». Une bonne définition doit marquer en effet la différence spécifique de l'objet défini ; si on me dit, par exemple, que la musique est un « jeu » dans lequel se dépense « un surplus d'énergie », ou un « langage du sentiment», ou une « arithmétique inconsciente », ou une « façon de charmer l'oreille», je reconnaitrai sans peine qu'il y a dans chacune de ces formules une part de vérité, mais je ne les accepterai pas en tant que définitions et, si elles veulent se faire accepter comme telles, je ne pourrai les attribuer qu’a un emploi ‘incorrect et abusif du mot musique.

Il y a dans la musique un: caractère qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce n'est ni l'usage des intervalles, ni la consonance et la;dissonance, ni le timbre, ni la mesure, ni le rythme : c’est le sens intraduisible, et cependant reconnu par tout le monde (alors même que l’on discuterait sur sa valeur) ‘que présentent certaines combinaisons sonores ; c’est ‘ce « quelque chose », ce proprium quid, qui fait que le texte musical cité plus haut n’est pas une suite quelconque, ou même une suite simplement régulière de sons et de valeurs de durée, mais une mélodie. Là est le principe de notre définition ; je le dégage en disant: la musique est l’art de penser avec les sons.

Qu'on ne nous objecte pas que « penser », d’après Descartes, Kant, et tous les philosophes ayant une enseigne, c’est « unir des concepts ». Les philosophes de l’ancienne école n'étaient ‘pas musiciens; s'ils l’étaient, ils se sont trompés en donnant à leur affir-

mation un caractère exclusif, Qu'on ne nous objecte pas non plus l'impossibilité où nous sommes de définir la pensée musicale en indiquant son contenu. D'abord, cette impossibilité résulte de la nature même du fait signalé ; en second lieu nous éstimons être assez clair en disant que la pensée du musicien, tout en étant sui generis, est aussi variable et a autant de degrés que celle du littérateur.

Enfin on ne peut pas exiger du psychologue des définitions plus précises que celles qui ont cours dans toutes les sciences, (sauf les mathématiques et la géométrie).

Sait-on ce qu'est l’électricité ? On nous dit : « elle est produite par des atomes appelés électrons ». Nous voilà bien avancés! On reproduit dans la définition le terme à définir comme on faisait autrefois à propos de la lumière. En biologie (Claude Bernard l'a proclamé), on ne définit rien. Il y a quelques années, M. Dastre a publié dans la Revue des Deux- Mondes, une très belle étude sur « les aliments » ; et après avoir examiné un certain nombre d'hypothèses, il s’est déclaré incapable de dire, en somme, ce que c’est qu’un aliment. Cela n'empêche pas qu’il y a un art ou une science de se nourrir et de vivre, de même qu'il y a une science de l'électricité.

« Penser sans concepts » paraît contradictoire ? mais que dire lalors des physiciens qui définissent l'éther « un solide sans densité ni poids, mais plus rigide que l’acier (lord Kelvin) » ? Et cependant l'éther est indispensable : on estime que de lui dépendent la lumière, la chaleur, l’électricité rayonnante, la gravitation et la marche des astres... Ici nous avons une

supériorité : nous n’arrivons pas à notre principe par une conclusion logique ; nous le fondons tout simplement sur l’observation. ! |

Sans doute, après avoir isolé le phénomène musical, nous montrerons, dans la seconde et dans les autres parties de ce livre, qu’il est en harmonie avec la vie sociale, avec les lois physiologiques et avec celles de la nature objective; mais il n’y aura pas là de contradiction : une harmonie est une adaptation; elle n'exclut pas des différenciations réelles,

Avant d'entrer dans l'analyse d’un sujet qu’il est plus facile de circonscrire que de décrire, fortifions notre point de vue et déblayons le terrain, en examinant rapidement quelques définitions célèbres de ia musique. J’en distingue trois.

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