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LES ARABESQUES SONORES

Il y a une doctrine voisine de la précédente : c’est le formalisme. D’après lui, la caractéristique et la beauté d'une œuvre d’art doivent être cherchées non dans les sentiments, les pensées et les idées qu’elle contient, mais uniquement, et comme s’il s'agissait d’une construction architecturale, dans les rapports

des diverses parties de cette œuvre d'art. En littérature, par exemple, il faut tenir compte du plan, du style, du choix des termes, de la syntaxe (au sens le plus large du mot), du rythme, des images, de la sonorité de la période ou du vers, mais on peut se désintéresser du sens exprimé, et dire avec Herbart : « la beauté d’un temple n’a rien à attendre des meubles qu’on mettra dedans ».

Bien paradoxales s’il s'agit de juger des œuvres comme celles d’Eschyle. de Dante, de Shakespeare, cette doctrine paraît moins agressive contre le sens commun si on l’applique à l’art musical, lequel, n’associant pas de concepts, n’a jamais la clarté analytique du langage verbal.

C'est ce qu'a fait le critique viennois Hanslick, en 1854, dans un opuscule célèbre où abondent de très bonnes idées — sans aboutir à la conelusion qu’on voudrait — mais où l’on trouve une définition inadmissible de la musique.

Pour Hanslick, 1l y a un art ornemental qui pent nous faire comprendre comment il est possible à la musique de créer des formes qui, tout en ayant une grande valeur, ne contiennent aucun sentiment précis:c'est l’art de l’arabesque. Imaginons des arabesques qui, au lieu d’être inertes et mortes comme celles du dessinateur, se formeraient elles-mêmes devant nos yeux, œuvre d'un esprit appliqué à traduire par le mouvement des lignes une incessante fantaisie : ce serait l’image exacte de la musique.

Lorsque, après avoir battu en brèche le sentimentalisme, Hanslick parle avec infiniment de sens, d'idées musicales, de beauté spécifiquement musicale, on s’at-

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