PITOYABLE
Noble Sujet de mes soucis.
Illustre Objet de mes Récits, Précieux But de mes hommages, Gloire de mes divers Ouvrages, Haute Duchesse de Nemours, Je m'en vais entrer en discours, Je vais laisser couler ma veine, Comme je fais chaque semaine, Pour vous fournir quelque entretien; 10 Ecoutez si je diray oien.
Commençons par la Reine-Mére, Q^ue vôtre Altesse aime et révère.
Dont la rechute, Tautre-jour, Fit encore trembler la Cour;
1 { Cette Princesse prude et bonne
Est beaucoup mieux de sa Personne, Et ne reste à Sa Majesté Qu'une grande débilité, Pour avoir, durant sept semaines, 20 Soufert bien des maux et des peines:
Puissions-nous bien-tât, sans danger, La voir agir, boire et manger; Voila, tout-de-bon, ou je meure.
Mon plus grand souhait d'à cette heure:
2 5 Outre que sa chère santé
Nous maintient en tranquilité, Outre l'afection fidelle Que toute la France a pour Elle, Outre l'éfet de ses bontez,
30 Qui paroissent de tous c6tez, Mon propre intérêt me convie A luy dézirer longue vie :
Comme elle fit toujours état, De mon zélé au bien de l'Etat,
) 5 De temps en temps sa main Royale A paru vers-moy libérale ; Et j'oze dire, mesmement, Par un juste pressentiment.
Que de nôtre Muze Historique Elle est, en Cour, l'Amie unique :
Mais ce nom est trop glorieux,
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Et, sans doute, je feray mieux, Par un plus modeste caprice, De dire seule Bien-faictrice.
45 * Sans éluder ce mien discours, J'ay, pourtant, depuis quatre jours, Receu quelque marque nouvelle D'une Ame génèreuze et belle, Qui m'a, par sa profuzion,
{0 Acablé de confuzion,
Qui m'a, pour quelque circonstance, Fait voir tant de reconnoissance.
Que je ne sçaurois, dignement.
En montrer mon ressentiment.
j 5 Elle n'est Princesse, ny Reine; Mais c'est une choze certaine »u'au eré, mesmes, des Majestez, lie a de rares qualitez.
Je voudrois, de toute mon ame,
60 Dire le nom d'icelle Dame, Mais je ne puis prézentement N'ayant pas son consentement.
Mardy, Monsieur de la Valliére, Marquis, de vertu singulière,
65 Et Frère d'une illustre Sœur, Par l'Hymen se vid Possesseur, D'une Demoizelle Bretonne, Fort jeune et fort riche Personne, Fille de bonne Extraction,
70 De rang et de Condition :
Ainsi, oans la belle Alliance De ces deux Partis, de Naissance, On voit ce qu'on peut dézirer Pour au Monde bien prospérer :
75 La grâce, l'amour, la jeunesse, Laraveur, l'honneur, la Noblesse, Et d'autres rares aualitez, Y paroissent des deux cotez; L'Epouze est la vraye héritière
80 De la succession entière
D'une Maizon, où sont compris Des biens d'inestimable prix :
Juin i66}. — Livre XIV. Lettre XXIIL
L'Epoux est Homme de courage, Est bien fait, généreux et sase,
S) Est plein de constance et de foy, Et fort bien auprès de son Roj:
Bref, toutes ces chozes ensemble Font un bel éfet^ ce me semble, Et cent mille autres amoureux
90 Pouroient, à moins, se dire heureux.
Ce fut en ce saint Monastère, Qu'entre pluzieurs je considère, Que Ton nomme l'Assomption, Qu'en toute circonspection,
93 Qu'en belle et noble Compagnie Fut £ute la cérémonie (Nôtre Monarque y consentant) De ce Mariage important, Par un Prélat digne d'estime^
100 Et qui d'une vertu sublime Est vray professeur, ce dit-on, Sçavoir Monseigneur de Léon, Diocèze fort catholique, Dans le climat de l'Armorique.
10) NAtre Monarque sans-pareil, L'autre-jour, en noble apareil, Dans un lieu de grande étendue, Fit la générale Revue De ses Troupes de Mousquetons,
1 10 Tant à cheval, que Piétons,
Tous bien instruits au fait des Armes, Des Chevaux-légers, des Gensdarmes, Des Gardes de Sa Majesté En assez bonne quantité, Uç^m Dçj Régimens François et Suisses, i^'iti. Tous capables de grands services, Et, tous, les armes sur le dos, Tant les François, que les Hardos, Lesquels il fit, vaille-que-vaille,
120 Ranger dans la Plaine, en bataille, Sçacoant mieux que les feus Cézars, Le jglorieux Métier de Mars, [tesse, Maint Duc, maint Comte, mainte Al- Avec très-bien de la Noblesse,
12^ Dames, et Bourgeois curieux.
Allèrent, aussy, sur les lieux.
Pour voir l'agréable Exercice De cette Royale Milice.
Monsieur le duc de Mekiebour,
>)0 Dont on fiait grand cas à la Cour, Etant Prince de haut parage, Et dont le brillant équipage Est très-superbe, en vérité.
Suivit, illec, Sa Majesté,
»)^ Et fut ravy, je vous proteste,
De voir un Camp-volant si leste, Qui, selon les ordres du Roy, En un fort bellioueux aroy.
Fit tout ce que I Art militaire 1 40 En telle ocazion peut faire.
Un Adolècent de la Cour, M'a conté que le mesme jour, Monsieur le Cardinal Antoine, Qui dans le sacré Patrimoine
145 De feu Saint-Pierre a bonne part.
Et que le bon Dieu sauve et gard, Allant faire une promenade Dans ce beau Village, ou Bourgade, Qu'on nomme proprement Arcuéil,
1 50 Y receut un riant acuëil.
Dans une Maizon de plaizance, Ayant des eaux en abondance.
Et dont est Patron et Seigneur Le Sieur Moran, Homme d'honneur;
1 5 5 Auquel lieu, Du-Val, le Beau-frère Dudit Moran Propriétére, (Pour en tel cas se signaler) Eut l'honneur de le régaler On m'a dit que cette Eminence
1 60 Admira cette Rèzidence,
Qui contient maint rare Ornement, Et qu'il dit, pozitivement, Que l'Italie avoit, à peine, (Quoy que de cent merveilles pleine)
165 Un Lieu si charmant et si beau.
Et, principalement, pour l'Eau.
Tout ce qu'en ce lieu je récite De la rèzidence susdite, N'est que sur le raport d'autruy,
170 Et je fais dessein, aujourd'huy.
D'y faire, un jour, quelque voyage Pour mieux en rendre témoignage.
Madame d'Espemon-Roùillac, De Caron a passé le Bac,
175 Ou, pour parler d'une manière Plus chrétienne et plus familière.
Elle a dit aux Monaains, adieu, Et rendu sa belle ame à Dieu.
Elle étoit assez jeune encore ;
180 Mais ce monstre qui tout dévore.
Qu'on nomme la Parque, ou la Mort, Ivèpargne ny foible, ny fort, Ne respecte Femmes, ny Filles, Ny Capitaines, ny Soudrilles,
185 Ny vertueux, ny vicieux,
Bref, ny les jeunes, ny les vieux.
Quoy qu'elle fut d'un rang sublime,
La Muze historique. — Juin 1663.
Son corps ètoit trés-cacochiroe, Et les Eaux chaudes de Bourbon 190 (Remède, d'ailleurs, assez bon) Ne purent prolonger la trame Des jours d'icelle noble Dame.
Tous ces Personnages prudens, Ambassadeurs, ou Rézidens
195 Des Républiques, Roys et Princes, Et les Députez des Provinces Ont nôtre Roy complimenté Sur le retour de sa santé ; Et la mesme choze on espère
200 Bien-t6t, touchant la Reme-Mére, Dont Dieu, nôtre unioue recours, Veuille prolonger les beaux jours.
J'ay sceu d'une Ame sage et bonne.
Que dans la Ville de Narbonne 205 Des Juifs, en quelque quantité,
Habitans ladite Cité,
Instruits par un bon Catéchisme,
Ont abjuré le Judaïsme,
El renonçans, de bonne-foy, 2 1 Tant à leurs Rabins, qu'à leur Loy,
Ont été dans la Ville mesme
Régénérez par le Baptesme
Avec grande solennité,
Et Te-Deum y fut chanté 2 1 5 Par des allégresses publiques,
Dans les Temples des Catholiques.
Avec nôtre ordinaire soin,
Faizons un tour encor plus loin, Pour rendre un petit plus complette 223 Nôtre Epître, Lettre, ou Gazette.
Selon les avis de Madrid, Qui partent d'un galant Esprit, Les Portugais ont receu niche Par les armes de Jean d'Autriche,
2 2 ^ Ecorne, insulte, et cetera^ Prés de la ville d'Evora, Et que, mesme, ils ont pris icelle, Mais suspendons cette nouvelle Sans en faire trop mention,
2;o Jusqu'à la confirmation.
Touchant les Afaires de Rome, Ma-foy, je consens qu'on m'assomme, Si par Lettres, ou par discours, J'en ay rien sceu depuis huit jours;
2 3 5 Ny, mesmes, de la Conférence, Où l'on essaye, avec prudence.
D'obliger Messieurs les Romains De nous être un peu plus humains.
Et de ne dresser plus de piège
243 Aux meilleurs Amis du Saint*Siége.
Grande Princesse, item, c'est tout, De ma Lettre voicy le bout, Regardez-là d'un air afable.
Elle me semble pitoyable.
24^ Fait, sans duper, piper, tromper, Le seize Juin avant souper.
LETRE VINT-QUATRIÉME
Du [samedi] vingt-trois Juin.
RAIZONNÉE.
L'Astre sous lequel je suis nay, Dés long temps m'ayant destiné A vous rendre, de mes Ouvrages Tous les huit jours d'humbles homma- 5 Suivant mes ordinaires soins, [g;es, Voicy trois cens Vers, plus, ou moins, Que nôtre Muze vous apreste, Pour demain qu'il est bonne Feste.
Quand, donc, vous aurez prié Dieu
I o Dans quelque dévot et saint Lieu, Vous pourez, à toute avanture.
S'il vous plaît en faire lecture :
Mais comme mon entendement A du chagrin prèzentement,
1 5 Princesse, pour oui mon génie Remply d'une ardeur infinie, A fait plus de Vers et de vœux.
Que ma teste n'a de cheveux,
Juin i66}. — Livre XIV. Lettre XXIV.
Je crains que les lignes suivantes 20 Ne soient pas trop divertissantes.
Le sujet du chagrin'^que j'ay.
Dont tout le Louvre est afligé, Est que le Destin trop sévère Tient encore la Reine-Mére
25 Dans une sorte de langueur Qui nous martirize le cœur :
Ainsi, Vous, 6 Peuples de France, Qui pour Elle avez bienveillance, (Et, certes, pour bien des raizons)
;o Recommencez vos Oraizons, Et par des soins purs et sincères Adressez à Dieu des prières Pour en obtenir la santé De cette illustre Majesté.
] 5 On croid bien, pour choze assurée, Qu'elle n'est pas dézespérée, Le Ciel seroit trop rigoureux, (Et nous serions trop malheureux) Mais, las P cette Reine charmante
40 Depuis deux mois est languissante; La Cour se void, à tout moment, Dans un grand atendrissement Pour ses maux et peines extresmes ; Et je croy que les Anges mesmes
4( Ne sont pas, au Ciel, trop contens De la voir soufrir si long-temps.
Monsieur le Duc a la Rougeole ; Mais ce qui fait qu'on s'en console, La Rougeole est un mal léger^ (0 Qui d'ordinaire est passager :
Ainsi, l'on croid que la jeunesse De cette illustre et chère Altesse Le métra bien-tôt en état De ne plus alarmer l'Etat.
($ Madame d'Elbeuf, Douairière, A senty l'atainte meurtrière D'AtropoSy qui trempe ses mains Dans le sang de tous les Humains :
Elle avoit toute la sagesse
60 Que peut avoir une Princesse, Efie avoit toute la Vertu Que Princesse» jamais, ait eu :
De plus, elle avoit pris naissance ir f i / . D'unde nos plus Grands Roy s de Fran-
6^ Et (f une très-rare Beauté, [ce,
Qui régna sur la Royauté, Et oui, sans une mort soudaine Avoit qudque espoir d'être Reine.
Enfin, cette Dame d'Elbeuf,
70 Mize dans un Cercueil tout neuf, ' Est, maintenant, en sépulture, Centre de toute créature, Et dont, par de fatales Loîx, Ny Princes, ny Papes, ny Rois,
75 Malgré toute leur opulence.
Ne peuvent avoir de dispence.
Outre trois Princes généreux, Dignes d'être tous trois heureux, Etans tous trois pleins de mérite,
80 Fils de la Princesse susdite.
Cette Dame nous laisse encor Un aimable et charmant Trézor, Sçavoir une Fille fort belle.
Des vertus le brillant modelle,
8j Pleine d'esprit et d'agrément.
Et qui mérite infiniment.
Dont la douleur doit être amére De n'avoir plus Père, ny Mère ; Mais le Ciel, sans doute, et la Cour,
90 L'honneur, les Grâces et l'Amour, Et les Princes de sa Lignée, Prendront soin de sa destinée.
Le jour étant bien avancé,
De Dimanche dernier passé, 9j Le Cœur du Duc de Longueville,
Dont Atropos, Paroue indocile,
A trop-tôt finy les destins,
Fut porté dans les Cèlestins,
Et mis, avec cérémonie, 100 En triste et grande Compagnie,
Au Tombeau des Comtes Dunois,
Dêcendus des Orléanois:
Plus de quarante Gentils-hommes,
Et,du moins, autant d'autres hommes, 105 Tous Serviteurs de sa Maizon,
(Comme c'êtoit bien la raizon)
Jusqu'en ce lieu le conduizirent,
Et pluzieurs fois encor gémirent,
Ayans tous, chacun en son rang, 1 10 Lliabit noir et le cierge blanc,
Comme en un dûeil de conséquence.
Et tous dans un morne silence.
Le Père Prieur du Convent, ctn^al
Dont on m'a dit du bien, souvent, *"'**** 1 1 5 Assisté de tous ses Confrères,
Qu'on estime bons et sincères.
Et fort sages Religieux,
Receut, presque, Ta larme aux yeux,
Comme un dépôt et pieux gage 1 20 Le Cœur de ce grand Personnage,
Pour lequel encore je dis
Assez souvent De profundis.
La Muze HiSTORii^UB. — Juin 166).
Mardy dix-neuf du mois, la Reine, Etant, Dieu-mercY, gaye et saine,
125 Fut à Saint-Cloudy dans un Vaisseau, Oui flotant au courant de Teau, Charmoit Tun et l'autre rivage Par son éclatant équipage.
Monsieur, Madame d'Orléans,
1)0 Etoient, aussy, tous-deux, iéans.
Et ce Vaisseau, qu'on nomme Berge, Sur qui, jamais, on ne submerge, Et un prézent dont a fait choix Le généreux Roy des Anglois,
1 3 5 Afin d'en régaler Madame, Qu'il aime de toute son ame.
Léger et beau, s'il en fut, onc.
Ce Vaisseau les conduizit, donc, A Saint-Cloud, ce Lieu de plaizance,
1 40 Maizon des plus rares de France, Et du plus bel extérieur.
Par les soins qu'en a pris Monsieur, Qui dans ce Paradis cnampètre Fît, ce jour-là, si bien parétre
145 Sa noble somptûozité A cette jeune Majesté, Par un Banquet à maint service, Et par de beaux Feux d'artifice.
Que la Reine, certainement,
1 50 En receut çrand contentement, Et jugea bien aue ce Régale Sentoit fort l'Altesse Royale.
Le Roy, mesmement, invité En ce Lieu de félicité,
155 Y fut aussi dans sa Calèche, Qui va vite comme une flèche, Et rendant ses esprits contens, Y prit bien sa part du bon-temps.
Mercredy, si je ne me trompe, 1 60 On fit crier à son de trompe Et point du tout à son de Cor, Le décry des Passemens d'or.
Des gances, boutons et dentelles,[Ies, Tant aux Monsieurs, qu'aux Demoisel-
16 j Et je vous proteste ma-foy,
Que j'en aime encor mieux le Roy.
De long-temps ne s'est fait en France De si nécessaire Ordonnance:
Et, certes, l'on abuzoit tant 1 70 De cet ornement éclatant.
Que j'ay vu, mesme, une Fripière S'en parer devant et derrière, J'ay vu des Valets arogans Presque tous couvers de clinquans,
1 7 5 J'ay vu quelques Marchands de Livres
En avoir pour deux cens vingt livres J'ay vu, mesmes, des Pousse-cus, En porter jusqu'à trente écus, Et des Chambrillons un peu folles, 180 Jusques à cina ou six pistoles.
Enfin, foj ae pauvre Mortel, Le luxe ètoit devenu tel, Qu'à tout Homme un peu raizonnable Il en ètoit insuportable.
1 8 j Depuis trois jours j'ay cent fois dit
Dieu bénisse ce juste Edit, Qui défend parure dorée, Mais il faut qu'il soit de durée.
Les Turcs ont le cœur fort pantois, 190 De ce que Messieurs les Maltois, Par une ardeur toute vaillante.
Après une ataque sanglante, Après un combat contesté Bravement de chaque côté,
19 j Ont pris sur eux deux Nefs garnies
De marchandizes infinies, Et de tout plein d'argent comptant.
Que pour un Tribut important On portoit dans Constantinople,
200 Ou, peut-être, dans Andrinople, Où le Grand-Seigneur ètoit lors, Atendant les susdits Trézors, Et faizant par mer et par terre De grands préparatifs de guerre,
20 j Pour, en toute férocité.
Guerroyer dans la Chrétienté.
Certes, il faut que Ton exalte Messieurs les Chevaliers de Malte, Dont les courses et la valeur
210 Luy cauzent souvent du mal-heur, Enafoiblissant sa puissance.
En luy prenant nefs et finance :
Et l'on peut dire, en vérité, Que leur hardie activité
2 1 j En fait de guerre et de marine.
Est aux Turcs une étrange épine.
Comme d'Alger les Ecumeurs Tous Gens d'assez mauvaizes mœurs, D'une fureur déterminée
220 Courent la Méditerranée,
Comblans de crainte et de chagrins Les Marchands et les Pèlerins ; J'ay depuis deux jours oûy dire Que par ordre de nôtre Sire,
225 Le Duc de Beaufort doit aller Les combatre et les débeller :
On luy prépare en diligence
Juin i66). — Livre XIV. Lettre XXV.
Des galères dans la Provence ; Ayant pris congé de la Cour
2^0 II s'y doit rendre au premier jour :
Et comme il a bien au courage, S'il les atrape en quelque Plage, Ou, mesmement, en pleine Mer, On auroit droit de prézumer
2; s Que ses Troupes toutes guerrières Leur pouroient tailler des croupières.
On m'a dit (^ue le Sieur Géfroy, Un des Domestiques du Roy, (Choze, hélas ! qui n'est que trop vraye)
240 Est mart dans Saint Germain en Laye^ Dont pluzieurs Grands ont soupiré, Et Quelques-uns en ont pleuré.
Il fut doux, il eut Tame bonne, Il n'ètoit hay de personne,
24) Son esprit étoit ezcélent, De plus, il eut ce cher Talent Que pour faire extrêmement rire, Les Reines, le Roy nôtre Sire, Et la plus-part des Courtizans,
2 (0 II passoit tous les plus plaizans ; Encor qu'il eut l'air un peu triste, C'êtoit un merveilleux Copiste, Qu'on voyoit avec jugement Reprézenter naïvement
2 5 5 (Aussi bien les fous que les sages) Toutes sortes de Personnages.
Ce défunt a toujours été D'assez petite qualité.
Mais je cro^ aue la cour de France
260 Dont il avoit la bienveillance.
Maint Duc, Marquis et grand Seigneur Me sçauront bon gré oe l'honneur Que )e luy rens dans mon Histoire Pour étemizer sa mémoire,
265 Et de voir, icy, son nom mis ; Puis, d'ailleurs, nous étions amis.
Princesse^ il faut que je finisse, Je vais voir le Feu d artifice.
Fait la veille de la Saint-Jean, 270 Par moy, natif de Carentan.
LETRE VINT-CINQ UIÉME
Du [samedi] trentième Juin.