S 1. — QUELQUES OBSERVATIONS SUR LA THÈSE DE DARWIN
Il ne manque pas dé faits pour recommander à notre attention cette thèse curieuse. |
Certes, si Darwin avait prétendu nous donner une théorie générale et complète de la musique, nous aurions à lui opposer plus d’une objection. Il mériterait le reproche d’avoir simplifié à outrance un problème extraordinairement complexe. Nous lui dirions que le chant des oiseaux n’est pas, à proprement parler, musical; ce qui le prouve, c’est qu’il est très difficile à noter; des oiseaux différents qui chantent en même temps ne nous paraissent pas désagréables, tandis que des voix humaines simultanées et non réglées par une entente préalable. nous choquent au plus haut point; nous ajouterions que d’ailleurs, pour voir une mélodie dans les manifestations vocales de certains animaux, il aurait fallu être déjà musicien, et même musicien raffiné.
Nous demanderions aussi. étant admise l'hypothèse qui attribue au chant ce rôle précis, comment il se fait que la transmission héréditaire ait changé de ligne, au mépris de la situation, puisqu’aujourd’hui les aptitudes vocales se montrent surtout chez les femmes, lesquelles se sont substituées à l’homme dans l’art de plaire.
Mais Darwin avait trop de clairvoyance et de sagesse pour oublier la vraie nature des choses dont il parlait, et pour vouloir annexer la musique à l’histoire naturelle, négligemment, dans un paragraphe de livre spécial. C'est une simple contribution qu'il nous apporte. Ce qu’il veut expliquer, c'est l'effet si trou- blant du langage des sons; et, à ce titre, sa pensée doit être recueillie par une étude sociologique de Part musical, puisque les sentiments dont la mélodie est, d’après lui, l'expression, supposent une société.
Le point de vue social n’est pas le point de vue artistique : il oblige cependant à tenir compte de certains faits, alors même qu’une part d'erreur y serait mêlée.
On ne peut refuser aux.oiseaux le titre de « chanteurs », puisque tous les poètes anciens le leur ont donné. On les a même regardés comme des maitres. Athénée dit que le poète Aleman s'était mis à leur école. Lucrèce affirmait que l’homme les avait imités avant de savoir parler. Il y a une chanson populaire du Languedoc qui commence ainsi :
Roussignolet du bois, Roussignolet salvage, Apprends-moi ton langage!
L'auteur d'un petit livre sur le langage, M. Zaborowski, a eu la curiosité de réunir les noms d’un cer-
tain nombre d'oiseaux dans les langues et les dialectes les plus divers, chez les sauvages comme chez les civilisés : cette curieuse nomenclature montre que tous ces noms contiennent une harmonie imitative et sont de véritables onomatopées, impliquant l’observation et limitation de l’animal par l’homme.
Les indigènes du Kamtchatka ont une mélodie (Aangitsch) qui tire à la fois son origine et son nom d’un oiseau (anas glacialis) apparaissant dans le pays, à une époque déterminée, par grandes bandes. Une syrinx rapportée de l'ile Tonga (île d'Amsterdam, de l'Océan Pacifique), par le capitaine Fourneaux, donne une suite de sons que l’on peut considérer comme ayant été suggérée par le chant d’un oiseau :
Deux groupes de flûtes actuellement au Britisch Museum, produisent, quand on y souffle avec force, les successions suivantes, qui donnent lieu à la même conjecture : |