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L. O. Davip

Octobre, 3 octobre 1918.

Cher Monsieur Bourbonnière, Je suis tout à fait incompétent dans les ffaires de la Mutualité et Par conséquent, je n’ai pas d'opinion à exprimer à ce sujet.

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La valeur des témoignages que vous désirez réunir dépendra de la connaissance des faits. Ne prenez donc que des écrits de cette nature. Les autres ne comptent pas.

Je n’ai plus de livres. Je finis comme j'ai commencé — sans un seul volume — pas même ceux de mes ouvrages — et je m'en trouve bien.

Succès et santé.

Benjamin SULTE.

Québec, 8 novembre 1918.

M. A. Bourbonnière, Mutualiste, Montréal.

Cher Monsieur,

J'ai reçu, il y a quelques jours, votre lettre datée le 5 novembre 1918, m’informant que vous êtes à préparer un travail que vous publierez prochainement, et qui sera intitulé : La Mutualité, ce qu’elle a été: ce qu’elle est ; ce qu’elle sera

C’est une heureuse idée, et je n’ai aucun doute que votre livre sera reçu avec grand plaisir par tous ceux qui sont intéressés dans cette question de la mutualité.

Membre de la famille des mutualistes depuis un grand nombre d’années, je sais ce

Aujourd’hui plus que jamais, l’économie est nécessaire au travailleur à gages, et c’est dans la mutualité qu'il pourra la Pratiquer

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avec les meilleurs résultats.

Naguère l'ouvrier, l'artisan, le travailleur, avec un salaire dix fois, vingt fois moindre, vivait tranquille et heureux, sans vaines ambitions, sans tentations inutiles, sans illusions décevantes. Seul à travailler, car la manufacture ne S'était pas encore emparé de la femme, il trouvait le moyen d'élever une nombreuse famille et d’amasser, sou Par Sou, un petit trésor pour le repos de sa vieillesse et pour l'avenir de ses enfants.

Mais alors, il n’y avait pas de cercles, pas de clubs, pas de Saloons. Le soir, quand le père, harassé de fatigue, brisé par le travail, rentrait dans sa modeste maison, il n'y trouvait ni luxe, ni fêtes bruyantes et tapageuses, mais le calme et la paix, le bonheur du foyer familial. Tout de suite il se

sentait enveloppé d’une chaude atmosphère d'affection forte, vivifiante, et les caresses de ses enfants aimés, le bon regard heureux de sa femme, lui remplissaient le cœur d’une douce émotion, d’une joie sans mélange. Il n’y avait pas à redouter les amers lendemains, les crises de larmes et de désespoir après les plaisirs énervants. La vie c'était le calme ruisseau, que la tempête ne vient jamais agiter. N'’était-il pas plus heureux, plus profondément et vraiment heureux, ce modeste travailleur, que l’ouvrier d’aujourd’hui ?

Les ambitions ont grandi. Le salaire s'est élevé, mais en même temps les appétits se sont aïiguisés. Non content d’une table abondante mais frugale, non content d'un bien-être relatif, l'ouvrier, aujourd'hui, veut la bonne chère, veut le luxe.

Pauvre, il veut ne se refuser rien des raffinements du confort que donne la richesse.

Mais si élevé que soit le salaire, il est impossible qu’il puisse suffire à de pareilles ambitions. La valeur du travail manuel est

nécessairement limitée et ne saurait croître indéfiniment. D’où confit inévitable. Alors l'ouvrier posera au martyr, au persécuté.

Aura-t-il raison ?

L'ouvrier veut une part toujours plus large de plaisirs, de jouissances, mais la valeur de son travail reste toujours la même, ou à peu près. Le patron doit-il prendre du sien pour Satisfaire les prétentions du travailleur ? Doit-il risquer son Capital dans une entreprise, doit-il dépenser son énergie, ses forces intellectuelles sans en tirer aucun profit ? Evidemment non !

Le patron qui risque ses capitaux, le patron qui travaille intellectuellement, a droit à une rémunération comme l'ouvrier.

La seule solution possible au problèm® Social, c’est donc l'ouvrier qui doit la trou” ver. Il faut qu'il sache se borner, qu’il Sache équilibrer son actif et son passif, ses dépenses et son salaire, ses prétentions et le mérite de son travail. C'est en vain que les gages Monteront, si toujours les dépenses montent aussi. Savoir se contenter de ses ressources, ce n’est pas seulement de la Sagesse divine, Surhumaïine, c’est une nécessité sociale. Hélas ! espérer que l’ouvrier Va revenir à la vie Simple et austère d’autrefois, c’est une illusion. On ne revient pas en arrière ! Quand une fois l’ouvrier a goûté à la vie large et facile de nos villes

modernes, quand il s’est imprégné, saturé

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de l’air qu'on respire au milieu des travailleurs d’aujourd’hui, quand, depuis son enfance, il a appris à satisfaire tous ses caprices à s'entourer de luxe et d’un bien-être excessif, il ne peut plus comprendre le bonheur austère mais si complet de nos pères. Ila besoin du tapage du club, du bruit de la société bruyante, des plaisirs âcres du jour.

Mais pourtant, même dans cette vie énervante, il faut savoir mettre de l’économie.

S'il n’est plus possible de retrouver toute la simplicité d’autrefois, il est possible encore d'économiser quelques sous pour l'avenir, pour ses enfants. Plusieurs de nos ouvriers le font ! Mais combien d’autres aussi pourraient le faire ?

C'est, d’ailleurs, de la plus élémentaire prudence. Il n’est pas si rare de voir le travail manquer sans qu’il n'y ait aucune faute de la part de l’ouvrier. Le manufacturier ferme ses portes pour un temps, le patron suspend le travail, pour une raison ou pour une autre, le patron se retire des affaires, et voilà un homme, voilà une famille sans trav ail et sans ressources. La maladie peut aussi venir frapper à votre porte. Alors, non seulement le travail est arrêté, mais encore les remèdes, le médecin

demandent des frais Supplémentaires, C’est l'histoire de tous les jours, n’est-ce pas ?

Il faudrait donc s'endetter, souffrir peutêtre du froid, de la faim ! L'économie intelligente aurait rendu l'épreuve facile à supporter. Et si on s'endette, il faudra bien payer ensuite, il faudra bien économiser après l'épreuve, juste au moment, peutêtre, où l’on aura t davantage besoin des douceurs du luxe et de l’abondance.

L'économie avant l'épreuve n'est-elle pas possible comme celle qui la suit nécessairement? Elle est plus difficile, peut-être, Parce qu'elle n’a pas un but immédiat, mais elle est possible. Les leçons de l'expérience quotidienne ne doivent Pas être perdues Pour nous, et ces leçons nous disent que Sans l'économie nous allons tout droit à la Souffrance, tôt ou tard,

Quel homme d’ailleurs, ne veut pas monter l'échelle sociale ? Mais si on ruine sa Santé dans des plaisirs éphémères, si on dépense sans Compter tout ceque l’on gagne, Sur quelle base S’appuiera-t-on pour monter. En s’instruisant, en Substituant les livres aux vaines joies, il y a double profit, profit intellectuel d’abord, profit ensuite d'économie, Ce profit intellectuel, et les

river enge

ressources de l'économie, nous donneront plus de vrai bonheur, et un bonheur plus long, que tous les plaisirs où se consument les forces et la vie du viveur.

Enfin, pour le père de famille, n'est-ce pas un devoir et un bonheur de pouvoir laisser à ses enfants sinon la richesse, du moins quelques ressources pour commencer la lutte de la vie ?

C'est donc en lettres d’or que devrait s'écrire partout, mais surtout dans les cœurs, ce mot : « Économie ».

Alors, dès qu’un but commun s'impose, l'association en rend la réalisation plus facile; deux hommes enlèvent un fardeau qu'un seul ne pourrait soulever: une lampe éclaire aussi bien deux personnes qu’une.

De là le besoin de groupement qui prend, chaque jour, une importance nouvelle, et on pourrait presque mesurer le progrès des peuples au développement qu'ils ont donné à l’association.

À mesure que ses avantages ont été mieux connus, elle s’est diffusée, elle a pénétré dans toutes les branches de l'activité humaine, elle a révélé les formes si diverses Sous lesquelles nous la voyons aujourd'hui.

Lëns ces dernières années, le principe de l’association a pris une importance particulière sur le terrain économique où la communauté des intérêts, la simplicitude des droits, le besoin de protection et de défense ont rapproché les hommes de même Profession, que la Joi avait si longuement tenus éloignés et désunis.

Dans la production, l'association a sa place marquée, soit que les patrons réunissent leurs Capitaux, soit que les ouvriers veuillent produire en Supprimant l’intermédiaire de l'entrepreneur entre le capital et le travail.

Dans la Consommation, elle pénètre par les sociétés d'approvisionnements jusqu'aux grandes masses populaires, auxquelles elle procure d'immenses avantages. Dans la répartition des richesses, l'association & dès maintenant, un rôle prédominant, soit

L'association a, €n Outre, singulièrement grandi en utilité sociale, depuis que l’on a

pu s'en servir à garantir l'avenir par un peu de prévoyance; telle est en effet, la fondation des sociétés d’assurance sur la vie et les accidents, des sociétés de secours mutuels, des caisses populaires, des caisses de retraite, de la ligue des ménagères.

Asocions-nous, c’est le meilleur et le seul moyen, aujourd’hui, de sortir victorieux dans le struggle for life qui est de nos jours plus accentué que jamais.

Donc, en avant la Mutualité !

J'ai l’honneur d’être Monsieur, Votre obéissant serviteur, Félix MARois.

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