‹ La musique, ses lois, son évolutionChapitre 69 sur 91 · M. Dapor {Revue musicale, année 1905, p · texte numérisé non relu

M. Dapor {Revue musicale, année 1905, p

présente le monde physique nous n'irions pas droit à tel fait, plutôt qu’à tel autre, s’il n’y avait en nous une certaine raison de faire ce choix.

Quelques observations très simples vont mettre ceei en lumière. |

1° Les harmoniques évoqués par la note fondamentale ne sont pas tous des alliés qui contribuent à la beauté du son principal. Le si» vaut exactement 7, 11; etil n’y a dans aucune gamme, aucune note, ni diésée, ni bémolisée, qui puisse le représenter rigoureusement (le /aË vaudrait 7, 12); il est inutilisé dans la musique. La notion de l'accord parfait, si elle est empruntée, suppose donc un choix; et ce choix ne peut être fait que d’après le sentiment même de l’harmonie qui est en nous, non hors de nous.

2° Les instruments utilisables en musique ne donnent pas tous, comme les cordes et les tuyaux,

des harmoniques, ou plutôt des sons partiels en rap-

port de consonance avec la note fondamentale. Les plaques circulaires, les membranes tendues ont des sons accessoires très nombreux, très rapprochés de la base, et très dissonants avec elle. Pour les verges élastiques, les sons partiels sont au contraire très éloignés mais tout aussi dissonants. Ainsi, en représentant par 1 le nombre de vibrations du son fondamental (désigné par ut), voici les sons partiels d'une verge libre :

Nombre de vibrations en notation usuelle.

Premier son (fondtal) . 1 … bo.

Deuxième son. . . . 2,7576 fa 1+0,2 (au licu de l’octave). Troisième son. . . . D,4041 fus —0,1 (au lieu de la 12e). Quatriéme son. . . . 13,3444 laz —0,1 (au lieu de la dble 8e),

Rameau, et la plupart des théoriciens du xvin° siècle considéraient comme objet de culte tout ce qui est « naturel ». Mais ces dissonances organiques des verges, des membranes et des plaques sont aussi « naturelles » que les consonances des tuyaux et des cordes ! Alors se pose la question suivante: pourquoi, tout en utilisant ces deux groupes d'instruments dans nos orchestres, accordons-nous à l’un un rôle très effacé, et à l’autre un rôle exceptionnellement important? Pourquoi considérons-nous comme des musiciens encore barbares les sauvages qui ne savent que frapper sur des peaux ou sur des objets en métal? D'où vient, si ce n’est du sentiment musical, la distinction que nous faisons entre des systèmes également offerts par la Nature ? Pour le physicien, le domaine de la dissonance est même plus grand que l’autre!

3° On remarquera aussi que pour dire que l’accord parfait est « le premier jet de la Nature », il faut négliger le premier harmonique placé à l’octave du son fondamental, ou le considérer comme identique à ce dernier. Or cette identification ne peut avoir qu’un fondement subjectif; objectivement, elle serait aussi inadmissible que l'équation 2—1. L’oreille décompose 2 en 1+1, et en tire le paradoxe 2 —1 qui, au point de vue musical, n’est pas faux.

On voit qu'il n’est pas possible de dire que notre système a une base rigoureusement scientifique.

L'harmonie de deux termes n’est pas faile de leur identité ; elle suppose des différences avec des points communs, et une adaptation. Après avoir comparé les deux faits énoncés plus haut, nous ne subordonnons pas le second au premier: nous les plaçons sur la

même ligne. Il y a entre eux une harmonie que les métaphysiciens du xvr® siècle auraient appelée « préétablie », et que nous nous bornons à constater.

Nous pouvons pousser beaucoup plus loin le rapprochement qui vient d’être indiqué.

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