SAINT JEAN CHRYSOSTOME, in Psalm., CXLV
6. Ubicunque chorus est, ibi diversæ voces in unum canticum congeruntur (SAINT JÉRÔME, in Psalm., CXLIX.)
7. Secundum exemplum prœdecessorum nostrorum.. (Concile de Valence, III, ap. 855.)
(Nous ne connaissons d'ailleurs qué des musiques fondées sur la tradition, de même que tous ceux qui parlent, tiennent leur langage de quelqu'un). Le nom deS. Grégoire n’est nullement celui d’un compositeur, mais une étiquette individualiste donnée à la tradition quand elle se fixe, à là fin du vi° siècle ; S. Grégoire se borne à compiler, à ordonner, à « centonizer ». Son œuvre musicale, — en admettant qu’on ait le droit de parler ainsi — est un: acte d’administration qui codifie des éléments venus des latins, des grecs, des juifs.
. En même temps qu 7 est traditionnel, le chant est objet de foi (au sens que l'observateur historien peut donner à ce mot) ; il est trop près du texte sacré, pour ne pas lui emprunter un Caractère rituel?; on ne le pratique pas à cause de sa beauté, comme, de nos jours, certaines pièces d'orgue, mais parce qu'il fait partie des choses prescrites. Dans les églises, il n’y a encore ni « auditoire», ni artistes, Le chant est un des signes de la croyance, car on considère comme son prototype « le concert des Anges célébrant la gloire de Dieu dans le Ciel ».
Dans le monde chrétien, il se développe et se propage suivant la grande loi sociologique, limitation,
1. La langue grecque a été en usage dans la communauté chrétienne jusqu'au Hi siècle de notre ère.
2, Inconsciemment, les archéologues modernes sont dans cet état d'esprit quand ils s'appliquent, avec tant de rigueur à reproduire, d après les manuscrits, la version exacte des mélodies grégoriennes. Il faut remarquer en passant qu'on ne songe pas à faire un travail de ce genre pour le texte des Psaumes, bien qu'on sache que leur dernière rédaetion latiñe ne reproduit pas exactement le texte original hébreu. .
qui est une sorte de tradition rayonnante dans l’espace. S. Grégoire en le réglant, n’avait en vue que l'Eglise romaine : peu à peu, le chant romain devient universel, mais en subissant plus ou moins l'influence des pays où les circonstances politiques et la force d'expansion de l’idée religieuse le font pénétrer: de là ses diverses formes (chant ambrosien, grégorien, mozarabe, gallican) qu'on a comparées à des dialectes ayant pour origine un même idiome et assimilables aux langues romanes.
De ces premiers faits, quelques autres pourraient être logiquement déduits. Essayons de nous représenter les fidèles qui remplissaient les Eglisés dans les premiers siècles du christianisme, à une époque où l'ignorance était si profonde ; d’après les tableaux des peintres primitifs. imaginons, pendant l'office, les visages des contemporains d'un Aurélien de Reomé (ix° siècle) pour qui les livres imprimés n'existent pas et dont chacun aurait pu diro, comme la mère de Villon :
... Rien ne sais; oncques lettres ne lus:
Au moutier vais, dont suis paroissienne, Paradis peints où sont harpes et luths.
Et un Enfer où damnés sont boullus.
Pour de tels croyants*, le chant est un moyen mnémonique tout indiqué. Afin de remplir ce rôle, il se réduit à la plus grande simplicité possible; il est ce qu’on appellera plus tard, planus cantus, le plain-
4. Hypothèsc bien séduisante de Dom Mocquereau (Paléogr. mus., t. Ï).
2. Sur l'ignorance au ix° siècle, voir la lettre d'Aurélien à l’'archichantre Bernard (dans Martène, Monum., t. I, p. 121 et suiv.).
chant. Gardant une fonction sociale-religieuse, il ignore, systématiquement, toute préoccupation d'art. (Ainsi s'expliquent les scrupules de Saint Augustin qui se reprochait de prendre trop de plaisir à la musique.) De ceux qui le pratiquent, il n’exige d’abord aucun don naturel; en vertu du principe « corde, non voce cantandum », il est accessible à tous, même à celui dont nous dirions aujourd’hui qu’il n’a pas de voix 1. Bien qu’il soit capable, en certains cas, de traduire les sentiments élémentaires, la tristesse et la joie, il exclut l'expression, la cantilène passionnée?, et toutes les nuances qu’elle comporte. Il exclut l’intensité puissante des sons3, les mouvements rapides, les pathétiques inégalités du rythme, en un mot tout ce qui aujourd'hui est considéré comme musical et constitue l’art du professionnel.
Unisonique, moyen en tout, donnant à ses notes une égale durée, il se rapproche beaucoup du langage verbal dont il épouse l'allure, les coupes, les inflexions, les cadences. À l’origine, il est à peine distinct du parlé, « vicinior pronuntianti quam canenti ».
Dans la liturgie la plus ancienne, celle de Milan, il y a des récitatifs terminés par un intervalle de quarte ou de quinte dont on trouverait instinctivement le dessin mélodique ense bornant à bien lire les paroles.
1. Le xaxépwvos peut chanter à l'église (SAINT AUGuSTIN, Confess., ch. xxxnr. — Cf. Nicer, De Bono psal., ch. nt.
2. Constil. apostol., 1. V, ch. 1x. — Cf. CLÉMENT d’Alex., Sérom.