INDIGENTE
La Renom mée.
Cette Déesse, dont la langue Sur cent mille sujets harangue.
Est si mûéte en ce temps-cy^ Que foy d'un Poète transy, j Qui du sort soufre ia rancune, Je ne sçache nouvelle aucune, C'est à dire (à le prendre bien) Qu'on ne jaze, presque, de rien, Ivayant article, ny mémoire, 1 Pour exercer mon Ecritoire, Di^e d'être en Vers rédigé:
Mais, 6 Princesse, pour qui j'ay Un ^nd fond de zélé et d'estime.
Si faut-il, pourtant, que je rime ;
1 ; Il n'est encor que Vendredy,
Il n'est qu'une heure après midy, Et j'espère avant la nuit cloze.
Que nous aprendrons quelque choze, Mais, Madame, oyez cependant, 20 Ce que je dis en atendant.
Le Roy bien souvent se promeine.
Aussi fait bien, dit-on, la Reine, Qui durant l'aimable saizon Va voir mainte belle Maizon,
2 5 Où par des chères sans-pareilles
Elle est régalée, à merveilles.
La Reine-Mère est toujours mieux, Dont tout le Louvre est fort joyeux, Mais, sur tous, ses bons Domestiques, )o Tant les jeunes, que les antiques.
Le Daufin, ce très-noble Enfant, Qui pour être un jour triomfant, Semoleau Monde avoir prisnaissance, Enfant, cher Espoir de la France,
3 j Dont j'ay baizé deux fois la main.
Est joyeux, vigoureux et sain.
Un des plus beaux Enfans ^u'on voye, Et toujours Tamour et la )oye.
De ceux, particulièrement, 40 Qui l'ont en leur Gouvernement: Mais, sur tous, de cette belle ame.
De cette incomparable Dame, Que la Cour, par discrétion, Choizit pour sa Direction.
4j Bref, toute la Maizon Royale Qu'en mérite aucune n'égale Selon les vœux de tout 1 Etat, Est en bon et salubre état.
Pour bien débuter dans ma UXirt^
50 Certes je ne pou vois y mettre, (A mon avis et jugement) Un plus sage commencement.
Nôtre Roy, la fleur des Monarques, Qui donne Sien souvent des marques
5 S (Qu'on voit briller de toutes parts) De son amour pour les beaux Arts, Dont son Esprit clair et sublime A toujours fait bien de l'estime, Avec quelques Grands de sa Cour,
60 Fut aux Gobelins, l'autre-jour, Pour voir les rares industries Des pompeuzes Tapisseries Que par son établissement On fait, illec, à tout moment.
65 Minerve Déesse guerrière.
Et qui fut aussy Tapissière, Quoy qu'elle eut un être immortel, N'a jamais rien ouvré de tel.
Pour de merveilleuzes Tentures,
70 Et d'exquizes Manufactures, La Flandre avoit, ce m'a-t'on dit, Un grand renom et grand crédit, Et oés le siècle d'Alexandre Chacun dizoit, Vive la Flandre ;
75 Elle avoit l'honneur tout entier De cet ingénieux Métier :
Mais par les soins de nôtre Sire, Les bons Connoisseurs peuvent dire, Sans être autrement patelins,
80 Vive à prèzent les Gobelins.
Mais ne faut pas qu'on s'en étonne, Le Brun, très-illustre Personne,
Madame
de
Meoiozier.
JuiJIet 166}. -— Livre XIV. lettre XXIX.
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afiû
En est rexcellent Directeur, Et^ mesmement, le Conducteur Des Artizans experts et sages Qui travaillent à tels Ouvrages, Que le Roy, qui les aborda, Trés-soigneuzement regarda; Il y prit un plaizir extresme.
Et ravj dans cet instant mesme^ De voir des Ouvriers agissans Au nombre de plus de deux cens^ Avec d'assez douces paroles Leur donna très-bien des pistoles, Ou, plutôt, très-bien des Louis, Dont ils furent si réjouis^ Que pour mieux témoigner leur joye, Quitans leurs fils d'or et de soye Durant trois jours, soirs et matins.
Ils firent entr^eux des festins.
Des feux d'artifice, des dances.
Et de telles réjouissances Que tout leur argent s'en alla En ces Banquets et Cadeaux-là :
Puis, avec ardeur et courage, Ils se remirent à l'ouvrage Par l'ordre dudit sieur le Brun, Dont le génie, hors le commun, A les plus parfaites idées Que jamais peintre ait possédées, Témoins sa belle Statira, Son Alexandre, et cetera, Qui par leurs grâces nompareilles De ce siècle sont les merveilles, Sont des chefs-d'œuvres merveUleux, Sont des charmes miraculeux Dont l'Ouvrier, pour rècompence De son art, de son excellence, Qui sont au dessus de l'oubly, A mériré d'être ennobly.
Et c'est d'un homme assez fidelle Que i'ay sceu ladite nouvelle.
N'ayant apris, jusqu'à ce jour.
Autre choze touchant la Cour, Qui, d'ordinaire, est ma ressource.
Je vais plus loin faire une cource Pour essayer d'y fi;rapiller Quelque choze, afin d'en parler.
Comme les biens qui nous arivent 1)0 Quelquefois l'un l'autre se suivent, Outre que les Sieurs Portugais (Maintenant glorieux et gais) Ont obtenu grand avantage Sur les Troupes du Roy au Tage, 'M Contre qui Mars se déclara,
Et qu'ils ont repris Evora, Ville belle, euerriére et grande.
On dit que leur Flote marchande Quatre-vingts vaisseaux contenant,
140 Est dans leurs Havres, maintenant.
De Porto, Lisbone, et Viane; Cette importante Caravane Leur aporte d'extrêmes gains Des rivages Américains;
145 Si bien qu'après d'insignes pertes Que l'autre année ils ont soufertes.
En pluzieurs Champs, Villes et lieux.
Ils sont à prèzent beaucoup mieux, Par le secours qu'en cette guerre
1 50 II leur est venu d'Angleterre, Qui dans les Plaines d'Evora Merveilleuzement opéra.
Tout le Royaume Britanique Est prèzentement pacifique,
1 5 5 Excepté quelques Irlandois Méritans d'avoir sur les doigts :
Mais on observe ces Engeances Avec de telles vigilances, Qu'ils feront du bruit, et c'est tout,
160 Jusqu'à tant qu'on les pousse à bout.
Le Grand-Turc a tant de Cohortes Si numéreuzes et si fortes, Il a levé dans ses Pals Tant d'Oficiers et de Spahis,
165 De Bassas et de Janissaires, Souvent pires que des Corsaires, Que si le bruit n'est point trompeur 1/ Aigle doit avoir grande peur :
Mais, quoy ? les Electeurs et Princes
170 Des Impénales Provinces Où l'Empereur a son recours.
Se trémoussent pour du secours.
Ou, du moins, ils le doivent faire; Car c'est une terrible afaire
175 De voir trois cens mil Combatans, Tous Ennemis Mahométans, Pleins d'une fureur aguerrie Venir fondre sur la Hongrie, Et sur les Transsilvains, aussy;
180 Cela doit donner du soucjr.
Et c'est, pour tout le voizinage.
Un grand et redoutable orage.
Songez à vous, Vénitiens, ^ Songez à vous. Princes Chrétiens,
185 Que pas-un ne soit intrépide.
Et contre ce Torrent rapide Faites soudain de grands aprèts,
La Muze historique. - Aoust 1663.
Ce sont^ à tous, vos intérêts.
Sachettj, ce sage et grand Homme,
1 90 Qui passoit pour un Samt dans Rome, Et (jui d'un di^e Cardinal Etoit, dit-on, l^oriçinal Par pluzieurs qualitez illustres, Agé de plus de quinze lustres,
1 9 ç Etant décédé, Tautre-jour, Alla dans l'étemel séjour Posséder les biens perdurables Que Dieu réserve à ses semblables.
Après avoir par leurs vertus
200 Les vices toujours combatus.
Tous les excellens Personnages, Tout ce Que Rome a de Gens sages, Ont infiniment regrété Sa prudence et sa piété,
205 Qu'on dizoit être les modelles Des âmes bonnes et fidelles :
J'ay sceu, mesmes, que nôtre Cour L'aimant d'un pur et saint amour.
Quand sa mort luy fut raportée,
210 En parut toute contristée.
Après avoir écrit cecy.
Je voudrois bien finir, icy, Je voy, non sans inquiétude, Que mon stile est, aujourd'huy, rude:
2 1 5 Mais dût-il du Lecteur très-cher Les deux oreilles écorcher, Dûssay-je être apelé pécore, Il faut versifier encore.
Et rendre cecy plus complet 220 Ajoutant un nouveau couplet.
Depuis un mois, un Homme habile
Est arrivé dans cette Ville,
Qui, par une facilité,
Promptitude et subtilité, 2 2 ) Sçait mieux que pas un de la Terre
Des Rains, dit-on, tirer la pierre,
Opérant si bénignement
Qu'on n'a, presque, mal ny tourment.
lia, par sept diverses cures, 2;o Sur sept diverses Créatures,
Depuis qu'il est dans la Cité,
Fait voir tant de dextérité
Dans des routes toutes contraires
Aux incizions ordinaires, 2 3 5 Que quand on le voit opérer
On ne le peut, sans l'admirer.
C'estduLanguedocqu'estcétHomme
Lequel Monsieur Raoux se nomme.
Et dont j'ay bien peur qu'à mon tour 240 Je n'aye bezoin, quelque jour;
La volonté de Dieu soit faite,
A Dieu je vais faire retraite.
Princesse, daignez recevoir Un humble et sincère bon-soir, 245 De grand-cœur je vous le dézire Hâ que je suis lassé d'écrire !
Fait le jour (sans bouger d'un lieu) De l'Ayeule du Fils de Dieu.
LETTRE TRENTIÈME
Du [dimanche] cinquième Aoust.