AMIE
Ayant Cait, depuis quelques jours.
Trêve de Vers et de Discours, Chère Gion, Muze ingénue.
Puis-que te voila revenue, 5 Plus long delay de rien ne sert.
Agissons tous-deux, de concert.
Et sans manger ny pain, ny pâte, Faizons, et brochons à la hâte, La Lettre que nous débitons, 10 Et bonnement nous aquilons, En travaillant à la sourdine Avec nôtre antique routine.
De cet acoûtumé Tribut,
Sue sans dédain et sans rebut, ais plutôt avec allégresse.
Reçoit de nous nôtre Princesse, Grâce à Dieu, sans nul manquement.
Tous les huit jours, précizément.
Anne D'Autriche, Reine Auguste, 20 Veuve de feu Louis le Juste
Fille, Sœur et Mère de Rois, Et que l'on peut, des bons Gaulois, Autrement, ae toute la France, Nommer la seconde espérance,
25 Et les délices et l'amour De tout Paris et de la Cour, A ressenty, cette semaine.
Des accez de fièvre inhumaine Qui (sans mentir et sans habler)
30 Nous ont fait pâlir et trembler.
Les Seigneurs, Princes et Princesses, Ont montré d'extrêmes tristesses; Monsieur a (ce dit-on) pleuré.
Madame a cent fois soupiré:
3 j Nôtre Reine jeune et charmante.
Aimant, d'amour, sa bonne Tante, Conçoit de son mal tant d'ennuis.
Qu'elle n'en dort ny jours, ny nuits ; Et du Roy la douleur amére,
40 Voyant soufrir sa chère Mère, Qu^il sçait être obligé d'aimer,
La Muze historique. — Avril i66}.
Ne se sçauroit bien exprimer.
Ses peines, certes, sans-pareilles, Ses soins, ses chagrins et ses veilles,
45 Font ju^er ce Roy trionfant, Aussi digne et sincère Enfant, Qu'il est Grand et Puissant Monarque; Et sa tendresse est une marque Que ce Magnanime Bourbon
50 A le fond parfaitement bon.
Quoy que ce Prince aitTAme triste, Il est vray, pourtant, qu'il assiste, En juste et sage Potentat, Aux Conseils concernant l'Etat,
5 { Et, ny peu, ny point, n'abandonne Les Afaires de sa Couronne:
Mais pour ses divertissemens, La Paume, Chasse et Bàtimens, Depuis que la Reine est malade
60 II a trouvé tout cela fade.
J'obmis aux Vers de l'autre fois, Que ce vraj Modelle des Rois, Qui souhaite avec véhémence Voir achever ce qu'il commence,
65 Avec ((uelques Grands de sa Cour, Examina fort, l'autre-jour.
Son nouveau Bâtiment du Louvre, Où d'heure en heure l'on découvre Le progrés que font les Massons,
70 Et qui doit, en toutes façons, (On le peut dire avec justice) Etre le plus rare Edifice, Et l'Ouvrage le plus parfait Que pas-un Prince ait jamais fait.
7 5 Monsieur Colbert, quel'onscait être Trés-zélé pour le Roy son Maître, Avec son grand entendement.
En hâte fort l'avancement.
Et fournit par chaque semaine,
80 Pour cette entrepnze hautaine, Environ seize mille ècus :
Duquel admirable Locus Le Sieur Le Vau, Noble Architecte, Qui de servir, des mieux, afeae,
85 Et du grand Dessein est Autheur, Est l'Intendant et Directeur ; Ayant mesme aussi l'Intendance Des autres Bàtimens de France, (J'entens parler de ceux du Roy)
90 Où, par tout, il a de l'Emploj.
Mais pour revenir à la Reine, On tient pour choze très-certaine Que nous pouvons, avec raizon, Nous prométre sa guérizon,
95 Car le Ciel touché de nos larmes.
De nos frayeurs, de nos alarmes.
En prenant soin de sa santé.
Fait voir en cette Majesté Mainte marque vraye et réelle loô Que sa fièvre n'est pas mortelle.
Abuzé par de vains discours, J'avois avancé de huit jours.
Dedans mon pénultième Ouvrage, L'Assortiment, ou Mariage,
105 De Monseigneur de Rochefort :
Celuy qui me le dit eut tort ; Car Dimanche fut la journée Où s'accomplit cet Hymenée; Et j'aprens que ledit Seigneur
1 10 Se doit nommer, avec honneur, Et par une clauze précize, Dézormais, Monsieur de Soubize, Titre, de toute antiquité, Aux Cadets Rohans afecté.
1 1 { Le Lundy se fit l'Alliance
D'un autre Couple d'importance, Vallant, tous-deux, leur pézant d'or, Et, tous deux, trés-jeunes encor.
L'un le Duc de Brissac s'apelle, ! 20 Et son Ëpouze est cette belle Qui par-tout a si grand renom.
Fille du Duc de Saint-Simon, Tous-deux de trés-illustre Race; Je n'av point vu l'Epoux en face:
1 2 5 Mais étant jeune comme il est,
Je croy que sa Personne plaît, Et j'aprens du commun langage Que cet aimable Personnage N'est pas seulement amoureux, 1 30 Mais galant, brave et généreux :
Aussj, pour cette Fleur d'élite FaJoit-il beaucoup de mérite ; Et pour être l'heureux Vainqueur D'un si noble et si chaste cœur,
1 3 5 Pour posséder une Pucelle
Si dig[ne, et si bien Demoizelle, Et qui n'a rien que de charmant.
Il faloit un illustre Amant.
Le Roy signa, de grand courage, 140 Ce sortable et beau Mariage, Qui fut aplaudy, tour-à-tour, De tous les plus Grands de la Cour.
Le Père Senaut, cet illustre.
Qui s'est aquis, depuis maint lustre, 14; Le titre de sçavant Autheur, Et d'excellent Prédicateur,
Avril i66}. — Livre XIV. Lettre XV.
Lundy, fut, à sa cp-ande gloire, Par les Preslres de TOratoire, Tous leurs sufrages s'acordant,
I )0 Et Monsieur d'Acqz, y prèzidant, En cérémonie et bel ordre, Déclaré Chef de tout leur Ordre, Autrement, selon le Journal, Le Supérieur Général
1)5 De leur Congrégation sainte, Où Ton a vu toujours emprainte Une admirable piété Dont ils n'ont jamais dézerté.
Certes, cette Assemblée auguste
i6o Fit une élection si juste, Le susdit Senaut choizissant.
Homme dizert et ravissant, Que nôtre Roy dévot et sage, A, roesmes, rendu témoignage
16) Que ce choix notable et sacré Etoit tout-à-fait à son gré.
Monsieur le Comte de Lyonne Que l'on sçait être une Personne Qui par son ^and entendement
170 A du mérite mfiniment, Est receu, d'Etat Secrétaire, Par démission volontaire Et le consentement préfis De ces deux, tant Père, que Fils,
17$ Qu'on nomme Messieurs de Brienne Que le bon Dieu garde et maintienne.
Et lesquels se sont, jadis vus De ce grand Ofice pourvus.
Chacun, maintenant, congratule
iSo Par maint obligeant préambule, Le Sieur de Lyonne susdit, Qui, par tout, a bien du crédit.
Et qui, pour les hautes Afaires, Est un ae nos plus nécessaires.
^^ Je n'ay pas eu jusqu'aujourd'huy.
L'honneur d'être connu de luy.
Mais, comme il est de grand mérite, Nôtre Muze le félicite, (Et, mesme, avec toute candeur)
190 Touchant sa nouvelle Qrandeur.
Pour les nouvelles étrangères Aujourd'huy je n'en diray guéres, Pour n'avancer pas quelque erreur ; Sinon qu'on tient que l'Empereur, 19$ En prétendant au Mariage De la jeune Infante du Tage, Dans sa poursuite a réûssy ; Et de Madrid, l'on mande icy Qu'Icdle luy fiit acordée
200 Presque aussi-tôt ({ue demandée, Sans héziter, ny biaizer; Mais le moyen de refiizer L'afinité, ny l'Alliance D'un Prince de telle importance ?
205 Le grand acùeil qu'on mande icy.
Que Ton a fait dans Annessy,
Et par les chemins, sur sa voye,
A la Princesse de Savoye,
Sans l'exagérer peu, ny point, 210 Etoit galant au dernier point:
Et le respect^ ardeur et zélé,
Que le Duc eut pour cette Belle,
En voyant tant a'apas divers,
Mériteroient bien plus de Vers:
2 1 5 Mais pour mieux sçavoir cette afaire.
Achetez V Extraordinaire
Qu'en en fait le Chef du Bureau, d*Adresse.
Vous le trouverez assez beau.
Comme il est certain que la France 220 A des Autheurs en abondance.
Et que la Cité de Paris
Est florissante en beaux Esprits;
De ce temps une belle Plume
A mis en lumière un Volume, 22 j Imprimé depuis quelques jours.
Contenant d'assez fins discours
Sur des chozes divertissantes.
Et cinquante Lettres galantes.
Ecrites sur divers sujets, 2^0 A quantité de beaux objets.
Quoy que l'Autheur point ne se nomme.
Je le tiens, pourtant, un rare Homme,
Docte, charmant, récréatif.
Et n'est point Autheur Aprentif; 2) ) Je pense que sur le Parnasse
Il est de la sublime Classe,
Ce n'est point, là, son coup-d'essay ;
Et par conjecture je sçay
Que ses Ouvrages non vulgaires 240 Ont bien fait gagner les Lioraires.
Ouand j'indique ce Livre-cy,
c'est, pourtant, par le seul soucy
D'en donner connoissance expresse
A ma curieuze Princesse, 245 Qui se plaît aux Livres nouveaux,
Quand ils passent pour bons et beaux :
Je croy que cetuy se doit lire;
Adieu, je n'ay plus rien à dire.
Fait, malgré certain importun, 250 Au mois d'Avril le vingt-et-un.
La Muze historique. — Avril 166).
LETTRE SEIZIÈME
Du [samedi] vingt-huit Avril.
ORAGEUZE.
Princesse, à ma Muze trés-chére.
Comme Monseigneur vôtre Père Est dans Rouen, indispozé D'un mal que le Rûme a cauzé, 5 Pleine de zélé et de tendresse Pour cette Paternelle Altesse, Vous avez tout soudain été En icelle bonne Cité Pour vos soins et devoirs luj rendre,
10 Et mesmes, sur les lieux atendre, Par un instinc sage et pieux, Que ce Prince se porte mieux.
Cest, donc, à Rouen, 6 Princesse, Que nôtre Muze vous adresse
1 5 Ces Vers François, et non Hébreux, Emanez de mon cerveau creux.
Leur propre et naturelle source; Pour devers-Vous prendre leur cource.
Quand, illec, ils ariveront,
ao ie ne sçay s'ils vous trouveront Dans la tristesse, ou dans la joye.
Mais, enfin, je vous les envoyé.
Le Roy ne cessant de chérir Les beaux Arts qu'il fait refleurir
15 Dans son grand Royaume de France, Concevant fort bien que la Dance, Parmy les Gens les plus polis, Passe pour un des plus jolis A donner la grâce et l'aaresse,
)o Tant au Peuple, qu'à la Noblesse; Qu'elle est le plus doux passe-temps Des Roys qui sont en leur printemps, Qu'elle est, pour avoir l'art de plaire, Aux deux Sexes, très-nécessaire,
} j Qu'elle est plus charmante, cent fois.
Que les Combats, ny les Tournois,
Sui, comme symboles de Guerre, e fontqu'éfaroucher la Terre, Au lieu que les Bals et Balets, 40 Soit qu'ils soient graves, ou folets.
Par leurs justesses délectables,
De la Paix sont les fruits aimables.
Que pour ne point danser à faux, On en doit purger les défaux;
45 £t qu'enfin elle soit si belle
Qu'on n'ait point à mordre sur elle:
Pour ces cauzes, Sa Majesté, De sa suprême Autorité, Prézentement trés-afermie,
50 En a fait une Académie, Qui par son Institution, Avec vérification
De la sage Cour Magistrale, p«ieaeoL Prend le beau Titre de Royale.
5 5 Treize des plus experts Danseurs, Qui des autres seront Censeurs, Iceux ayans le vent en poupe, Compozeront icelle Troupe, Ensuivant leurs bons Instituts,
60 Feront observer ses Statuts, Et, comme des Gens de Collèges, Auront les mesmes Privilèges, Dispenses, droits, gratuitez.
Concessions, immunitez,
6$ Que les Maîtres de la Sculpture, Et ceux aussi, de la Peinture.
Les Maîtres Violons d'icy.
Qui tous ensemble, de cecy, Bien ou mal, se formalizérent,
70 A cet Institut s'opozérent, Faizans un peu les révoltez.
Mais ils s'en virent déboutez.
Et furent contraints de se taire Par un Arét Parlementaire.
7j C'est ce que, dans un sien Ecrit, Un excellent et bel Esprit, Qui sur le mien a quelque empire.
Ira bien exprés prié de dire; Et que cet établissement
80 Après le Roy, directement,
(Dont il reçoit son plus grand lustre) A pour son Protecteur illustre Saint-Aignan, ce charmant Seigneur,
Avril i66}. Livre XIV. Lettre XVI.
Dont on peut dire, avec honneur, 85 Que c'est un des plus magnanimes, Des plus adroits, des plus sublimes, Bref, des plus civils Courtizans Qu'on ait vu depuis deux cens ans.
Cette fièvre, à nos vœux contraire,
90 Cette fièvre trop téméraire, Cette fièvre, qui Tautre-jour, Epouvanta toute la Cour, Tantôt froide, tantôt ardante. Bref, cette fièvre intermitante,
9$ Qui la Reine-Mère assaillit Jusques dedans son propre lit.
Fait encore l'opiniâtre Dans ce Corps plus blancque l'albâtre, Et malgré les soins assidus,
100 Les remèdes bien entendus, Et la capacité profonde Des plus grands Médecins du Monde, Elle n'a point encor quité Icelle illustre Majesté;
105 C'est de chacun et de chacune La croyance, pourtant, commune.
Qu'il iuy faut, dans peu, dénicher De ce Corps si noble et si cher.
Dieu, par sa grâce, nous conserve
110 Cette Sage et Grande Minerve, Dont on dit du bien prés et loin.
Nous en avons encor bezoin.
Le Sieur Marquis de La Fûente, Dont la conduite est fort prudente,
1 1 $ Et dont on tient de bons discours, Est icy depuis quelques jours :
Et comme il est franc Politique, Son Maître le Roy Catholiaue, Pour lequel il a grande araeur,
120 L'a nommé son Ambassadeur En nôtre Cour noble et Royale, Au retour de l'Impériale :
Mais comme au gré de son souhait Son Train n'est pas encore fait,
12$ Jecroy que ledit Personnage Qu'on estime, presque, aussi sage, Qu'étoit, jadis, défunt Cato, West à la Cour qu'incognito.
Ce Prince, à chevelure blonde, 1)0 Un des civils Princes du Monde, Illustre Fils du Roy Danois, Ayant séjourné quelques mois En cette Ville sans-pareille.
Qu'il dizoit être une merveille
I i j Par sa grandeur et ses beautez, A pris congé des Majestez, Et des Princes et des Princesses, Qui par d'éfectives tendresses.
Et, quazy, les larmes aux yeux,
140 Ont receu ses derniers adieux.
On m'a dit que ce jeune Prince Allant de Provmce en Province, Doit repattre encore ses yeux De quantité d'autres beaux lieux;
145 Puis, de France, ira vers le Tibre, Fleuve illustre et de grand calibre.
Et qui, par-tout, a du crédit, Quoy que Saint-Amant en ait dit.
Ne sçachant plus rien d'importance 1 50 Touchant les Nouvelles de France, Je vais, sans crainte des dangers.
Faire un tour chez les Etrangers, Pour tâcher, aujourd'huy, de mettre Quelque choze d'eux dans ma Lettre.
1^5 Le Traité des sieurs Otomans, Avec le Chef des Alemans, S'avance peu, ce dit l'Histoire, Et c'est, quazy, la Mer à boire, Que franchir les dificultez
160 Qui naissent-là des deux cotez.
Les Confédérez de Pologne (Ce m'a dit un certain Yvrogne) N'aimans ny l'honneur, ny la paix.
Font les Diables plus que jamais.
165 D'eux, toutefois, quelques Brigades, Troupes, Régimens, Escouades, Se sont, dit-on, de bonne-foy, Remis dans le Party du Roy :
Et je voudrois que ceux qui restent,
170 Que tous les Gens-de-bien déttstent Comme d'infâmes ennemis.
Fussent, ou pendus, ou soumis.
Pluzieursaizentquecette engeance, Loin d'avoir de la repentance,
175 Tâchent, par Députez exjprés.
D'engager dans leurs intérêts.
Pour fortifier leur audace, L'Empereur Léopolde-Ignace:
Mais bien du monde ne croid pas
1 80 Qu*à de si mal-heureux apas
Que ces mèchans Iuy veulent tendre, Ce Prince se laisse surprendre; Il a le cœur trop glorieux Pour protéger aes furieux,
i8( Et pour ne juger pas frivoles Leur promesses et leurs paroles.
La Muze historiq^ue. — Avril 1665.
De Rome, et de ses Paladins, Qu'aiment fort peu les Citadins, Craignant de Aitures mizéres,
1 90 On ne parle à prézent plus guéres ; Le diférant d'entre-eux et nous Me semble filer assez doux :
Mais, ma-foy, ces Gens de soutane Vont, en vain, piane, piane ;
195 En vain, le prudent Rasponj Est d'instructions bien mun), Pour, avec quelques doléances, Eluder nos justes instances, Et leurs insultes palier,
200 II faut, enfin, s'humilier.
Dedans Londres, Cité Royale, Et d'Angleterre, Capitale, Comminçes, nôtre Ambassadeur, Homme d'esprit et de splendeur,
20 j Sa Suite étant des-mieux parée, Fit une magnifique Entrée, Après quelque-temps de séjour.
Et fut du Peuple, et de la Cour Receu (comme on dit) d'importance,
210 Et comme Ambassadeur de France, Et comme un illustre Seigneur Digne, certes, de tout honneur.
D'autre matière étant stérile, Je revien, donc, en cette Ville,
2 1 5 Où (passez sont neuf ou dix jours) Dans un de nos plus grands faubours.
Cinq gros Bourgeois, à rouges trognes, (La peste soit de tels yvro^es) Entreprirent, un beau matm,
220 De boire demy-muid de vin, Le brave dessein qu'ils firent !
Pour cet éfet, ils se munirent De saucissons en quantité.
De quatre tranches de pâté,
22 $ D'un parfait jambon de Bayonne, Que tout Buveur afectionne ; Item^ pour boire encor plus fort. Un Parmezan, un Roquefort, Dix ou douze andoûilles salées,
2)0 Qui, furent, d'abord, avalées, Trois ou quatre langues de bœuf, Qui(m'a-t^ndit) venoient d'Elbeuf, Vingt bottes de raves nouvelles.
Bref, cinc] livres de mortadelles, 2) 5 Et quantité de gousses d'ail.
De leurs mets, voila le détail :
Mais, pour eux, funeste avanture !
Trois ae ces enfans d'Epicure, Crévans le lendemain, dit-on, 240 Décendirent droit chez Pluton ; Car pour aller en Purgatoire, Ou bien au Paradis de Gloire, L'excez et débauche de vin N'en est nulement le chemin.
245 Niîhetis, Tragédie exquize.
Depuis plus de six mois promize, (Ce m'a dit un certain Mortel) Aujourd'huy, se joue à l'Hôtel, bou On dit Qu'en elle sont enclozes
2J0 Quantité de fort bonnes chozes, On y void de l'esprit galant, Du doux, du fort et du brillant; Et quoy que cette Pièce brille, C'est, pourtant, l'œuvre d'une Fille.
2 j 5 Ce n'est pas un cas fort nouveau
Sue dans le Sexe apellé beau, se trouve de belle Ames, Et que âts Filles et des Femmes, Fassent en des jargons fort nets,
260 Chansons, Madrigaux et Sonnets :
Mais pour des Pièces de Téatre Dont le Peuple soit idolâtre, Mademoizelle Des-Jardins, Dont les Vers ne sont pas grèdins,
265 Mais excellens, à triple étage, A seule ce rare avantage.
Enfin, icelle Niîhetis Plaît, dit-on, à grands et petits, Et des Quidans m'ont fait entendre
270 Qu'elle a des endroits à surprendre.
Princesse, quand vous la verrez.
Mieux qu'aucun, vous en jugerez ; Car entr'autres belles lumières, Entr'autres vertus singulières, 275 Vous possédez parfaitement Le beau don du discernement.
Le vingt huit d'Avril, jour d'orages, J'ay remply de Vers ces trois pages.
de igogin
May 166}. — Livre XIV. Lettre XVII.
LETTRE DIX-SEPTIÉME
Du [samedi] cinq May.
RÉVBUZB.
Comme c'est le bruit de la Ville Oue Monseigneur de Longueville, (Qui se porte un peu mieux, pourtant) Est encore fébricitant,
; Son mal, qui le cœur vous aflige, Ma Princesse, vous oblige Par devoir, tendresse et respec, De demeurer, encore, illec, Pour, au Chef de vôtre Famille,
10 Montrer des soins de bonne Fille, Etre souvent auprès de luy Afin d'adoucir son ennuy, Et quiter fort peu son Balustre, Non plus que son Epouze illustre.
1$ Ainsi, n'étant point à Paris Pour y recevoir les Ecrits
Îue nôtre Muze vous dédie, faut aller en Normandie:
C'est, donc, en iceluy Rouen, 20 Au beau Palais de Saint-Oûen, Que vous aurez par l'ordinaire, Ce mien Travail hebdomadaire.
Dimanche, Monsieur de Nogent, Homme d'esprit et d'entregent,
25 Et qui de son brave courage A rendu cent fois témoignage.
Fiança la belle Lauzon, De fort noble et bonne Maizon, Et Fillend'honneur de la Reine;
)o Puis, le Mardy de la semaine.
Ce Couple, a la Cour fort aimé, Leur cher Hymen a consommé ; Et comme maint et maint orage Ont traversé leur Mariage,
)( Sans doute, l'Epouze et l'Epoux, Joûyssent d'un sort bien plus doux :
Car, en de pareilles conquestes, Ayant surmonté des tempestes, Disgrâces et dificultez,
40 On goûte des félicitez
Bien plus pures et plus charmantes,
Et, par conséquent, plus touchantes.
Ces trois afreuzes Déitez, Fléaux de nos Humanitez,
45 Les Parques, toujours trop sévères.
Nous ont ravy, depuis n'aguéres, Monsieur Saint-Poûanges-Colbert, Homme admirablement expert En l'Intendance de Justice,
50 Dont ilfaizoit, des mieux, l'Ofice Aux Pays par nous conquestez.
Qui par la Paix nous sont restez, Dans ce Climat, ou Colonie, Qu'on nomme Basse-Germanie.
) 5 Comme il étoit saee Oficier, Equitable et grand Justicier, La France perd en sa personne; Il servoit fort bien la Couronne^ Et le Roy qui l'estimoit fort,
60 Eut grand déplaizir de sa mort.
Cette Dame aimable et prudente, Cy-devant la Veuve dolente Du feu Marquis de Richelieu, Est allée aussi devant pieu .
6j La Cour faizoit bien du cas d'elle, Elle avoit l'Ame douce et belle ; Et nonobstant pluzieurs revers Dont dans les trois états divers De Fille, de Femme et de Veuve,
70 Elle fit une rude épreuve, Elle eut toujours de la vertu ; Et son cœur, souvent combatu,
8uoy que le Sort luv fit d'outrage, e manqua jamais de courage.
75 Ses Parens, mais, sur tous, sa Sœur»
Autre Modelle de douceur.
Et qui contient beaucoup de charmes, En ont bien répandu des iarpies :
Et l'on dit que Leurs Majestez 80 Aimans ses bonnes qualitez, Sçavoir Esprit, Bonté, Sagesse,
La Muze historique. May 1663.
L'ont régrétée avec tendresse.
Le Louvre est toujours en émoy Pour la Reine Mère du Roy, 85 Dont la fièvre, un peu trop sévère.
Dans son noble corps persévère :
Mais ses plus granas coups sont ruez, Ses accez sont diminuez, Et, grâce à la Bonté divin^ 90 Encor mieux qu'à la Médecine, On espère sa guérizon.
Pour qui j'ay dit mainte oraizon.
Une pension que me donne Cette Reine obligeante et bonne, 95 (Et j'en prens les Cieux à témoins) Certes, m'allarmoit cent fois moins.
Durant sa plus fi;rande soufrance, Que le bien public de la France, Qui me paroissoit fort lèzé
1 00 Si la Parque en eût dispozé. [ne Dieu nousconserve et nous maintien- Cette Princesse Très-Chrétienne; Je le dis, et redis encor.
C'est dans la France un ^rand trézor,
105 Et la prudence sans égaie
De cette Ame vrayment Royale, Ses charitez, ses piétez, Ses prières et ses bontez Etoient les sources manifestes
110 De cent et cent eraces célestes C^ue Dieu répanait sur l'Etat Pour le remettre en bon état.
Ce Héros de haute naissance.
Ce Héros du beau Sang de France,
1 1 5 Monsieur le Prince de Conty, Dés le mois précédent, party De la Province belle et grande, Où ce sage Prince commande Par l'ordre du Roy son Seigneur,
120 En qualité de Gouverneur, Est de retour en cette ville, Dans son Palais ou Domicilie, Et son aimable Epouze aussy.
Dont le plus assidu soucy
1 2 $ Est d'être charitable et bonne Vers mainte indigente personne^ Ayant, et Monsieur son Epoux, Pour telles Gens le cœur oien doux.
La Cour, avec très-bon vizage,
I jo Receut ce Couple illustre et sage ; Le*Roy, de leur bon portement, Témoigna du contentement, Et congratula ce cher Prince,
De ce qu'en ladite Province 1 3 5 II avoit, avec équité,
Servy des mieux Sa Majesté.
Mady dernier, dans St-Estienne, do h
Selon la pratique ancienne,
Un Nègre de Monopatan, ^{Jj^<*^
140 Mal^ Belzébut et Satan, Madigax
Plein de zèle et ferveur extrême,
Receut sur son chef le Saint-Créme,
C'est-à-dire fut baptizé,
Apnt été catéchizé.
145 Saint- Pol, ce jeune et sage Comte,
Dont, par-tout, cent biens on raconte,
Et duquel pour bien l'exalter,
On n'en sçauroit trop raconter.
Avec certaine Demoizelle Mademo??
.1 50 Jeune, prude, discrette et belle, ^^^"'
Et Sœur du Duc de Richelieu,
Se trouvant exprez audit Lieu,
Tous-deux, de concert, l'amenèrent.
Et, ce dit-on, le prèzentérent 1 5 5 A Monsieur l'Evesque Du-Puy,
Qui, prenant un grand soin de luy,
Exorta ce Catécuméne
De vivre bien à la Romaine,
Et profiter chrestiennement 1 60 De ce mystique Sacrement,
Qui par sa divine excellence
Le remétoit dans l'innocence.
Après cette solennité
Un beau Te Deum fut chanté 165 Avec les Or^es et Muzique,
Et l'aclamation publique;
Ensuite, l'Evesque prêcha,
Qui quantité de cœurs toucha.
Parlant d'une rare manière 1 70 Sur icelle grande matière :
Après la Prédication
On fit une Procession,
Et c'est par-là que fut finie
Cette sainte cérémonie.
1 7 5 J'avoue, 6 Lecteur, mon amy.
Que je ne parle qu'à demy
De cette action baptismale
Qui pour le Ciel fut un régale,
(Etant grande Feste en ce Lieu 180 Lors que l'oncagne une Ame à Dieu
Mais quand d une semblable afaire
On n'est point témoin oculaire.
On n'en peut jazer autrement
Que superficiellement, 185 De sorte Que quand je m'abuze
Cecy me doit servir d'excuze.
May i66j. — Livre XIV. Lettre XVII.
Je ne sçaj rien de pozitif De Rome, et du préparatif Qu'elle fait, dit-on, pour la guerre,
190 Où ne prendrapoint part Saint-Pierre:
Ce n'est pas à luy qu'on en veut ; Et j'assure, autant qu'il se peut.
Que nous sommes fort bons Papistes, Nais non pas Impérialistes :
195 Lecteurs, de peur de manquer.
Gardez-vous bien d'équivoquer.
Fièvre, fluxion et colique.
Ont du sage Roy Catholique
Ataqué la chère santé, 200 Mais tous iceux maux l'ont quité,
Ayans respect pour sa vieillesse.
Et n'a plus qu'un peu de foiblesse.
Son som est, dit-on, sa nségal
Pour ataquer le Portugal, 205 Et de pousser, illec, la guerre
Tant par la Mer, que par la Terre ;
Mais rennemy, de son côté,
Ayant la mesme activité.
On doute si cette Campagne 2:0 Sera pour Lisbone, ou l'Espagne.
Ce n'est pas de mesme à Thurin, De guene on n'y parle un seul brin.
Mais de muziques, de dépences, De pompes, de magnificences, 215 Pour, dans cette Principauté, Recevoir la jeune Beauté Que de ce Royaume on envoyé Régner dans la Cour de Savoye.
Le Sei^eur Stephano Marj, 220 Des Génois grandement chérj Pour sa naissance et sa Noblesse, Aussi bien que pour sa sagesse, Put, d*un commun consentement.
Avec grand aplaudissement.
En suivant leur mode autentique, Elû Duc de leur République, Dés le douze du dernier mois :
Et comme ce Noble Génois Est juste autant qu'il est habile, On espère en icelle Ville Qu'il agira fort prudemment Durant tout son Gouvernement; Gouvernement fort honorable.
Mais qui n'est pas long-temps durable.
L'acord de l'Aigle et du Croissant, Parolt toujours embarassant; Et les Gens qui de leurs afaires Sont les Plénipotentiaires, Sçavent bien 1 art de contester, 240 Mais non pas celuy d'apointer.
Ces abominables Modelles De Rebelles et d'Infidelles, Les Polonois Confédérez, Paroissent toujours altérez
245 Du sac de leurs compatriotes.
Et continùans leurs riotes Font, à toute-heure, en impudens, Naître de nouveaux accidens.
Pour éluder ou Paix, ou Trêve,
250 Dont, de dépit, contr'eux, je crève ; Car, plus qu'aucun de l'Univers, J'ay toujours hay les pervers.
Princesse, adieu, je vous souhaite De faire icy, bien-tôt, retraite :
2 $ 5 Car ce seroit un préjugé Que vôtre Papa àéçagé Du fâcheux mal qui le travaille, N'auroit plus avec luy bataille.
Fait, en rêvant et niaizant, 260 Le cinq de May, jour déplaizant.
La Muze historique. — May i66).
LETTRE DIX-HUITIÉME
Du [samedi] douze May.