‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 18 sur 84 · VALÉTUDINAIRE · texte numérisé non relu

VALÉTUDINAIRE

Sans préambuler davantage Par un frivole et vain langage, Plaize à Madame de Nemours Recevoir les suivans discours.

S Ces jours passez en cette Ville, Décéda Monsieur de Leuville, Marquis fort plaint et regrété Dans la Cour et dans la Cité, Pour pluzieurs ()ualitez aimables,

10 Et mérites considérables Qui brillèrent en luy toujours , Et, sur-tout, durant ses oeaux jours.

U avoit naissance et richesse.

Prudence, esprit et politesse,

I s Belle humeur, douceur et bonté.

Et bien des Gens de qualité Préquentoient chez-luy d'ordinére, Aasquels il faizoit bonne chère; Bre^ il vécut fort noblement,

30 Et fut allié, mesmement, A pluzieurs illustres Familles, Heureux en Femme, Fils et Filles, Qui de soupirs et de regrets, Honorans ses tristes Cyprès,

i) Ouoy qu'il fût mort en cette Ville, I/ont fait transporter à Leuville, Et pozer, par un soin pieux, Dans le Tombeau de ses Ayeux .

Ce Prélat si docte et si sage,

30 Cet Evesque de haut parage.

Monsieur l'Evesque de Noyon, Où l'on voit briller maint rayon De ces ctairtez spirituelles Que Dieu départ aux Ames belles *,

3 5 Comme il travaille avec honneur Dans la vigne, ou champ du Seigneur, Dimanche, mais non pas sans peine.

Remit dans l'Eglize Romaine Un Quidan inconsidéré

40 Lequel s'en ètoit séparé

Avec dézordre, avec scandale :

Mais la prudence sans égale De ce Pasteur des mieux sensez, Touchant les points controversez,

4$ D'une façon toute charmante Eclaira cette ame ignorante.

Oui, pleine de sainte terreur.

Abjura sa nouvelle erreur.

Cela n'est pas imaginable

50 Combien ce Prélat charitable (Un des miracles de nos jours) Fit alors d'excélens discours !

Certes, tous ceux qui Técoutèrent, Qui par conséquent assistèrent

5 5 A cette pieuze action.

L'eurent en admiration^ Unanimement l'aplaudirent,

La Muze historiq^ue. — Aoust 1663.

Et les uns les autres se dirent Qu'il est bien digne, et par-de-Ià, Oo Du beau Bénéfice qu*il a.

Après cette Histoire assez belle Qui fut publique et solennelle, Un autre acte de piété Vous sera par moy récité.

65 Un jeune Comte d'Alemagne, Que grande sagesse acompagne, Préférant l'amour du bon Dieu Aux vains plaizirs de ce Bas-lieu, Et, mesme, à tous les avantages

70 Qu'on espère des hauts Lignages, Prit Dimanche dernier passé L'habit de Carme-Déchaussé; Son nom de Baptesme est Ignace, Et Sternberg celuy de sa Race,

75 Fort illustre entre les Germains, Car je l'ay sceu de maints et maints.

Madame, Veuve trés-loyale De sa feue Altesse Royale, Que l'on nommoit le Grand Gaston,

80 Et la Princesse d'Alençon, Leur chère et digne Géniture, Assistèrent à la Véture f Par un soin dévot et pieux) De ce noble Religieux :

85 De plus, l'Ambassadeur d'Espagne, Et pluzieurs Seigneurs d'Alemagne, Avec diverses Gens du Nord, Qui ce Frater estimoient fort, Y compris, mesmes, deuxsiens Frères,

90 Gens-d'honneur, personnes sincères.

Dont le cœur parut afligé Lors-que du Monde il prit congé.

A propos d'Alemans, ce Prince Dont Meklebour^ est la Province,

95 Et qu'on aime bien à la Cour, Au Roy prèzenta, l'autre-jour.

Deux beaux Chevaux tygres, si rares.

Qu'à ()eine deux ou trois Pindares Pouroient par leurs Vers, ou travaux^

100 Bien discourir d'iceux Chevaux, Qu'il est impossible qu'on voye Sans admiration et joye; Sur leurs corps polis et luizans On voit des signes si plaizans,

105 Autrement, des marques si belles, Qu'ailleurs on n'en voit point dételles; Et Ton diroit (jue leurs couleurs Qu'on prendroit quazi pour des fleurs, Sont des éfets de la Peinture,

1 10 Bien plutôt aue de la Nature.

Bref, quelqu un m'a juré sa foy, Que quand on fit prèzent au Roy De ces deux Bestes sans-pareilles, Il en fut content à merveilles,

1 1 5 Et devant bien des Gens-d'honneur Priza le don et le Donneur,

Dans Clermont, où par excellence ^^ -

On montre aux Enfans la science, jé^

Plus de cinquante Scolares 12c Bien vêtus, et dïzans flores

Jouèrent, l'autre jour, Thézée^

Pièce en Vers Latins compozée

Selon la beauté du Sujet,

Par le docte Père Bouchet, 1 2 5 Qui par des grâces non-pareilles

Da, dit-on, traitée à merveilles.

Par divers omemens nouveaux

Le Téatre ètoit des plus beaux ;

Les Scolares fort bien jouèrent, 1 30 Et quatre Balets qu'ils dansèrent

Donnèrent, trés-assûrèment.

Un plaizant divertissement.

PlusdesixmilIeHommes,aueFemmes,

Dont étoient pluzieurs belles Dames 1 ) 5 Dignes de respect et d'amour,

Et maints grands Seigneurs de la Cour,

Seigneurs de très-rare mérite,

Furent voir la Pièce susdite

Avec un concours merveilleux, 140 Mesme, jusqu'à des Cordons- Bleux.

Sur escabelle, et non sur chaize.

Je vis le tout bien à mon aize.

Grâces au Père Gendreau,

Qui me fit un petit cadeau, 145 Par une bonté toute pure,

De pain, vin, fruit et confiture,

M'ofrant ce rafraîchissement

(Tout-de-bon) fort obligeamment.

Dans ce mesme noble Colège, 1 50 Digne de maint beau privilège.

Deux ou trois jours auparavant.

Ce Prince admirable et sçavant Qui Comte de Saint-Pol on nomme, Qui doit être un jour un Grand-Homme, 1 5 5 En Tribune, et de vive voix.

Soutint pour la troizième fois, Contre tout plein de Gens habiles, Pluzieurs Tézes si dificiles, Que trois Nobles Princes du Sang, 1 60 Pluzieurs Seigneurs d'illustre rang, Quantité d'Augustes Princesses,

Aoust 166). — Livre XIV. Lettre XXXI.

Dachesses, Marquizes, Comtesses, Pluzieurs Prélats et Magistrats, Les uns maigres, les autres gras,

i(}$ Outre une immense multitude De Gens de Sçavoir et d'Etude, Ne pouvoient assez le louer, Etans obligez d'avouer Qu'il n'est rien de plus admirable,

170 Que voir un Prince si capable De répondre à tant d'opozans En un âge de quatorze ans.

Montauzier, c|ue le Ciel bénisse.

Dont on peut dire avec justice

1 7 5 Qu'en France il n'est point de Seigneur Plus remplv d'esprit et d'honneur.

Etant, par les ordres du Prince, N r r .i:i. Allé dans la grande Province Qu'on a bien voulu luy donner

180 Pour la régir et gouverner, A fait, dans Rouen, son Entrée, Capitale de la Contrée, Où tous les Corps de la Cité, En faveur de sa qualité,

tS) Et de ses vertus singulières.

L'ont receu des mesmes manières, Et dans tous les mesmes honneurs

[neurs; Qu'on rend aux plus grands Couver- Mais quoy que j'aye en grande estime

190 Un Courtizan si magnanime, Et que mon cœur soit tout açiuis A ce brave et prudent Marquis, Je n'en puis parler davantage Dans ce mien languissant Ouvrage,

19) Dautant que, foy d'Homme de bien, Je ne me porte pas trop bien.

Etant choze toute certaine Que je sens pis que la migraine, La teste et le cœur me font mal,

:^j Qui n'est pas un trop bon signal, Mais pour faire encor deux Articles Je reprensy pourtant, les bézides, Si je ne puis, je les lairay, Et, tout-franc, je me coucheray.

20$ Par un Arét de conséquence Du Parlement d'Aîx en Provence, La belle ville d'Avignon Qu'on sçait être de grand renom.

Selon l'avis qu'on nous en donne.

210 Est réunie à la Couronne^ Et les Nobles et les Bourgeois Ont crié d'unanime voix, Avec grande réjouissance.

Vive le Roy, vive la France.

2 1 5 Les Armes de Sa Sainteté Depuis long-temps ayans été Dans icelle Ville arborées.

Ailleurs ont été transférées :

Mais sans emportement suspect,

220 Et sans violer le respect

Qu'on doit à des chozes semblables.

Qui sont des objets vénérables.

Quelques Personnes de crédit Depuis demie heure m'ont dit

225 Que la très sage Reine-Mére, A tous les bons François si chère.

Grâces à la Divinité, Ayant recouvré sa santé.

Et, comme pieuze Princesse,

2)0 Dans Nôtre-Dame entendu Messe, Et remercié le bon Dieu, Est allée en ce dévot Lieu, En cette Maizon sainte et belle Que le Val-de-Grace on apelle,

2^5 Où, selon les communs discours.

Elle sera cinq ou six jours ; Le Ciel, selon nos vœux, conserve Cette digne et grande Minerve.

Quand je la vis dernièrement

240 Dans son Royal Apartement, Où m'introduizit une Dame Que j'aime de toute mon ame.

Son auguste aspect, sa santé.

Me charmèrent, en vérité,

245 Tellement le cœur et le foje.

Que je n'en pus parler de joye.

Ne pouvant mes maux surmonter.

C'est cette fois qu'il faut quiter.

Princesse, ne vous en déplaize, 250 Je ne suis pas trop à mon aize; Je suis pézant, rêveur^ chagrin, D'apetit jen'ay pas un brin, J'ay l'esprit morne et le pouls mièvre, Hâ je pense que j'ay la fièvre.

2 5 5 Ces Vers, de bon ou mauvais goust.

Furent faits l'onzième jour d'Aoust.

La Muze historique. — Acust i66;.

LETTRE TRENTE-DEUXIÈME

Du [samedi] diz-huitiéme Aoust.

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