‹ La musique, ses lois, son évolutionChapitre 44 sur 91 · La mélodie à l'aide de laquelle, dans Siegfried, Wagner a · texte numérisé non relu

La mélodie à l'aide de laquelle, dans Siegfried, Wagner a

noté le chant de l'oiseau a une clausule analogue :

J'ajouterai, pour compléter ces renseignements sommaires, que dans les orgues d'autrefois il y avait un registre appelé chant des oiseaux {( Vogelgesang, Vogelschrei); que jadis, l’art d’imiter le chant des oiseaux faisait partie du programme des Jongleurs !; enfin, que les compositeurs se sont souvent amusés à ce genre d'imitation. |

Clément Jannequin, le célèbre musicien français (ou belge) du xvi° siècle, a écrit une symphonie descriptive très connue, intitulée le Caquet des oiseaux; Haydn, dans la finale de son XX° quatuor, a imité le gloussement de la poule, imité aussi par Mozart et Rossini; Beethoven dans l’andante de sa Symphonie pastorale, n’a pas dédaigné de reproduire le chant du coucou. Bien d’autres, dont la liste serait longue, ont été plus hardis. Dans sa Sonate en ré (pour clavecin), Bach n’a pas craint, — en pleine fugue — d’associer le chant du coucou au caquetage de la poule. Pleyel a écrit une composition du genre le plus élevé en prenant pour motif le chant de la perdrix (ce qu'avait déjà fait Aleman dans ses Caccabides, au dire d’Athénée)?. |

Nous aurions donc à enregistrer un premier fait sociologique, l’imitation, pris à la naissance même de la musique. Pouvons-nous ajouter que cette imitation a eu pour cause et pour base l’irrésistible sen-

A. Livre des Méliers, Étienne BoicEau. publié par Depping, p. 287 (Paris, Imp. Nat.),

2. Dans le recueil Miscellanea Lipsiensia (Lips., 1718, IT, p. 683), se trouve une dissertation de Geamænus où il est dit que les oiseaux nous ont donné les premières leçons de chant. (Natura homini per cvium concenlum præcinente.)

timent altruiste, l'amour ? — Oui, répondrons-nous. : mais en modifiant légèrement la thèse de Darwin, ou plutôt en tirant d’elle tout ce qui s’y trouve contenu, sans que le grand naturaliste l’ait expressément formulé.

Elle suscite d’abord des difficultés ou des objections qu’il ne faut point dissimuler. Précisons-les : * 4° Si le chant est un instrument de victoire et sert par-là au progrès de l’espèce, il devrait y avoir coïncidence, ou parallélisme, entre les progrès du chant et la hiérarchie des êtres vivants. Pourquoi le singe n’est-il pas plus musicien que le rossignol ? Chez les mammifères, les manifestations bruyantes de la voix (on né peut guère. les appeler autrement) sont de simples phénomènes d'inspiration et d'expiration: il ne suffit pas que certain gibbon puisse pousser une note énergique (Darwin) pour qu’on le qualifie de musicien. Brehms, dans un ouvrage sur la vie des animaux (7ierleben) analyse complaisamment le registre parcouru par la voix de certain singe qui, d’après lui, donne la gamme chromatique complète, émise régulièrement, avec. sûreté et agilité; on y trouve même des «retards » (sic) !.— C’est une observation -bien suspecte, ou fragile ! mais admettons-la, au risque de braver le ridicule; d’autres difficultés restent à résoudre.

2°. Si c'est un langage d'amour transmis par hérédité et par évolution, qui a créé la musique, les peuples primitifs devraient attester la: continuité de la progression par le caractère de leur art. On devrait trouver chez eux une musique sentimentale d'autant plus expressive et tendre qu’elle est plus

voisine de la nature et sous la dépendance plus immédiate de l'hérédité. Or, il n’en est pas ainsi.

. D’après un témoignage du prince de Wied reproduit par Grosse, voici en quoi consiste le chant des Botocudos : « le chant des hommes ressemble à un rugissement inarticulé, qui oscille entre deux ou trois sons, tantôt élevés, tantôt profonds. Ils respirent profondément, mettent leur bras gauche sur leur tête, quelquefois un doigt dans chaque oreille, surtout s'ils ont un public, en ouvrant toute grande une bouche déformée par le bottock ». Je ne croïs pas que personne soit tenté de voir Ià un spécimen de l’art de. plaire et de séduire!

Comme l'affirme un excellent juge 1, le sauvage ne connaît que l’accouplement. « Les Indiens Tinné dans l'Amérique du Nord, écrit Lubhock?, ne possèdent pas de mot pour exprimer « cher ou bien-aimé » ; et le langage des Algonquins (Peaux-Rouges, aux environs du lac Michigan) n’a pas de verbe signifiant aimer. Bien que les chants des sauvages parlent ordinairement de chasse, de guerre, de femme, il est fort rare qu’on puisse leur appliquer le titre de chant d'amour... Ni chez les Osages (Indiens de la région centrale des États-Unis) ni chez les Cherokees, on ne pourrait trouver une seule expression musicale ou poétique fondée sur une passion tendre entre les deux sexes... Bien qu’on le leur ait demandé souvent, ils n’ont jamais produit un.chant d'amour ». On n'a pas trouvé une seule chanson d'amour chezles Australiens, les Mincopees et les Botocudos ; Rink, qui a le mieux

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