‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 10 sur 84 · VAINE · texte numérisé non relu

VAINE

Princesse, il faudra que ma Lettre, Qu'au Messager je vais remettre, Dans Rouen vous aille chercher, Puis-que vôtre Père très-cher, 5 Que toute la Neustrie honore, Est audit Lieu malade encore; Dieu le veuille bien assister, Et les Normands réconforter.

Certes, si dans cette Province

10 Arivoit faute de ce Prince, Un si déplorable malheur Y cauzeroit grande douleur, Mais, plus qu'ailleurs, dans Rotomage, Où ce Gouverneur doux et sage

15 Est généralement aimé:

Mais, selon un bruit confirmé. Ce Prince, dont Tame est si bonne.

Est un peu mieux de sa Personne.

Je fus hier dans son Hôtel,

20 Où j'apris d'un jeune mortel.

Tant soit peu de ma connoissance Qu'on en avoit bonne espérance.

Quand ces Vers achevez seront, Cest^ donc, à Rouen qu'ils iront.

25 La fièvre de la Reine-Mère, Par un destin, vers nous sévère, Et qui fait frémir tout l'Etat, Est toujours en un mesme état ; Elle est purgée, elle est saignée,

jo Jamais Reyne ne fut soignée Avec tant d'assiduité, De zèle, de capacité.

Et de remèdes spécifiques:

Ce ne sont point ses Domestiques,

3 { Qui dans ses plus pressans bèzoins.

De la servir prénent des soins; Ce sont, dans des ferveurs extresmes, Sesdeux Fils, etsesdeuxBrusmesmes, Qui font tout son soulagement,

40 Et l'abandonnent rarement :

Ce qui, dans un bon intervale.

Fit dire à cette Ame Royale, Qu'elle avoit ce doux réconfort En dépit des rigueurs du sort 45 (Qui pour Elle a trop d'injustice) Que ceux qui luy rendoient service, Et procuroient sa guérizon, Etoient d'assez bonne Maizon.

Ce Prince blond, jeune, agréable

jo Et, tout-à-fait, considérable, Qui du Danemarc est Daulin, Est party de Paris, enfin, Et s en va, tournoyant la France, Viziter ses Lieux de plaizance,

j 5 Fleuves, Châteaux, Villes, Citez, Marquizats, Duchez et Comtez, Avant qu'aller en Italie, Autre Contrée assez jolie, Et pleine d'agrèmens divers

60 Autant qu'autre de l'Univers.

Dedans l'une et dans l'autre Traite, De bons succès je luy souhaite.

Dieu prèzerve de tout danger Ce Noble et charmant Etranger:

6 j J'avois pour sa Royale Altesse, Respec, ferveur, zèle et tendresse.

Et, certes, en un haut degré, II trouvoit mes Vers à son gré; Quand je luy fis la révérence,

70 II dit du bien de ma science, Et dans son propre Apartement M'acûeillit fort bénignement.

Avant le départ de ce Prince, Avec son Train qui n'est pas mince,

75 Le Roy l'envoya viziter, Et, mesmement, luy prézenter Une belle et brillante Epée Qui seroit digne d'un Pompée, Par l'éclat et perfection

80 De sa riche construction,

Lacjuelle à fort haut prix se monte :

Saint- Agnan, le trés-noble Comte,

May i66j. — Livre XIV. Lettre XVIII.

Etoit celuy qui la porta,

Ou (pour mieux d]re)prézenta,

8j Avec cet air à la Françoize, Avec cette façon courtoize.

Avec cet œil vif et brillant, Avec cet esprit tout galant, Et, bref, cent grâces admirables

90 (^ui de luy sont inséparables.

Hier, j'apris par un Billet Que m'envoya le sieur Varlet, Que pluzieurs Personnes illustres.

Tous Princes, ou Gens à balustres

9( Alliez de cette Maizon

Que Ton peut dire, avec raizon.

Etre ancienne et Souveraine, LiOaabre ^P^^îr la Maizon de Loraine, s Louis. Dans un des saints lieux de Thémis,

100 S'êtoient assemblez, comme Amis Du jeune Sieur Duc de Joyeuze, Avec intention pieuze De faire, en sa faveur, le choix Par la pluralité des voix,

10$ (Comme choze à luy nécessaire) D'un prudent Tuteur honoraire :

Desquels Princes et grands Seigneurs, Digjies d'éloges et ahonneurs, Etoit son Altesse Royale,

110 Personne, entr'eux, la principale.

Assavoir Monsieur d'Orléans; De plus, étoient encor léans, Le Grand Condé, Conty le sage.

Monsieur le Duc du mesme étage,

■ M Prince illustre en pluzieurs façons.

Monsieur le Comte de Soissons, Messieurs de Bouillon, de Tureine:

Voila ceux qu'on a pris la peine De marquer au Billet susdit:

120 Des autres on ne m'a rien dit,

lis étoient en grand nombre, encore.

Mais pour leurs noms, je les ignore.

Tous lesquels, unanimement Et pleins d un mesme sentiment,

12) Ont ladite Charge commize A Mademoizdle de Guize, Dont la prudence et la vertu (Et ce point n'est point débatu) La rendent mieux qu'autre Mortelle,

130 Capable de cette Tutelle; Bref, de tout Paris c'est l'aveu.

Que ce Prince son cher Neveu, Sous l'éducation charmante De cette aimable et sa^e Tante,

i^ Qui prend à cœur ses mtéréts,

Fera d'admirables progrés.

Ce Noble et fameux Argonaute, Dontl'ame est généreuze et haute.

Le Chevalier Pol, qui sur Mer

140 S'est fait mille fois estimer.

Comme il est Homme de courage.

Eut encore quelque avantage Sur ceux d'Alger, ces jours passez.

Lesquels étans par luy poussez,

145 Aucunsd'eux, avéques leurs Barques, Furent sacrifiez aux Parques.

Monsieur, mesmement, d'Almeras, Autre brave à trente carats, A fait, aussi, sur Merdes prizes,

1 50 Quelques Nefs, sur iceux conquizes.

Et (dit-on) dés le mois dernier, Fait un Amiral prizonnier, Mais ayant en cette Victoire Aquis moins de bien que de gloire.

1 5 5 Monsieur d'Ambrun, ce rare Esprit, Nôtre Ambassadeur à Madrid, Nous a mandé cette nouvelle, Plaize à Dieu qu'elle soit fidelle :

Mais on en doute encore, car .

160 Un Navire de Gibraltar, En revenant de la Goulette Pour faire à Cadis quelque emplette De vin, de tabac, de biscuit.

N'a pas bien confirmé ce bruit.

165 On ditque le Roy Catholique N'est pas, encor, de sa colique Soulagé parfaitement bien, Mais queson mal, pourtant, n'est rien.

Ç^uoy qu'à Londres, les Catholiques

170 Soient Gens bénins et pacifiques, Honorans le Roy, servant Dieu, Le Parlement d iceluy lieu, Remply, pour eux, de malveillance Les a, par expresse ordonnance,

175 Sur peine de maux infinis, Dans trois ou quatre mois banis De leur triple Etat Britanique:

Voila, dit-on, la Politique Des Juges dudit Parlement;

180 D'où l'on peut croire bonnement Que Dieu, qui leur rigueur déteste, Prononçant un Arôt céleste Contre les Magistrats susdits, Les banira du Paradis.

1 8 5 D'autres Gens, touchantcette afaire,

La Muze historique. — May i66).

Parlent d'un ton plus débonnaire, Dizans, qu'iceux Romains zélez Ne doivent point être exilez; Mais bien qu'on leur fera défence

190 De prendre jamais la licence (Dequoy qu'en soit le rézultat) De parler d'afaires d'Etat, De n'ensei^er (fût-elle bonne) Leur Religion à personne»

195 Et toujours, d'un zélé discret, Ne la professer qu'en secret:

Cette clauze est plus amiable, Et me paroit plus vray-semblable, Et, pour dire la vérité,

200 Je panche bien de ce c6té.

J'ozerois bien jurer foy d'homme^ Que nos diférens avec Rome, Mis si souvent sur le tapis, Se verront enfin assoupis.

205 Le Pape est trop sage et trop juste, Pour vouloir au un Monarque auguste Desplus Grandsquisoientaujourd'huy, Ne soit pas satisfait de luy :

Mainte cervelle bien sensée,

210 Du Saint-Pére, a cette pensé?, Que ^uand il faizoit des apréts C'étoit pour les seuls intérêts De nôtre Mère Sainte Eglize, En secourant ceux de Venize,

2 1 5 Qu'on peut nommer, de leur c6té, Le Rempart de la Chrétienté, Que les Forces du Turc menacent,

Et par deux endroits l'embarassent.

On tient que c'est le beau dessein 220 Qu'il couve dans son sacré sein, Et non pas de batre la France, Ou rèzister à sa puissance.

Le Duc de Créquy, l'autre-jour, Prit congé de toute la Cour,

22 { Pour, dans la ville Lyonoize Allant calmer icelle notze, De la Paix, serrer le lien Avec ce sage Italien Député, pour cela, de Rome,

230 Et que Sieur Raspony l'on nomme:

Puissent-ils si bien travailler Qu'il ne faille point batailler.

Princesse, non sans surprize, J'ay la triste nouvelle aprize,

2 3 5 (Et, mesmes, tout prézentement) Du décez, ou dernier moment, De Monseigneur vôtre cher Père, Qui doit être une source amére Pour Vous, de soupirs et de pleurs,

240 De détresses et de douleun ;

Hélas ! moy-mesme, quand j'y songe, Dans le deuil mon ame se plonge, J'en ay des chagrins, maints et maints.

Et la plume m^sn chet des mains.

245 Le douze May, fondant en larmes, J'achevay ces funèbres carmes.

LETTRE DIX-NEUFIÉME

Du [samedi] dix-neuf May.

ARGHl-SÉRIEUZE.

Princesse, presque inconsolable Pour le Trépas d'un Prince aimable.

Qui fut la source de vos jours.

Et qui vous aima bien toujours:

5 Nonobstant la sensible perte Qu'en sa mort vous avez soufertc.

Et le juste et pressant ennuy Que vous en avez, aujourd nuy, j'bze prendre la hardiesse

10 D'écrire encore à Vôtre Altesse :

Je doy, sans les diminuer, Mes soins, pour Vous, continuer ; Et s'il faut Que nAtre Missive Entre vos blanches mains arive,

1 5 Selon l'état où vous serez, Vous la lirez, ou la lairrez.

Après le décez de ce Prince,

May i66j. — Livre XIV. Lettre XÏX.

Gouverneur de nôtre Province^ Quand la nouvelle en vint en Cour,

20 Qui fut, de May, l'onzième jour, Leurs Majestez s'en contristérent, Et bien du regret témoignèrent, D'avoir, par un sort rigoureux, Perdu ce Prince généreux,

25 Dont en mainte et mainte Campagne, Dans les Guerres de TAllemagne, Les soins et travaux assidus, Les services par luy rendus.

Et sa prudence et sa vaillance,

^0 Ont, des mieux, apuyé la France.

Outre ses extrêmes bontez.

Il avoit d'autres quaiitez Si dignes, si recommandables Qu'on voyoit peu de ses semblables.

;5 Jamais nôtre Climat Normand N'ùt 4e Gouverneur si charmant, Et l'universelle tristesse Des Peu|)les et de la Noblesse, A bien fait voir, à point-nommé,

40 Qu'il ètoit chèrement aimé.

Arivant à son dernier terme, Avec un cœur constant et ferme, Et de tendres afections, Il donna des instructions

45 A Messieurs ses Enfans, si belles, Saees, Chrétiennes, enfin telles Qu elles pouvoient, dit-on, toucher Des Cœurs de bronze, ou de rocher :

Et, comme ces deux jeunes Frères

$0 Ont des instincs hauts et sincères.

Dieu sçait s'ils ^n profiteront Lors-que plus âffez ils seront.

Ils sont tous-dieux en cette Ville, Et Madame de Longueville,

$5 Où le Roy, Monsieur, et la Cour, Dés le moment de leur retour, En leur Hôtel les vizitèrent, Et cordialement montrèrent Avec un langage sans fard,

60 Qu'à leur douleur ils prenoient part.

La Normandie et Rothomage, Perdans un Commandant si sage, Qui, délogeant de ce bas-lieu.

Est, sans doute, allé devant Dieu,

65 Le Roy substitué en sa place, Durant, dit-on, certain espace, Montauzier, ce Noble Seigneur, Qui doit agir en Gouverneur, Dans cette importante Province,

70 Atendant que ce jeune Prince,

Qui Comte de Saint-Pol a Nom, Dont est par-tout si grand renom.

Soit en état, pour la Couronne, D'exercer la Charge en Personne:

75 Et, selon la publique voix, Le Roy ne pouvoit faire choix D'un Personnage plus solide.

Plus judicieux, plus candide.

Mieux nay, mieux intentionné,

80 Ny mesmes, plus passionné.

Pour la Maizon de Longueville, Et pour cet illustre Pupile (Que nôtre Muze aime d'amour) Qui doit y commander un jour.

85 La jeune Duchesse de Parme, Où l'on voyoit briller maint charme.

Et maint atrait doux et touchant.

Est, dit-on, morte, en acouchant, D'Atropos devenant la proye;

90 Dont la noble Cour de Savoye, Et la nôtre, pareillement, En ont pris le noir vêtement.

Autrefois elle sembloit née Pour une haute destinée

95 Où prétendirent ses apas.

Mais le Ciel ne le permit pas.

J'ay sceu de certaine personne, Qu'on fit hier, dans la Sorbonne Un sacrifice à l'Etemel,

100 Par un Service solennel, A l'heure de None précize, Pour icelle Veuve Marquize ^*d°Honneur* Du feu Marquis de Richelieu, de"ia^"^ Inhumée en ce mesme Lieu, ^^y^^ ^^'*-

io{ Et qui dans un triste veuvage, Les pleurs souvent sur le vizage.

Fut mize dans le monument Un an après luy, justement.

Cette Dame, en Cour respectée,

1 10 Ayant été fort regrétée

De pluzieurs Gens de qualité.

Et, mesmes, de Sa Majesté, Mais, sur-tout, de la Reyne Mère, Qui d'une afection sincère

1 1 { Ses vertus toujours honora. Et de son trépas soupira.

Pluzieurs Courtizansdes Couronnes, Quantité de hautes Personnes De naissance, honneur et crédit,

1 20 Furent au Service susdit ;

Richelieu, ce nom plein de lustre.

Toujours brillant, toujours illustre.

La Muze historique. — May i66}.

Etant en vénération

A tous Gens de condition.

1 2 5 L'Archévesque de cette Ville, En rares qualitez fertile, De piuzieurs Prélats assisté.

Prima dans la solennité.

Avec la gravité requize

1 jo Au Pasteur d'une grande Eglize, Et qui, dans son Ordre sacre, Peut encor hausser d'un degré.

Le Temple avoit bien des lumières, Et^ bref, en diverses manières,

I } 5 (Comme la défunte eut l'honneur D'être Femme d'un grand Seigneur) Cet Ofice, quoy que funèbre, Fut assez pompeux et célèbre.

Et, certes, on n'épargna rien

140 Afin que tout allât fort bien.

J'av sceu d'un voizin de mon Hoste, Que le jour de la Pentecoste Nôtre Monarque sans-pareil, Avec un Royal apareil^ 145 Suivy d'un grand flot de Noblesse, Entendit aux Feûillans la Messe; Et, plein d'un dévot sentiment, Y communia, mesmement^ ^''dina^'' Par Ics mains de cette Eminence Ainolne. Qui m^est en grande révérence,

dtFnact. Le beau Nom et la qualité.

Ensuite dequoy, ledit Sire, Dont tout le monde m'entend dire

1 5 5 Très-bien du bien, et bien souvent, Déjeuna dans ce saint Convent:

Puis, suivy de cinq ou six Princes, De maints Gouverneurs de Provinces, Et de cinquante Cordons- Bleus,

160 Alla toucher les Ecroûelleux.

Dans Belle^hasse, Monastère Assez pieux, assez austère, Une Dame de qualité.

Et d'exquize çt rare beauté,

16) Dés sa naissance, Huguenote, Par un instinc d'ame dévote, S'ètant bien fait catéchizer.

Enseigner, èvangélizer.

Ensuite de tout plein de veilles,

170 Et d'abstinences sans-pareilles.

Pleine d'un zèle, ou feu divin, Abjura Maître Jean Calvin, Et cette Beauté plus qu^humaîne Devint Catholique-Romaine:

175 Mais témoignant tant de ferveur Pour cette nouvelle faveur Que, dans cet important rencontre, La céleste Bonté luy montre, Que sa sainte conversion

180 Donna grande admiration.

Lecteurs, cette Histoire est réelle, Je la tiens d'une Demoizelle, Qui me l'a dît succintement:

Mais, hélas ! je ne sçay comment

185 Ce beau nom si digne de gloire.

S'est si perdu dans sa mémoire^ Qu'en ces Vers il ne se peut voir, Et j'en suis, presaue, au dèzespoir.

Je sçay que la came susdite,

1 90 Outre son excellent mérite.

Est d'une honorable Maizon Où l'on void des biens à foizon.

Que son heureux Epoux est riche, Et fort honnête Homme : mais, briche,

195 De l'avis qui m'en est venu, C'est tout ce que j'ay retenu.

J'ûsse bien eu recours à celle Qui me fit part de la nouvelle.

Mais, pour augmenter mon tourment,

200 Elle est aux Champs, prèzentement.

Je ne sçay de Rome, autre choze.

Sinon que la Gazette en proze Que je voy chaque Samedy, Une heure, ou deux, avant midy,

205 Assure que les Gens du Pape Ne mordent plus tant à la grape, Et ne sont plus si véhémens En parlans de leurs armemens.

D'autant que le Nerf de la Guerre,

210 Convoité par toute la Terre, Ce Métal sonnant, éclatant.

Que l'on apelle Argent-comptant, Le plus cher objet de l'Avare, (Et qui commence à m'ètre rare)

2 1 5 Se trouve un peu court dans les mains Des seigneurs Trézoriers Romains.

Cette Grande et bonne Princesse Pour qui la France est en détresse.

Et, plus aue qui que ce soit, moy,

220 Assavoir ta Mère du Roy, De tous les Peuples si chérie.

N'est encor nulement guérie.

Sa fièvre, à oui de rien ne chaut, Luy fait tantôt firoid, tantôt chaud :

22 { Mais quoy qu'icelle fièvre fasse.

Il faut, pourtant, quiter la place,

May 1663. — Livre XIV. Lettre XX.

Et tourner ailleurs les talons.

Ses accez ne sont plus si longs, Son ardeur n'est plus si mutine,

230 Et Messieurs de la Médecine Dizent, tous, qu'elle s'en ira.

Mais ne sçavent quand ce sera.

Quoy (jue je sçache, à ma Princesse, Qu'au sujet de vôtre tristesse

23 { Vous ayez des Grands de la Cour Des vizites, cent fois le jour.

Où tout vôtre loizir s'employe, A tout hazard, je vous envoyé, Pour agir en Homme-de-bien^

240 En vôtre Hôtel ce Discours mien.

Qu'à vos justes douleurs j'immole.

En priant Dieu qu'il vous console.

Fait le dix-neuf du mois de May, Par moy, qui pour rymer suis nay.

APOSTILE.

24{ Gomme nôtre Grand Roy se pique

neur du Prince

de Danemarc.

D'être obligeant et magnifique,

Sçachant que Monsieur de Pasberg, ^m^'

Danois, et non de Nuremberg,

Etoit Homme rare et sublime, 2 50 Et digne d'étemelle estime,

(Dans Paris encore à prézent;

L'a gratifié d'un Prézent,

Qui, de Sa Majesté Royale,

Contient, dans un petit ovale, 2 5 j Enrichy de maint aiamant.

Le Portrait auguste et charmant,

Qui luy fut un honneur extresme.

yen voudrois avoir un de mesme,

Pour en féliciter mes yeux, 260 Non, toutesfois, si précieux :

Car n'étant que simple Poète,

Ce seroit assez, que la Boéte

(Qui me seroit un cher Trézor)

Ne fût, tant seulement, que d'or :

26 { Mats, non, ce n'est pas où j'aspire,

Je ne dy cecy que pour rire.

LETTRE VINGTIÈME

Du [samedi] vingt-six May.

EXORTANTE.

Altessk^ d'esprit très sensé.

Qui pour un Père trépassé, Avez toujours le cœur bien tendre, Aujourd'huy, Ton me vient d'aprendre

S Qu'à Rouen, la noble Cité, Où ce Prince est fort regreté, On fit, Mardy, dans Nôtre-Dame, Pour le repos de sa belle Ame, Avec grande dévotion,

10 Et selon sa condition.

Un grand et solennel Service, Où Clergé, Noblesse, Justice, Et Bourgeois de tous les Quartiers, Assistèrent très-volontiers,

I $ Et par leurs larmes témoignèrent Combien (luy vivant) ils l'aimèrent :

Ensuite, étant dans un cercueil.

Dessus un pompeux Char de dûeil Entouré de ses Domestiques,

20 Larmoyans et mélancoliques

En grande pompe, et peu de bruit, Il fut à Chàteaudun conduit, Avec Religieux et Prestres, Dans le Tombeau de ses Ancestres,

2 5 Tous Grands Princes, et dont l'Etat

A toujours fait bien de l'état.

Vous, quesa mort remplitd'alarmes, Jusques à bien verser des larmes, Epouze, Enfans, Amis, Parens, 30 De France les plus aparens:

Ce Prince, plein d'un dévot zélé, Ayant fait une fin si belle^ Tous ensemble, vous avez lieu De croire qu'il est devant Dieu,

3 5 Joûyssant d'un Bien non frivole,

C'est par-là (fue je vous console:

Car je l'ay dit et le redis, Que ceux qui vont en Paradis, Pour avoir trionfè de vices, 40 Ont mille fois plus de délices

La Muze histork^ub. — May i66).

Qae n*en coûtent dans leurs Etats Tous les plus heureux Potentats; Mais, sur tout, c'est à vous. Princesse, A qui ce mien discours s'adresse, 45 Pour vôtre satisfaction Vous y ferez réflexion; Et je vais, pour fournir au reste, Changer d'entretien et de texte.

J'anonce en tous les lieux divers

50 Où vont mes Epîtres en Vers^ Par un avis net et sincère, Que, maintenant, la Reine-Mére (Ainsi que j'ay pu coliger) Est hors de fièvre et ne danger.

5 5 Que tout l'Etat s'en réjoùysse.

Et qu'icelle Reine joûysse Longtemps d'une heureuze santé :

Car ayant beaucoup de bonté, De piété, de conscience,

60 De sagesse et d'expérience, Nous avons bezoin que ses jours Soient d'un long et durable cours.

Je sçay bien qu'au Ciel Empirée Une Guirlande est préparée

65 Pour sa glorieuze vertu,

Par qui maint vice est combatu, Guirlande mille fois plus belle Qu'une Couronne temporelle:

Mais Dieu, pour nôtre grand bon-heur,

70 Difére ce suprême honneur:

Et si ses grandes Destinées Couloient, encore, trente années Avant que d'aller dans les Cieux, La France n'en vaudroit que mieux.

7j La Cour fut, l'autre-jour, en peine Pour la charmante Jeune Reine, Qui fut un peu malade, aussy; Mais ce n'étoit rien, Dieu-mercy, Qu'une Rougeole assez légère,

80 Qui parut, qui fut passagère, Et, moyennant quelque secours, Ne dura que deux ou trois jours.

L'agréable Daufin de France Ressentit, aussi, quelaue trance, 85 Mais ce joly petit Chrétien Se porte, maintenant, fort bien.

Le Sieur Marquis de La Fiiente , Qui d'une sagesse excellente Est, dit-on, aussi bien pourvu 90 Qu'autre Ambassadeur qu'on ait vu

De la part du Roy Catholique, Eut son Audiance publique.

Et fut, à loizir écouté Au Louvre, par Sa Majesté, 95 Qui (comme il ètoit convenable) Luy fit réponse favorable.

Peu devant, et le mesme jour, Monsieur le Duc de Meklebour, Un des Souverains de l'Empire,

100 Salua le Roy nôtre Sire,

Qui, se levant de son fautueïl, Luy fit un amiable acueïl.

Le receut avec allégresse.

Et fit couvrir icelle Altesse

105 Pour mieux honorer sa Grandeur, Lors que parla l'Ambassadeur.

Pour dépeindre, icy, ledit Prince, Il n'est menu, petit, ny mince.

Mais grand, bien-fait et bien formé,

1 10 Et digne, certes, d'être aimé; Son ame est eénéreuze et bonne, Et j'ay sceu ae mainte personne Qui le connoissent mieux que moy.

Qu'il a grand respect pour le Roy,

1 1 { Pour la Cour grande bienveillance.

Et grand zèle à servir la France.

Lors-que je parle ainsi de luy.

Je n'ay nul dessein, aujourd'huy, De l'oDliger par mon langage

1 20 A prizer mes Vers davantage:

Mais c'est que j'ay toujours été Si zélé pour Sa Majesté, Que quand en quelqu'un je remarque De l'amour pour nôtre Monarque,

12$ Ce Quelqu'un, j'en jure ma-foy, Est toujours fort bien avec moy.

On dit qu'un Homme de ce Prince Venant, icy, de sa Province, Fut volé par quatre Brigans,

1 30 Qui par des étorts arogans

Luy prirent, auprès de Bruxelle, Sa cazaque et son escarcelle:

Mais Quatre Valets, de ses Gens, Avec des pas si diligens,

1 3 5 Les susdits Brigans poursuivirent, Qu'à la fin ils les ataignirent, Et faizans entr'eux grand sabat, Leur livrèrent, soudain, combat.

Dont deux des Voleurs, par disgrâce,

1 40 Trébuchèrent morts sur la place, Le tiers s'enfuit, tout éperdu.

Et l'autre fut pris et pendu.

May i66). — Livre XIV. Lettre XX.

Mî

Ou (pour le moins) il le doit-être; Car on assure que ce traître

14s Avec ses Compagnons méchans Voloient Messagers et Marchans, Et dêtroussoient, dans la Campagne, Les Paquets de France et d'Espagne:

Ainsi l'on n'aura pas grand tort

1 50 De punir ce pendart, de mort.

En cette Feste, que l'Eglize Si pompeuzement solennize, Et qu'on apelie proprement, La Feste du Saint-Sacrement^ Paris parut si bien parée De mainte Tenture dorée, De fleurs, de festons, d'omemens, Et d'autres embellissemens^ Pour honorer le Roy de Gloire, Que dans un transparent Cyboire, Avec grande dévotion, On portoit en Procession, Que cette Feste solennelle De long-temps ne sembla si belle Aux Etrangers venus de loin.

Qui de la voir prirent le soin.

Du Roy, la Majesté Royale, Pleine de ferveur sans égale, Avec tout le zélé pieux D'un Roy sage et religieux, A beau pié, et la teste nue.

Suivit son Maistre, dans la rué.

Depuis (ayant un cierge en main) Samt Germain,jusqu'àSaint Germain, Faizant un grand tour dans la Ville, Avec plus de quarante mille Tant Gentilshommes, qu'Oficiers, Dames, Bourgeois et Justiciers.

Six Seigneurs, de haute importance, Gens de mérite et de naissance, Tous Chevaliers et Cordons-bleus, Soûtenoient le Daix merveilleux, Sçavoir (sans faire de mécomtes) [tes.

Deux Ducs,deux Marquisetdeux Com- Dont, chers Lecteurs, je vous semons Devoir, à la marge, les noms.

'•s 'oints

df

« J« Ccrd».

D'autre-part, du Roy le cher Frère, Autre Prince bon et smcére, Fit faire en la première Cour Du Palais Royal, son séjour, Avec un soin trés-Catholique, Un Repozoir si magnifique^ Que dans ledit Palais Royal, De tout temps immémorial.

19^ On n'avoit rien vu de semblable:

La structure étoit admirable, Outre bien des Tableaux charmans.

L'infinité de Diamans, De l'or, des fleurs et des lumières,

200 Y brilloient de telles manières Qu'il faut m'excuzer si je dis Qu'on croyoit être en Paradis.

Monsieur et Madame y receurent Avec tous les honneurs qu'ils purent,

205 Le Corps Auguste et précieux Du Souverain de tous les Cieux :

A deux cenoux ils l'adorèrent.

Puis, dévotetnent, l'escortèrent (Ayans la foy dedans le cœur)

2 1 Jusques au Temple, Eglize, ou Chœur De la Paroisse de Saint Eustache, Une des grandes oue je sçache.

Cette sainte Solennité Se fit par toute la Cité

2 1 5 Avec des apareils capables

De toucher des cœurs implacables :

Mais sur ce sujet taizons-nous.

Car je ne puis parler de tovus.

Selon les communes nouvelles 220 De Madrid, Milan et Bruxelles, Il n'est rien de plus assuré, Ny, mesmes, de plus avéré Que l'Hymen, ou le Mariage De la jeune Infante du Tage 22 { Avec TEmpèreur des Germains, Pour ne pas dire des Romains, Car iceluy, quoy que Grand-Homme, N'a pas un pié de terre à Rom^ :

Mais on dit que Vimperator .

230 (L'Infante étant trop jeune encor) Ne doit consommer l'Hymenée Qu'après la fin de l'autre année.

Nonobstant le Traité de Paix, Où l'on travaille dezormais,

2 3 $ Entre les Chigis et la France, Qui, je croy, guères ne s'avance.

Dans Rome, jusques aux Valets, On ne parle oue de boulets, De factions, de corps-de-gardes,

240 De poudre à canon, de bombardes.

De parapets et de ramparts.

Et 1 on entend, de toutes parts, [ches.

Dans Rome et dans les lieux plus pro- Bienplusdetambours,quedecloches ;

245 Hé, le bon Dieu soit avec nous :

Sieurs Romains, où songez-vous?

La Muze historique. — Juin i66}.

Héias ! vous profanez l'enceinte De Rome qu'on nomme la sainte: Non, non, quitez vos ètandarts,

250 Vos épieux, javelots et dards, Quitez poignards et bayonnetes, Faites couper vos cadenetes, Préférez à vos pistolets Les Rozaires et Chapelets,

2 j 5 Dites souvent vos Patenostres, Et, comme Héritiers des Apostres, Cherchez Dieu, fuyez les hazars^

Ce n'est plus le temps des Cézars.

Ayant, toute une aprés-dînée, 260 Grifonné, d'une plume emée.

Faute de les sçavoir couper, Je sens qu'il est temps de souper, Si mon estomac ne m'abuze; Adieu Princesse, adieu la Muze.

26 { Fait, justement, le lendemain Du propre jour de Saint Urbain.

LETTRE VINGT -UNIÈME

Du [samedi] deuziesme Juin.

SOÛÉVE.

Objets charmans, qu'hier je vis Avec des yeux plus que ravis^ Et dont il me reste une idée, Par qui mon ame est obsédée; 5 Je vous donne, aujourd'huy, camposy J'ay bezoin de quelque repos.

Laissez ma Muze en patience, Sortez de ma réminiscence.

Afin que je puisse un peu mieux,

10 Avec un sort laborieux^ Rimer en faveur de l'Altesse, Qui de mes Vers est la Déesse; Rien ne sçauroit, ny peu, ny point, Me dispenser touchant ce point.

1 5 Ainsi Dames et Demoizelles, Feux anciens, flames nouvelles, Qui m'embarassez tant et plus.

Je vous bannis et vous exclus Pour deux jours et non davantage,

20 Puis revenez faire ravage

Dans mon cœur tant qu'il vous plaira, Je croy qu'on vous y soufrira.

Ces jours passez, en grande joye, La jeune Altesse de Savoye,

2 j Et le Duc, son illustre Amant, Furent receus triomphammant Dans Thurin, Ville aussi polie Que pas-une de Tltalie ; Et ladite Réception,

)0 Qui fiit belle en perfection,

Se fit avec tant de dépences, Tant de rares magnificences, Tant de superbes omemens, Et de beaux divertissemens,

3 5 Que pour une Beauté céleste

On n auroit rien fait de plus leste.

Quoy que je ne fusse pas-là, Je puis bien assurer cela ; Car de la façon qu'on en jaze, 40 Cela me met presque en extaze ; Mais pour contenter un peu mieux Les esprits archi-curieux.

Je croy qu'il en conviendra faire Un fort ample Extraordinaire y

4 5 Que, sans doute, pour fruit nouveau,

Nous donneront ceux du Bureau. d'Adre»

D'Arma^ac, la belle Comtesse,

Qui conduizit cette Princesse,

Avant de revenir vers nous, ;o Receut d'Elle et de son Epoux,

Outre cent marques de tendresses.

Outre mille et mille caresses,

Outre mille admirations

Sur ses rares perfections, j 5 Outre l'estime universelle

Que dans le Piémont on fit d'elle^

Au propre temps de ses adieux.

Quantité de dons précieux.

Et, sur-tout, des Pendans-d'oreiiies, 60 Riches et brillans à merveilles,

Juin 166}. — LiVHB XIV. Lettre XXI.

de F

tfvn ans.

Tiés-dignes de sa qualité, Oui pour leur valeur ont coûté (Cem'ontdit deuxoutroisbons Drôles) Prés de trois mil deux cens pistoles.

65 Monsieur le Comte d'Armagnac, A qui le cœur feizoit tic-tac, Le cher Mary d'icelle Dame, Prince plein d'amour et de flame, Impatient de la revoir,

70 Et s'aquiter de son devoir Envers une femme si belle.

Alla fort loin au devant d'elle.

Et jusqu'à Montargis, du moins.

Où là, je croy, que sans témoins,

7$ Ensuite de la petite oye, Ils pâmèrent tous-deux de joye.

On peut dire que son retour A plû grandement à la Cour ; Car comme elle est illustre et sage,

80 D'un bel esprit, d'un beau vizage.

Selon les meilleurs jugemens.

C'est un de ses beaux Omemens.

Enfin, de cet heureux voyage, Elle a tiré cet avantage

85 Oue son nom en cent et cent lieux yen est rendu plus glorieux, Que d'elle, en Piémont et Savoye, On ne parle qu'avéques joye.

Bref, que les Dons qu'elle a receus

90 (Dont je jaze un peu cy-dessus) Se montent, dit-on, d assurance, A plus de cent mil francs de France.

On m'a, ce matin^ anoncé Que Monsieur l'Abbé de Rancé, 95 Qui pour ses vertus, ou services, Possédoit divers Bénéfices, Les 3L, par un saint mouvement, Quitez fort volontairement.

De l'Ordre Se gardant une Abbaye unique s.B«njrd. Pour v vîvre à l'Apostolique Dans la Règle et rautérité, Par aveu de Sa Majesté, Apnt, avec un pieux zélé, Mis la Réforme dans icelle, 105 Et, d'un cœur dévot et constant.

Tout le premier s'y soûmetant:

De plus, étant fort pitoyable Envers l'indigent mizérable, Il a fait de ses facultez 1 10 Des aumônes et chantez.

Et de tout son bien et finance, N'a rézervé ^ue sa pitance Comme un simple Religieux,

Pour servir Dieu de mieux en mieux.

1 1 5 Certes, toutes les bonnes âmes.

Les vrais dévots, les sages Dames,

Admirent en perfection

Sa sainte rézolution;

Et, pour moy, je la trouve telle 1 20 Que je la veux rendre immortelle

Dans mes Vers qui par-tout iront.

Et que l'on croid qu'ils dureront. Toute histoire de grand mérite

Est par moy volontiers écrite, 125 Le Public en peut profiter :

Car quand on entend exalter

Une action louable et belle.

On s'en fait souvent un modelle.

Jeudy, dernier, précizément,

1 30 Octave du Saint Sacrement,

Bien du monde alla voir au Temple, L'architecture sans exemple D'un Repozoir si précieux Qu'il en ébloûissoit les yeux.

1 3 5 Outre pluzieurs chozes exquizes Qu'en cet endroit on avoit mizes, Et qu'un dévot luxe étala, On y voyoit par-cy, par-là, Un Parement de broderie,

140 Un Saint Esprit de pierrerie.

Six croix et six bouquets charmans, Qui n'étoient que de diamans, chacune des pièces susdites N'étans ny mmces, ny petites,

145 Mais ayans (sans être menteur) Du moins, un bon pié de hauteur.

Une autre croix (sans point de faute) Etoit, illec, deux fois plus haute.

Dont la riche construction

1 50 Cauzoit de l'admiration,

Contenant dans tout son ouvrage Neuf cens peries et davantage, Je ne sçay pas bien de quel poids, Mais plus grosses que de gros pois :

1 5 5 Enfin, 6 Lecteurs, le vous jure Que douze pages d'écriture Ne pouroient pas faire un tableau De tout ce q\yon voyoit de beau Dans ce superbe Tabernacle

160 Qui resplendissoit à miracle :

Et quoy (pour m'expliquer enfin) Que tout cela ne fût pas fin, L'Art en icelle conjoncture Copioit si bien la Nature,

16$ Que les Trézors presque infinis De Venize et de Saint-Denis,

La Muze historique. — Juin i66).

(Si tout e&t été véritable)

N'auroient rien eu de comparable

A cet éclatant Repozoir, 170 Qu'avec des amis j^allay voir^

Admirant, avec ma Brigade,

L'adresse du sieur la Forcade,

Lapidaire fort rénommé,

Qui, luy tout seul, avoit iormé, 175 Pour recevoir le Roy de Gloire,

Cet incomparable Oratoire

Dont je fais icy mention ;

Que des Gens de condition,

Et Dames de haute importance, [ce, 180 En grand nombre, ou grande abondan-

Br^, la plus-part de la Cité

Allèrent voir^ par rareté.

Depuis Lundy, vaille-que-vaille.

Leurs Majestez sont à Versaiile,

185 Château charmant, tranquîle et coy :

Mais non pas la Mère du Roy, Pour qui toujours j'As le cœur tendre, Qui pour mieux ses forces reprendre^ Et de rechute se garder,

190 Ne va point encort au grand air.

Mais dans peu cette Reyne sage Poura faire quelque voyage.

Selon d'aucuns, quelques discours, Le Roy, depuis quatre ou cinq jours,

19$ Roy dont par tout le beau nom vole, S'est mêlé d'avoir la Rougeok :

Mais j'aprens d'un Serviteur sien Qu'il commence à se porter bien.

Et que, vray comme 1 Evangile,

200 II s en revient en cette ville.

Non pas aujourd'huy, ny demain.

Mais au plùtard Jeudy prochain.

Le Daufin se porte à merveilie, Et son Enfance sans-pareille, 205 A déjà tant d'atraits si doux.

Qu'il est les délices de tous.

Ceux de Caén, belle et noble ville, Où le feu Duc de Longueville, Etoit chèry, je vous promets,

210 Plus que Prince le fut jamais Pour sa douceur et sa sagesse, Ayant eu bien de la tristesse Du trépas de leur Gouverneur, Auquel ils portoient ^and honneur,

215 Comme pour un dernier ofice.

Luy firent faire un beau Service, Où toute la ville assista.

Gémit, larmoya, sanglota.

Et sentit des transes mortelles ; 220 Enfin, ses vertus ètoient telles, Et charmoient les cœurs tellement.

Que dans tout son Gouvernement Où Ton l'aimoit d'amour extresme.

Chacun, dit-on, a fait de mesme.

225 Les Grands Comédiens du Roy, Quazi tous Gens aimez de moy.

Tant les mâles, que les femelles, Dautant qu'iceux, dauunt quicelles.

Exercent en perfection,

230 Leur charmante profession, Hier, ce dit-on, commenc^ent, C'est-à-dire, rq>rézentérent Une Pièce de grand édat, Où tout est fort, et rien n'est pkt,

2 3 5 Sçavoii les Intrigues d'Ovidg^ Par un Autheur docte et fluide.

Et dans l'Ait des Muzes expert.

Que l'on nomme Monsieur Gilbert :

On y voit, dit-on, des Machines,

240 Des Amours galantes et fines, Et l'on y dit de fort beaux Vers Entremâez de doux Concers, Mais je n'en sçay pas davantage.

N'ayant pas encor vu l'Ouvrage.

245 Les Comédiens de Monsieur, Pour qui, dans mon intérieur J'ay de l'amour et de l'estime, (Et, sur tout, pour une Anonime) Ont aussi mis sur le Bureau

2 50 Quelque choze de fort nouveau, Sçavoir une Pièce Comique, Qui s'intitule la Critique:

Sans doute que très-bien des Gens, De la voir seront diligens,

2 5 { Etant, dit-on, fort singulière, Et venant du rare Monére, C'est-à-dire, de bonne main ; Je la verray (je croy) demain.

Princesse, ma noble Héroine, 260 Je sens que mon esprit décline; Je vay ce mien travail cesser.

Pour Samedy recommencer.

Le deux de Juin, si nAtre Muze, En son calcul point ne s'abuze.

Juin 166;. — Livre XIV. Lettre XXII.

LETTRE VINGT-DEUXIÈME

Du [samedi] neufiéme Juin.

Page 1