RÉJOUIE
Ha, certes, c'est trop sommeiller, U est temps de se réveiller; Ma Chamoriére Madeleine, Hé, de grâce, prenez la peine
^ (Car je n'ay point d'autres Valets) D'ouvrir fenêtres et volets, El d'aporter mon Porte-feuille, [le, Puisqu'il faut que,veûille, ou non veùil- Pour n'être point banqueroutier,
10 Je travaille ae mon Métier, Afin de divertir la Dame (^ui tient un haut-rang dans mon Ame, Qui de ma Muze est Tes amours; Enfin, Madame de Nemours.
15 Mercredy dernier, nôtre Reine S'alla diverti r à Vinceine, Et fîit avec Elle, léans, Monseigneur aussi, d'Orléans, (Que le Ciel prézerve d'encombre)
20 Avec des Dames en grand nombre.
Que la Duchesse Mazarin, Dont le teint est plus qu'yvoirin.
Duchesse digne de louange, Aimable, à peu prés, comme un Ange,
2( Régala somptùeuzement Dans un superbe Apartement, Où cette illustre Compagnie
Vid une abondance infinie D'Objets à contenter les yeux,
}o Et d'alimens délicieux.
Avant ce Banquet d'allégresse.
Où ladite belle Duchesse La Reine, elle-mesme servit Dans un resnect qui la ravit;
} 5 On fut dans le Parc à la chasse, Où Ton poursuivit à la trace Des animaux, en quantité, Qui malgré leur légèreté, Pour trop courir perdant l'haleine,
40 Venoient mourir devant la Reine.
Ensuite, ou devant cet ébat.
On vid le furieux combat.
Et les contortions féroces De diverses Bestes atroces,
45 Dont les assauts fiers et mordans
Divertissoient les Regardans.
Dans une Sale bien parée
On eut le Bal, vers la soirée,
Où la Reine, souvent, dansa,
50 Et son joly Corps exerça.
Bref, après toutes ces délices, Les admirables artifices D'un Peu, sur le haut de la Tour, Qui de la nuit fit un beau jour,
) ) Par leur rareté singulière
La Muze HiSTORiQ^UE. — Juillet 1663.
Plurent de la belle manière; Et ce Feu brillant dans les airs Mieux que de flamboyans éclairs, Fut la concluzion finale
60 De ce magnifique Régale, De ce jour joyeux et riant, De ce Cadeau noble et friand, Mr le Duc OÙ Monseigneur le Capitaine **•"""• De ce fort Château de Vinceine,
6j Seigneur sage et judicieux.
Et sa Moitié, tout de leur mieux, De tous leurs devoirs s'aquitérent, Et parfaitement contentèrent Par leurs soins et civilitez,
70 Tous les illustres Invitez, Mais, sur tous, la belle Téréze, Dont le cœur ètoit remply d'aize Jusqu'à faire des complimens Sur tous ces divertissemens.
7 S J'aurois voulu, dans cet Ouvrage, Faire la peinture, ou l'image Du Bal Royal et ravissant Dont je n'ay parlé qu'en passant, Du combat des Bestes cruelles,
80 Et de ce (\m se fit entr'elles, Sans oublier^ mesmes, le Feu
âui cauza du dézordre un peu :
ais les seuls témoins oculaires Peuvent narer telles afaires; 85 J'y ferois, donc, de vains éforts, Car j'ètois à Paris, alors.
On sçait par Lettres de Lisbone, Qu'Evora, ville belle et bonne, Que sans trop d'échec, ou mal-heur,
90 Jean-d'Autriche, par sa valeur.
Dés l'autre-mois, avoit conquize, Par les Portugais est reprize.
Et Que par compozition De la capitulation,
95 Ceux qui la gardoient pour l'Espagne Ne pouront, de cette Campagne, Servir leur Seigneur et leur Roy, En subissant la mesme loy, Ou, si l'on veut, la mesme niche
100 Qu'avoit impozé Jean-d'Autriche Aux Soldats dudit Evora, Lorsqu'iceluy s'en empara.
On parle encor d'une disgrâce Prés d Elvas, autre forte Place, 105 Où Quelques Espagnols hutez Ont été, dit-on, mal-traitez^ Et que sept cens hommes de guerre
Furent, illec, portez par terre:
Mais ce bruit n'étant qu'un bruit sourd, 1 10 Qui depuis fort peu de temps court.
On peut croire cette déroute, Ou oien la révoquer en doute.
Les Rebelles outrecuidez Que l'on croyoit acommodez,
1 1 j J'entens les Mutins de Pologne, Contre qui bien souvent je grogne, Perdans le respect pour leur Roy, Et n'ayans plus ny foy, ny loy, Par un emportement fantasque,
1 20 Ont depuis-peu levé le masque.
Et se sont, enfin, déclarez Plus que jamais Confédérez.
Le Roy Cazimir, Prince auguste.
Excité d'un couroux bien juste,
125 Prétend, dit-on, marcher contr'eux, Et ces obstinez mal-heureux.
Auteurs de maux et de vacarmes, Avec leurs sacrilèges armes Veulent jusqu'à l'extrémité
1 30 Soutenir leur malignité.
C'est tout-de-bon,quedansrEmpire, La frayeur maintenant s'inspire Par les armemens fort nombreux D'un Ennemy fier et scabreux,
I ) 5 Sçavoir le Turc, dont la puissance Semble toujours prendre acroissance Aux dépens de la Chrétienté, Dans laquelle il est rédouté Pour sa trop grande tyranie,
140 Du côté de la Germanie.
Pour justifier sa fureur.
Il allègue que l'Empereur, Qui jamais ne se détermine, De cette guerre est l'origine ;
145 Qu'il le tient toujours en suspens Avec de grands frais et dépens.
Dont il veut que l'on le rembource, Et voila, ce dit-il, la source (Et non la gloire du laurier)
I jo De tout son apareil guerrier.
Voyez un peu la politique De cet Inique, ou bien Etnique :
Ypouroit-on ajouter foy i Ce ne seroit, certes, pas moy,
155 J'en ferois trop de conscience.
Toutefois, dans cette ocurence.
C'est à l'Empereur de courir.
Et non à moy d'en discourir.
Juillet 1663. — Livre XIV, Lettre XXVIII.
De leur côté, ceux de Venize 160 Pour ne point tomber en surprize, Etans saçes, ètans actifs, Font toujours des préparatifs, Non seulement pour se défendre, Mais, mesmeroent, pour entreprendre 16) Dans le temps de l'ocazion.
Sur les Turcs quelque invazion, Ayant par bon-heur et courage, Sur eux bien souvent avantage.
Monseigneur le Duc de Créqui, 170 Ambassadeur, jadis, et qui Ayoit, pour l'intérêt de France, Avec Raspony, confiérance, Voyant que cet Agent finet Ne parloit pas à luy, trop net, 175 Qu'il ne le payoit que de ruzes, D'embaras, de foibles excuzes.
De vains discours, et cetera, Par prudence s'en sépara. Et d une diligence habile 180 Est retourné dans cette ville, Où le Roy témoigne aujourd'huy D'être fort satisfait de luy.
Selon les Lettres de Marseille Qui m'ont fort délecté l'oreille,
i8{ Le généreux Chevalier Pol Qui fait sur Mer maint caracol, Pour guerroyer, à force ouverte, Ceux d'Alger, Thunis et Bizerte, Qu'ataquer hardiment il va,
190 Ces jours passez, leur enleva
Outre une médiocre Barque, [que.
Deux bons grands Vaisseaux de remar- Chargez de Turcs et de Marchands, Qui, soudain, gaignérent les champs,
i 9 s Horsmis trente-et-deux des plusBra ves Que ledit sieur Pol fit esclaves, Faizant p^r un heureux destin Sur eux, dit on, un beau butin ; Si bien que par cette victoire
200 II s'est aquis richesse et gloire:
Mais comme il fait bien son devoir.
Il n'en peut jamais trop avoir.
De Toulon, ville maritime, Dont le Port est en grande estime, 20J Selon un solide raport.
Monseigneur le Duc de Beaufort, Haute et beiliqueuze Personne,
Avec le Comte de Vivonne,
Et pluzieurs Preux bien assortis,
2 1 Sur nos Galères sont sortis Pour aller courir les Pirates, Et retirer d'entre leurs pâtes (Où l'on soufre des maux amers) Ceux qu'ils font captifs sur les Mers;
215 Et comme ce Prince, en partage.
Eut du Ciel un hardy courase, Nôtre Cour, espère, aujourahuy, D'importans services de luy.
Je ne sçay, Princesse Marie, 220 Si de cette Grifonnerie Vous aurez4*esprit satisfait.
Mais mauvaize, ou non, c'en est fait.
Le vingt-et-un, foy de Poète, Jour nébuleux, fâcheux et moête.
APOSTILB.
225 Un nommé Loret, comme moy, Oficier du Frère du Roy, Etant tué, par malencontre, Ces jours passez, dans un rencontre.
Le bruit de sa funeste mort
2)0 Dans Paris s'épandit si fort.
Que pluzieurs, par erreur extresme.
Eurent peur que ce fût moy-mesme :
Et Gens, presque, de tous métiers.
Et Gens, quazi, de tous quartiers,
235 Tant des Faux-bours, auede la Ville, Sont venus dans mon aomicile Se réjouir, de bonne-foy.
De ce que ce n'ètoit pas moy :
Ainsi, dans cette concurrence,
240 (Au moins j'y voy de l'aparence) Il me semble qu'il m'est permis De croire que j'ay des amis.
Toutefois, Lecteurs bénévoles, Sans vous conter des fariboles,
245 Je vous jure, avec vérité.
Que ce n'est point par vanité Qu'en cette prèzente Ecriture Je parle de cette avanture, Mais, par un témoignage exprés,
250 Pour taire sçavoir loin et prés.
Et, mesme, à ceux de ma Patrie Qui s'apelle Basse-Neustrie, Que je suis encore vivant Malgré le bruit de cy-devant.
La Muzb historique. — Juillet i66j.
LETRE VINGT-NEUFIÉME
Du [dimanche] vingt-neufiéme Juillet.