‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 17 sur 84 · SUBTILE · texte numérisé non relu

SUBTILE

Altesse, en qui je considère Des vertus un beau caractère, Et dont j'honore, avec ardeur.

Et la Personne et la Grandeur; 5 Voicy des Vers que je vous trace.

Recevez-les de bonne grâce : (^ue s'ils ne le méritent pas Faute d'avoir assez d'apas, Et de lignes assez sçavantes,

10 Permétez, jusqu'à vos Suivantes, De les draper et aitiquer.

Et de s'en rire et s'en moquer, Je ne m'en métray guère en peine; Il n'est point de si riche Veine

1 5 Dans Paris, ny par-cy, ny par-là, Qui ne soit sujette à cela :

Par un espèce de dézordre, C'est à prézent le temps de mordre;

Aoust 1665. — Livre XIV. Lettre XXX.

Quantité d'esprits déchaînez^

20 A se picoter acharnez,

Par leurs Répliques et Dupliques, Vont remplir Paris de Critiques :

Ainsi, quand de tors, ou travers, On voudra censurer mes Vers,

25 Je prendray tout en patience, Puis-qu'on prend bien cette licence (Ce que je trouve un peu vilain) Contre ceux du Grana Chapelain.

Saim-Aignan, cet illustre Comte, ;o Dont on peut dire, sansméconte, Qu'il est depuis maint an et jour.

Un des plus polis de la Cour, Et au*il eut, dés son plus jeune âge, De la science et du courage :

;5 Comme i4 est certain qu'il chérit Les Gens de Sçavoir et d'Esprit, Dont sa belle Ame est vraye amie, kzii^.jiK Lc5 Messieurs de l'Académie

c?s seau , , 1 • •!• ^

£s:>nts L Ont, CH grande civilité, ce Pins, i^eceu dans leur Communauté, Pour ses vertus et ses lumières, Et cent quaiitez singulières Qu'on voit briller, avec honneur, En ce sage et vaillant Seigneur.

45 II a, donc, la Place vacante D'une Muze docte et sçavante.

Que, depuis peu. Dame Atropos A mis dans 1 étemel repos :

Que si la choze ne s'est faite,

$0 Ainsi qu'a prézent je la traite.

Le deux du mois, qui fut Jeudy, Ce sera, dit-on, pour Lundy.

Mais, 6 sçavante Compagnie !

En adoptant ce beau Génie,

55 Dont l'Esprit galant plalt à tous; S'il reçoit des honneurs de vous, Etant de trés-noble naissance, Et d'un grand renom dans la France, Permélez que je die, icy,

6o Qu'il vous honore bien, aussy.

J'ay lu dans une Lettre écrite Par des Personnes de mérite.

Et qui ne sont pas Gens |;rédins.

Qu'au Pays des Périgordins,

65 Où l'on void peu d'épais bocages, On a vu des Bestes sauvages Au grand ètonnement de tous : D'aoord on crût que c'étoient Loups, Grands camaciers de leur nature,

70 Mais ils n'en ont pas la figure.

Ny de Cerfs, de Sangliers, ny Dains, Quoy qu'ils soient bien aussi soudains:

On ne sçait quel jugement faire De cet espèce sanguinaire :

75 Toutefois, pluzieurs Campagnards Dizent que ce sont Léopards, En ayans le corps et la teste Plus que de pas-une autre Beste :

Mais quels que soient ces animaux,

80 On dit qu'ils font beaucoup de maux.

Et qu'outre plus de dix personnes Qu'ont mangé ces Bestes félonnes, Plus de deux cens audit canton.

En ont été blessez, dit-on.

85 C'est ce que contient une Lettre Qu'hier en mes mains on vint remettre, Où je n'ajoute rien du mien; Car me piquant d'Homme-de-bien, Et d'Autheur sincère et fidelle,

90 Loin de corompre une nouvelle.

Ainsi qu'aucuns faizoient jadis.

Comme on me l'a dit, je la dis.

Un Habitant de Cracovie, En revenant de Varsovie,

95 Nous écrit, d'un stile assez fin.

Que les Confédérez, enfin, Lassez de leurs méchantes Ligues, Et de leurs mal-heureux intrigues, Se sont avec leur sage Roy

100 Acommodez de bonne-foy :

Mais comme ardamment je souhaite Que cette afaire-là soit faite.

Toute ma vie ayant été Serviteur de la Royauté,

105 Je crains que ladite nouvelle Ne soit pas encor trop fidelle.

Les fières Troupes du Croissant, Plus que jamais vont menaçant L'Aigle, jadis. Aigle Romaine,

110 Et, maintenant. Aigle Germaine; Leur Agens et leurs Députez, Dans leurs contentieux Traitez, Ayans donné du nez à terre, On n'en atend plus que la guerre :

1 1 5 Mais comme les Turcs sont trés-forts, D'armée ayans quatre grands Corps, L'Empire en est fort en allarmes.

Et, par-tout, on y crie, aux armes.

Courage, Messieurs les Germains,

120 Et s'il en faut venir aux mains Pour être dignes de vôtre Aigle, Batez-moy ces Turcs comme seigle,

La Muze HiSTORic^UE. — Aoust 1663.

Défendez contre ces Gens durs Vos passages, vos champs, vos murs,

1 2 5 Défendez contre ces Soudrilles

Vos biens, vos femmes et vos filles ; Contre leur barbare fureur Défendez-bien vôtre Empereur ; Gardez que ces pendards insignes 1 30 N'arachent vos aimables vignes; Ces Gens dignes d'être brizez Vous sont doublement opozez; Avec ces averses Parties Vous n'avez nulles sympaties;

1 3 5 Le vin pour eux n'a point d'apas,

Et vous ne le baissez pas.

Donc, encore une fois, courage, Rembarez cette Cent sauvage; Ainsi que de vaillans Aiglons

140 Fondez sur ces Peuples félons; De ces Gens qui font tant les Braves, Faites des morts et des esclaves; Je verrois avec grand plaizir Dans vos fers le Premier Vizir,

145 Qu'on tient avide et sanguinaire, Et des Chrétiens grand Aversaire.

Dans un si vizible danger Vous plaindre et vous encourager, Est, maintenant, tout mon possible,

1 50 Quoy que je sois trés-irascible Encontre iceux Mahométans :

Mais si je n'avois que trente ans (Quoyque moins hardyqu'unPompée) J'irois vous ofrir mon épée.

1 5 5 Les Portugais et Castillans,

Quoy que braves, quoy que vaillans, Sont maintenant cois et tranquiles Dans des Gamizons et des Villes, Sans faire de pas-un côté

1 60 Aucuns actes d'hostilité,

Et n'ataquent, ny ne défendent. Ce n'est pas qu'ils s'entr'apréhendent; Ces Peuples sont trop généreux, Et de l'honneur trop amoureux ;

165 Mais leurs Cohortes martiales Craignent les chaleurs Estivales, Qui sont ^andes dans les Cantons Oib l'on fait la pèche des Tons, C'est-à-dire, en plus net langage,

170 Vers la Guadiane et le Tage.

D'Angleterre le Parlement Sentant aprocher le moment Qu'il faudra quiter ses Séances, Fait le plus qu'il peut d'Ordonnances,

1 7 5 Pour tâcher de métré l'Etat

De mieux en mieux en bon état ; Et c'est à force de m'enquerre Tout ce que je sçay d'Angletene.

Aucun ne m'a rien débité 1 80 De Rome l'auguste Cité, Sinon certaine bagatelle Qui n'étant pas trop digne d'elle, Ny de mes chers Lecteurs aussy, Ne sera point placée icy.

1 8 j Entre Malte et ceux de Vénize

Quelque froideur, dit-on, s'est mize.

Par belle opiniâtreté.

Qui fera que durant l'Eté Ils ne combatront point ensemble, 190 Ce qui n'est pas bien, ce me semble.

Car étans unis tout-à-fait Ils en feroient bien plus d'éfet.

Mais dizons, sans dire de fable, Quelque choze assez admirable.

195 Un certain Artizan de Cour, Au Roy prézenta, l'autre-jour, Une choze assez étonnante.

Ou plutôt assez surprenante.

Etoit-ce un miracle d'Aymant?

200 Etoit-ce Perle, ou Diamant?

Etoit-ce une Femme sans teste P Etoit-ce c|uelque étrange beste i Once? Rinocerot ? Guenon?

Etoit-ce un Cocodrille ? Non;

20 { Etoit-ce un Oizeau sans plumage?

Etolt-ce un fou prudent et sage ?

Etoit-ce un More blanc et blond ?

Etoit-ce un Agneau furibond ?

Etoit-ce un Four bâty de glace?

210 Etoit-ce un tour de passe-passe ?

Un Cheval couché tout debout ?

Rien moins, nulement, point du tout.

Et qu'étoit donc icelle choze ?

Etoit-ce un œillet, une roze,

2 1 5 D'Amérique, ou de par-de-là ?

Ce n'étoit rien de tout cela :

Mais quoy, donc ? c'étoit , je vous jure.

Des Botes faites sans couture.

Botes d'hyver, ou bien d'été,

220 Pour servir à Sa Majesté.

Voyant ces Botes sans-pareilles, Toute la Cour cria merveilles.

Les nomma Chef-d'œuvre étonnant, Et (comme est dit) si surprenant,

2 2 5 Bref, d'invention si nouvelle.

Aoust 1665. — Livre XIV. Lettre XXX!.

Qu'on n'en a jamais vu de telle.

D'ailleurs, les autres Cordonniers, Des premiers jusques aux derniers.

Les ayans bien considérées,

2]o Et de tous les cotez virées, Dizent, dit-on, par-cy, par-là, > Comment Diable a-t'il fait cela P L'Inventeur du susdit Ouvrage S'apeile, m'a-t'on dit, Lestage,

2^ 5 Dont je ne sçay pas le quartier.

Mais rafiné dans son Métier Autant, ou dIus que pas un Maître, Et qui sera Dien-aize d'être

Exalté dans ce mien jargon, 240 Car le galant Homme est Gascon.

Et moy qni suis de Normandie, Princesse, il faut que je vous die, N'ayant plus rien à vous conter Qui vous, puisse un peu contenter, 245 Adieu jusqu'à Tautre-semaine^ Que j'espère r'ouvrir ma veine.

Vstj fait et finy ces Vers miens Trois|oursaprés Saint Pierreauxiiens.

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