FAVORABLE
Quand ma raizon et mon devoir, Tout-à-coup, me font assavoir Qu'il est temps que je versifie.
Et qu'il faut que je sacrifie A la Princesse que je sers Un assez grand nombre de Vers, Un glaçon, plutôt qu'une flâme.
S'empare, aussi-tôt, de mon ame; Car n ayant rien de préparé Pour former le moindre narré.
Etant dépourvu de pensées, Et de fleurettes ramassées Dans le centre de mon cerveau, Pour en faire un tissu nouveau.
Je m'inquiète et me dépite.
Dans le sein le coeur me palpite, Bref, je suis (Dieux ! le croiroit-on) Etourdy comme un haneton.
Voila, sans hiperbole, ou feinte,
20 Mon humeur, d'à-prèzent dépeinte ; Et, presque, tous les Vendredis, Je suis en l'état que je dis :
Mais en suite prenant la peine De défricher un peu ma Veine,
25 J'en tire des Relations, Des discours, des réflexions.
Des moralitez, des peintures, Et, quelquefois, des avantures, (Sans, toutefois, trop m'en piquer)
30 Et c'est à quoy je vais vaquer.
Apre; les ardantes prières De mille et mille Ames sincères, Par la grâce et faveur des Cieux, La Reine-Mère est beaucoup mieux :
3 5 L'humeur pècante est en déroute.
Elle boit, mange, parie, écoute, Elle ne craint plus tant le bruit,
La Muze historique. — Juin i66;.
Elle repoze assez la nuit,
Son beau corps n'est plus cacochime, 40 Et neuf ou dix jours de régime
Vont rendre à cette Majesté
Couleur, vigueur, joy et santé.
Voila, quand je vais à sa porte^
Ce que d'ElIe Ton me raporte :
4j Mais je ne seray point contant,
Ny hors de chasrin, jusqu'à tant
Sue je la regarde à mon aizé, 1er dans Carosse^ ou dans Chaize; Ou bien lors que de tout mon mieux 50 Je verray de mes propres yeux Cette Reine, où tant d'honneur brille, Diner et souper en Famille.
Le Roy plein de contentement De voir un grand amendement 5 5 En cette pieuze Princesse
Sue son cœur aime avec tendresse, ercredy, fut, aprés-dîner, S-^Cermain \ Saint Germain se promener, ^'* Et la Reine, aussi, ce me semble, 60 Et Monsieur, et Madame ensemble^ Escortez de pluzieurs Marquis, Ainsi qu'en tel cas est requis, Et de Dames et Demoizeltes, Dont la plus-part ètoient fort belles :
65 J'en puis juger, car je les vis.
Et, certes, j ûs les yeux ravis Non seulement de leurs vizages.
Mais des ravissans payzages Q^u'on découvre en cette saizon, 70 De cette éminente Maizon.
Entre mainte rare Peinture, Je vis l'agréable Figure
Peintre A reprézenter la Vertu,
75 Peinture charmante et nouvelle.
Que l'œil du Roy jugea fort belle.
Et qui me parut, à mon gré, Agréable au plus haut degré.
Je vis, illec, foy de Poète,
80 Brandiller sur l'Escapoléte, Dans des élancemensplaizans.
Et Majestez, et Courtizans, Où Madame parut si belle.
Avec sa grâce naturelle,
85 Avec cet agrément parfait
Qui brille en tout ce qu'elle fait, Qu'icelle et cette autre Princesse Qui d'Armagnac est la Comtesse, Au teint frais, au vizage clair,
90 Allèrent en l'Air, du bel-air.
Après, cette illustre Brigade Fut dans le Parc en promenade, En passant pas le Poulingrin, Capable d'6ter tout chagnn,
95 Et que de voir je fus bien aize ; C'est un Jardin fait à l'Anglaize, Qui n'est ny sombre, ny couvert, Emaillé d'un beau tapis vert; Il est plaizant en pluzieurs sortes,
1 00 lia du moins trente-et-six portes.
Ou portiaues, si vous voulez.
De brancnages entortillez.
Par où Jouvenceaux et Fillettes Pouroient danser les Olivettes :
105 Bref, des berceaux aux quatre coins Construits par des artistes soins, Y forment avec industrie Une assez belle symmetrie; C'est ce qu'en ce Lieu ravissant
1 1 o Je vis seulement en passant:
Mais je dis, à toute avanture.
Qu'il est d'une aimable structure, Et qu'il plaît par sa nouveauté Aussi bien que par sa beauté;
1 1 j Le destin des cnozes nouvelles Etant toujours de sembler belles.
PreBîKT
Passez sont environ six ans.
Saint Agnan^ qui des Courtizans Q„^,j,3g.g.
Entre mille autres avantages, de u cb«.^.
1 20 Est un des plus hardis courages; ^ qJ^^^ En je ne sçay quelle saizon, 'de Tomst Proche d'une sienne Maizon, Aussi vray qu'en Eté nous sommes, Etant ataqué par quatre hommes,
1 2 5 Chacun armé (Maître ou Valet) Et d'épée et de pistolet.
Il défendit si bien sa vie Qu'elle ne luy fut point ravie :
Mais plutôt, de ces aroçins,
I }o Soit Aversaires, soit Brigans, Ce généreux et brave Comte Seul en tua trois, de bon compte, Et mit en déroute le quart, Qui tout soudain fit un écart,
135 Or, comme en une telle afaire Grâce du Prince est nécessaire, Encor que ce courage ardant N'ût occis qu'en se défendant, Le Roy l'acorda toute entière,
140 De très-obligeante manière.
Et fut Mardy, tout justement, Entérinée au Parlement, Qui confirma, de bonne grâce.
Juin i66j. — Livre XIV. Lettre XXV.
Audit Seignair, ladite Grâce,
14) Etant au Palais assisté, De tant de Gens de qualité, Que pour pareils cas, ce me semble, On n'en vid jamais tant ensemble :
Aussi, cette Rémission
I $0 N'étant que pour une action Glorieuze, et non criminelle.
Un chacun s'empressa pour elle.
Bref, selon mon raizonnement.
Ceux qui par l'éfort véhément
I s ) D'une fureur déterminée Vouloient trancher sa destinée, Et tout son beau sang èpuizer.
N'ont fait que l'immortalizer:
Car le renom de sa vaillance
i6o Et cette noble rézistance Qu'il fit si vigoureuzementy Doivent vivre éternellement.
DansI'Eglize de Saint Paul, mesme.
Dimanche on donna le Baptesme
165 A deux jeunes Mahométans,
Le plus vieil n'ayant que douze ans.
Et c'étoient la sœur et le frère.
Qui receurent ce Caractère (Je veux dire ce Sacrement)
170 Bonnement et chrestiennement.
Madame Faret, prude femme, itT^yf Et l'un des Fils d'icelle Dame, Furent les éfectifs Parains De ces pauvres petits forains,
175 De les protéger s'obligèrent, Et, mesmes, dit*on, se chargèrent De leur véture et mansion, Et de leur éducation.
Or comme iceux, en leur langage,
180 N'ont du François aucun uzage.
Ne parians qu'Arabesquement, Ils eurent pour leur Truchement Un trés<apable et très-rare Homme, Que Monsieur Herbelot on nomme,
iS) De grand mérite et fortsçavant. Et qui des Climats du Levant, Par science et bonne mémoire, Sçait fort bien la Langue et l'Histoire.
Bref, touchant la sainte Action
190 Dont je fais icv mention.
En l'écrivant de ma main dextre.
Je la tiens d'un Ange terrestre.
Qui fut, tout exprés, sur les lieux; Et la vid de ses propres yeux.
AïTi.Tf
U'ti,
J'aprensd'un Billet qu'on m'envoye, Que dans Nôtre-Dame de Troye
Eglize et Paroisse du lieu, S'est fait à la gloire de Dieu, Et de sa haute Omnipotence,
200 Un Miracle de conséquence.
Certain Gentil-homme boiteux, **' de Non pour avoir été goûteux.
Mais pour avoir fait une chute De son cheval fougueux et brute,
205 Qui par terre le renversa, Et, tout net, sa jambe cassa, Qui ne fut jamais bien remize, Ayant entré dans cette Eglize Où son bon-heur l'avoit mené,
2 10 Et, mesmes, s'êtant prosterné Devant un Autel de la Vierge, EclaiFé (je croy) de maint cierge, Pria, dans cet heureux moment.
Le bon Dieu si dévotement,
215 Et sa foj fut alors si forte, Que l'histoire dit et raporte
Su'en vertu de son oraizon, receut pleine guèrizon; Il abandonna ses potences,
.220 Et faizant pluzieurs révérences En partant de ce saint endroit, S'en retourne au logis tout-droit.
Sans mal, sans douleur, sans obstacle, Anonçant par-tout ce Miracle,
2 2 j Dont on a si bien informé.
Que je croy qu'il est confirmé.
Une illustre Dame Charlotte, Qui n'est aucunement bigote.
Dont l'esprit n'est point mensonger,
230 Qui. ne croid jamais de léger, Et n'est point pour la bagatelle.
M'a fait part de cette nouvelle; Et quiconque aura comme moy Le céleste don de la Foy,
2 ] 5 Croira ce Miracle, sans peine.
De la Puissance Souveraine.
On dit oue ceux du Portugal, Que Jean d'Autriche menoit mal.
Ont eu sur luy grosse revanche :
240 Mais la pluspart du monde panche A croire que ce bruit est sot.
Et le Bureau n'en donne mot. j'^dresM.
Objet de ma Muze Historiijue, Plus doucereuze, que critique, 245 Ma Princesse, vous voulez-bien Que j'abrège cet entretien.
Ecrit au mois de Juin, le trente, D'une main assez diligente.
La Muze HISTORKI.UE. — Juillet 166;.
LETTRE VINGT-SIXIÈME
Du [samedi] septième Juillet.