‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 11 sur 84 · SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

SPÉCULATIVE

Princesse, complimens à part.

Voyant qu'il est déjà bien tard, Je vais commencer ma Missive^ Soyez, s'il vous plaît, atcntive.

5 Icy, durant deux ou trois jours, Dans la Ville et dans les Fauz-bours, On fit mille réjouissances, Par feux, canons, cadeaux et dances.

Pour l'heureux retour des santez

10 De toutes les trois Majestez ; En fiiveur de cette nouvelle Chacun fit voir très-bien du zélé.

Les uns plus, et les autres moins :

liais ceux dont la joye et les soins

I j Par un éclatant témoignage Parurent, dit-on, davantage.

Furent Madame de Brancas, Dont à la Cour on fait grand cas, De Monsieur de Colbert, la Femme,

20 Autre excellente et sage Dame; De plus. Madame de Beauvais, Digne qu'on la nomme, à jamais Dans le Louvre, entre les Femelles, Une des plus spirituelles.

25 Ces trois Dames, donc, que je dis, (Vray comme il est un Paradis) Avec des ferveurs sans-pareilles, Firent toutes trois des merveilles, Et chacune, séparément,

30 Témoigna son contentement Par d'agréables harmonies, Par feux et flftmes infinies, Q»^ dantla nuit, rendoient les airs Toitt-à*<ait radieux et clairs,

3{ Excitans par leur allégresse A banir chagrin et tristesse.

Et des muids de vin défonçans, Pour faire boire à tous passans Lesdites santez d'importance,

40 Si prédeuzes à la France.

Pour pareille et semblable fin.

La Cour de Monsieur le Daufin Où Madame la Gouvernante Est absolument dominante,

45 Environ dix jours il y-a.

Fit aussi, mirabilia:

Bref, cette Feste solennelle Fut, dans Paris, universelle :

Mais étant ce soir-là boiteux

50 D'une jambe, et non pas de deux.

Je n'allay point de Place en Place, Voir les feux de la Populace, Ny ceux de pluzieurs Magistrats, Des Marchands de sove et de draps,

5 5 Des Communautez, dfes Collèges, Des lieux où l'on fait des Manèges, Ny des Hâtels de qualité Dont abonde cette Cité.

Je n'allay point, pour voir des Belles,

60 En cent lieux jouer des prunelles.

Et les lorgner d'un œil glouton ; Je demeuray dans mon Canton, Qui, certes, contient des Vizages Dignes de vœux, dignes d'hommages,

65 Et, tout-de-bon, aussi charmans, Qu'il en soit d'icy jusqu'au Mans.

On m'a dit que la Rdne-Mére A ressenty, depuis n'aguére, De fièvre, encor, quelque retour :

70 Mais j'ay sceu de Gens de la Cour, Que de cette dernière atainte Les Médecins ont peu de crainte.

Le bruit est venu jusqu'à moy,

Sue, par un ordre exprés du Roy, bnsieur Colbert, qui du Royaume Est réputé grand Econome, A pris dans le Royal Trézor Quantité de bons Loûis-d'or, Pour donner, non pas à des Rustres, 80 Mais à tout plein de Gens illustres.

Qui sont Courtizans des Neuf-Sœurs,

Madame

de Montozier.

La Muze HiSTORK^UB. — Juin 1663.

Et des Lettres hauts Professeurs; Et, ce que j'y voy d'importance.

Non seulement à ceux ae France,

85 Mais aux Etrangers et Forains Dépendans d'autres Souverains ; Tels prézens rendent témoignage Que le Roy généreux et sage, Du Grand Auguste imitateur,

90 Des Sciences est Amateur ; Et c'est en ce jeune Monarque Une excellente et belle marque, Que sous son régne on doit encor Voir refleurir le Siècle d'or.

9{ Apréhendant de me méprendre.

Je n ozerois quazi prétendre A la eloire de ces oeaux dons Qui ou sçavoir sont les guerdons.

Hélas ! mon infortune est telle, 100 Que je n'ay pas dans la cervelle Du Latin et du Grec, à tas, Et ne suis point un Sçavantas, A ce grand Nom, point je n'aspire.

Mais, toutefois, j'ozerois dire 105 Que mts Relations en Vers,

Font quelque bruit dans l'Univers.

La chère Femme d'un Ministre, Par une avanture sinistre.

Raillant assez impudemment

1 10 La Feste du Saint-Sacrement, Pour châtiment de son audace.

Creva, ce dit-on, sur la place.

Lors qu'en grande dévotion On faizoit la Procession

1 1 { D'une manière sainte et grave.

Le dernier Jeudy de l'Octave.

Un billet, de Belesme écrit, L'autre-jour, un tel cas m'aprit :

Mais comme celuy qui l'exprime

1 20 S'érige en Autheur Anonime, Faute de plus grande clairté.

Je laisse entière liberté A ceux qui liront cette Histoire De la croire, ou ne la pas croire.

125 Le Saint-Père, plus que jamais.

Lève des Soldats à grands frais :

Mais on ne sçait pas bien s'il arme Contre France, Modéne, et Parme, Ou s'il se rend ainsi puissant

I )0 Pour contrecarer le Croissant, Autrement le Turc sanguinaire, Qui de la Croix est aversaire. Si le Pape a dedans son sein

Médité ce dernier dessein, 1 3 5 (Comme bien du monde Tespére) Il est très-digne d'un Saint-Père, Et j'en serois ravy pour luy ; Car, à parler net aujourd'huy, Le croyant débonnaire et sage 140 Tout autrement que son Lignage, (J'en parie avec sincérité) J'aimay toujours Sa Sainteté D'une ame docile et soûmize.

Mais, encor plus qu'Elle, l'Êglize.

145 L'Empereur et le Grand-Seigneur, (Selon certain Homme-d'honneur Qui telle choze point n'ignore) Ne sont pas bons amis encore.

L'Empereur souhaiteroit fort,

150 A ce qu'on dit, d'être d'acord :

Mais du Divan la politique Semble à cela faire la nique.

Et contestant sur chaque point, Lèopold ne sçait encor point,

1 5 5 Quoy qu'il imagine, ou médite.

Queue en sera la réussite.

De Venize, les Chefs prudents Montrent aux Turcs toujours les dents, Ayans encor par leur adresse 160 Pris sur eux une forteresse.

Et brûlé quelques Brigantins, Sur qui des Corsaires mutins Incommodent fort le commerce Que vers le Levant on exerce.

16 j La Castille et le Portugal,

S'entre-voulant toujours du mal, A camp ouvert, ou par surprizes. Sont tous prêts d'en venir aux prizes ; Mais pour de grands maux éviter 1 70 11b feroient mieux de s'apointer.

On dit ()ue le Roy de Pologne, Qui n'a point de pire bezogne Qu'à dompter les Confédérez, (Jui sont ses Ennemis jurez

1 7 5 Depuis des mois,vinfi;t,ou vingt-quatre,

Se veut rézoudre à Tes combatre; Et je souhaite, de bon cœur, Qu il en puisse rester vainqueur.

Tout le Royaume Britanique 180 Est, dit-on, assez pacifique ; Et, de Londres, le Parlement Ne s'ocupe, prézentement^

Juin 166). — Livre XIV. Lettre XXII.

Dans ses Séances ordinaires Qu'à régler quantité d'afaires.

185 En Piémont, tout se réjouît, Et le Souverain y jouit D'une allégresse sans ^ale Avec son Epouze Roya^, A laquelle, de jour en jour,

1 90 II donne cent preuves d'amour, Par des chasses, des promenades, Des cadeaux et des sérénades.

Des Danois et des Suédois, Des Flamans et des Hoiandois,

195 Je n'ay maintenant rien à dire :

Ainsi, pour achever d'écrire Ma Lettre en Vers du prézent jour, Je revien à Paris un tour, A Paris, l'admirable Ville,

200 Où j'av fixé mon domicilie.

Dans lequel^ après mon essor, Je vais faire un article encor.

Le Sçavant de la Ménardiére, Depuis cinq jours est dans la bière,

20 $ Son esprit docte et relevé

Du trépas ne l'a point sauvé ; Cloton ne l'a respecté mie Pour être de l'Académie, Dont l'illustre Seguier est Chef, 210 Que Dieu garde de tout méchef, [mes Comme étant un des plus grands Hom- Du siècle où maintenant nous sommes.

Enfin, le Trépassé susdit Qui fut à la Cour en crédit,

21 ) Se servant des belles lumières

Aux rares Esprits coûtumiéres.

Vers le déclin de ses beaux jours Tenoit de si sages discours Touchant les vanitez mondaines, 220 Touchant les foiblesses humaines.

Et le culte qu'en ce bas lieu Les Mortels doivent rendre à Dieu, Qu'on ne peut, sans être un peu rude, Douter de sa béatitude.

Beaux Esprits qui le survivez, Si quelque dézir vous avez D'aHer en la Gloire étemelle.

Profitez d'une fin si belle, Et songez Qu'aux derniers momens

230 On a de si nauts sentimens.

Et des connoissances si pures A l'éçard des chozes futures.

Que Te plus assuré moyen De devenir Homme-de-bien,

2)5 Et la plus utile science

Pour purger nôtre conscience Des vices, en nous adhérans.

C'est de consulter les Mourans.

Lecteurs chers et bénévoles,

240 Je sçaj que ces miennes paroles Sont impropres pour réjouir.

Et vôtre rate épanouir :

Mais il sort souvent de ma plume Par bonne ou mauvaize coutume,

245 (En faizant des Relations) De semblables reflexions :

Et quoy que mes Rymes aizées Excitent par-fois des rizées A quiconque les va lizant,

250 Je suis plus moral que plaizant.

Si cette Missive est plus grave Que charmante, gaye et suave, Altesse, quand vous la lirez, S'il vous plaît, vous excuzerez 2 5 5 Sa trop ngide contexture,

Humblement, je vous en conjure.

Le neuf de Juin, fait et broché.

Une heure avant Soleil couché.

APOSTILE.

Prenez la peine encor de lire 260 Qu'aujourd'huy le Roy nôtre Sire, De Versailles est de retour.

Et qu'au Louvre est toute la Cour, Ou Dieu les conserve et bénisse.

Et soit à leurs souhaits propice.

La Muze historiqub. Juin i66).

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