DOCILE
Samedy, je croyois passer, Passer, veut dire trépasser, Car nôtre masse corporelie Ressentoit divers maux en elle, 5 Qui venoient de replétion, Et non pas d*inanition :
Mais, enfin, un peu d'abstinence, De régime et de patience Ayant quatre ou cinq jours pàty,
10 Des susdits maux m'ont garanty; Ainsi, Princesse que j'honore.
Je puis bien vous écrire encore ; J'en ay beaucoup d'intention, Mais peu de préparation,
1 5 N'ayant, presque, avis ny mémoire :
Toutefois, je prends i'Ecntoire, Plume, papier, et utera, Le bon Dieu nous assistera.
De Paris, le Sénat auguste 20 Aussi judicieux, que juste, (Sénat veut dire Parlement) Agissant équitablement.
Par Arêt qui vaut vingt Sentences, A fait trés-expresses défences
2 5 A quantité de Fanfarons,
De faux Marquis, de faux Barons, FauxChevaliers,faux Gentils-hommes, Et^ bref, à toutes sortes d'hommes, De s'adapter, d'or-en-avant, 30 Comme ns ont fait par cy-devant, Par des vanitez téméraires.
Des qualitez imaginaires, A peine, aux sieurs contrevenans, (^ui sont souvent fils de Manans,
3 5 Fils de Marchands et de Marchandes,
De manger des gâteaux d'amandes.
Sans remize, ou rémission ; Peut être que l'alluzion N'a pas, icy, trop bonne grâce, 40 Mais n'importe, il faut qu'elle passe.
Comme on voit sur nôtre Horizon Régner une étrange saizon.
Par l'avis de mainte bonne Ame, Jeudy dernier, dans Nôtre-Dame,
45 Où bien du Peuple s'amassa.
Les Prières on commença Pour faire cesser cette piuyc Qui depuis si long-temps ennuve, Et par oui nos champs et nos blez
50 Sont submergez, sont acablez.
Qut si Dieu Don et pitoyable Nous est en cela favorable. En arètant par ses bontez Les fréquentes humiditez,
5 5 Qui des récoltes sont Pobstacle,
Ce sera, sans doute, un miracle :
Car depuis cinq mois, un Quidan De Paris, et non d'Amsteroam,
Sui s'entend dans l'Ephéméride, 'assure que ce temps humide, Par qui tant de bien est gâté, Doit durer, du moins, tout l'Eté, Et que de pluzieurs mauvais signes Les constellations malignes,
6 ( Sans un secours haut et Divin,
Ne sont pas encore à leur fin.
Ayons en Dieu, donc, espérance.
Réclamons sa Toute-Puissance, Il est bon, en tout temps et lieu, 70 D'implorer la faveur de Dieu, Luy seul peut finir nos dézastres.
Car il est le Maître des Astres.
J'ay sceu d'un certain petit Clerc, Que Madame de Schulemoerg,
7 j Dame d'esprit et de naissance.
Femme d'un Maréchal de France, Durant six ans ayant été En étroite captivité.
Du Ciel aimée et protégée, 80 S'en est vue, enfin, dégagée.
Et par un secours plus qirhumain,
Aoust 166). — LiVRK XIV. Lettre XXXII.
DieUy sans cloute, 7 métant la main, Car cela ne se pouvoit faire Sans un éfet extr'ordinaire.
85 Sa chambre, ou plutôt son enfer, Ayant de gros bareaux de fer, Otoient tout-à-fait l'espérance De sa fuite, ou sa délivrance, Les huis, tant la nuit, que le jour,
90 Etoient fermez à double tour; Environ seize, ou dix-sept Gardes Avec mousc^uets et halebardes.
Et d'autres mstrumens aigus, La veilloient comme des Argus :
95 Toutefois, cette noble Dame^ Dont le b^au corps et la belle ame Ont cent aimables qualitez, Nonobstant ces dificultez.
Qui le cœur le plus intrépide
100 Pouvoient rendre froid et timide, Pour sortir de liens si durs, Sauta par-dessus deux hauts murs, Et d'une promptitude habile Gaigna les ramparts de la ville,
105 Oue sans beaucoup d'ètonnement Elle franchit semblablement ; Bref, d'Arras se sauva, belle-erre.
En un pareil jour que Saint Pierre, Qui tient les clefs du Paradis,
MO Se sauva de Rome, jadis.
Quel cœur! Quelle divine audace!
La belle Clorinoe du Tasse, Bradamante, Judith, Ester, Dont on ne peut trop exalter
1 1 $ Le grand et généreux courage, Eussent-t'elles fait davantage ?
On ne sçait encor, dit-on, pas Où cet Objet remply d'apas A qui tout bon-heur je souhaite,
120 Depuis ce temps a fait retraite :
Mais quelque azilè qu'elle ait pris.
Bourg, Château, Convent, ou Paris, Ou quelque autre lieu de rézerve.
Dieu la console et la conserve,
125 Et luy donne un destin plus doux, En faizant voir à son Epoux,
Sii, d'ailleurs, est grand Personnage, dn de valeur et de courage.
Que cette Dame, assurément, 1)0 Mérite un meilleur traitement; Que sa Personne est excellente.
Que chacun la croid innocente.
Et que tant de justes Arèts, Prononcez pour ses intérêts, M 5 De ses vertus prudes et sages
Sont de solides témoignages.
Valde-Grace.
Dés Samedy dernier passé, (Comme je l'avois anoncé) La bonne et sage Reine-Mére Fut dans son Roval Monastère, Dont dire et déclarer je puis Qu'elle n'a pas bougé depuis.
D'abord, elle alla dans l'Eglize, Dont, certes, la structure exquize La fait nommer le plus beau Lieu Qu'on ait voué jamais à Dieu.
Illec, deux de ses Architectes, ^*^^ En figures assez directes et Le-oac
Qui montroient leur capacité.
Firent voir à Sa Majesté Du maitre-Autel le grand modelle.
Dont l'invention est si belle.
Qu'étant fait selon son dézir.
Elle y prit beaucoup de plaizir.
De plus, elle vid la peinture Surpassant toute mignature.
De l'excellent Monsieur Mignard, ucadet Un des grands Maîtres de son Art, Pour servir d'ornement au Dôme, Un des mieux construits du Royaume.
Selon qu'on m'en a fait raport Tels desseins elle agréa fort, Dizant qu'on ne pouvoit mieux faire, Ny, par conséquent, mieux luv plaire.
Dieu sçait quelles saintes aouceurs De ce Lieu les Mères et Sœurs, En leurs chastes âmes sentirent Dés le moment qu'elles la virent Dans leur vénérable Parvis:
Tous leurs cœurs en furent ravis.
Et comme pour cette Princesse Tout le monde a grande tendresse.
Le Roy, la Reine, et, tour-à-tour, Les Grands et Grandes de la Cour, Au Lieu susdit l'ont vizitée.
Et, de bon cœur, complimentée; Et Monsieur l'Abbé Bossuêt, Qui tant de rares chozes sçait, Et dont l'ame est candide et belle, Y prêcha, dit-on, devant Elle, Avec grande érudition, Le saint jour de l'Assomption.
Laissons-Ià cette digne Reine, Méditer et reprendre haleine :
Et comme la diversité Plaît à la curiozité, Cherchons, ailleurs, d'autres nouvelles Plus lointaines, mais non plus belles.
La Muze historique. — Aoust 1663.
Les Confédérez, ont, enfin, 190 Joué, ce dit-on, au plus fin, Et changé leur folle arogance En une entière obéissance; Bref, moyennant six millions Que l'on donne à ces fiers Lions, I9{ En deux, ou trois, ou quatre termes, Ils protestent d'être si fermes A servir Cazimir, leur Roy, Que rien ne changera leur foy.
Les Turcs (juifaizoient tant les Braves
200 Depuis environ six octaves, Ne font plus tant les aro^ans, Leurs Ministres sont moins morgans; Le débordement des rivières, Contraire à leurs marches cuerriéres,
205 Les métant presque au bréluquet^ A bien rabatu leur caquet.
Deux cens Bateaux profonds et larges, Sucombans presque souz leurs charges.
Où leurs Gens avoient assemblez
210 Quantité d'orges et de blez.
De heures, de fromages, d*hulles, De bons gâteaux cuits sur des tuiles.
De pluzieurs sortes de boissons, Dont ils avoient sept mil poinçons,
2 1 5 De quantité d'épices fines, De noix, de raizins, d'avelines, Bref, d'un prodigieux amas De grosses prunes de Damas, [je, Lesdits deux cens Vaisseaux, vous dis-
220 (Ce qui fortement les aflige) Sont péris mal-heureuzement Dans cet éfroyable élément, Que des Muzes la voix commune Nomme l'Empire de Neptune.
225 Ainsi, Léopolde, Empereur, A qui les Turcs sont en horreur, Ayant apris ce grand naufrage.
Commence à reprendre courage.
Et les Peuples de ses Citez 2 )o En sont bien moins épouvantez.
Monsieur le Landgrave-de-Hesse, Prince de très-haute Noblesse, Et qui ne nous haïssoit pas^ Est allé de vie à trépas, 2 3 5 En l'an trente-et-sept de son 4ge, C'étoit un brave Personnage, Et que toute sa Nation Avoit en réputation.
La magnifique Cour de France,
240 Qu'on peut, avec toute assurance, Nommer, pour ses charmes divers, La plus belle de l'Univers, S'en va bien-t6t trousser bagage, Pour aller, en noble éauipage,
245 Sur un illustre et grand Vassal Siéger la ville de Marsal, Ville, non pas large, ny grande, Ny trop riche, ny trop marchande, Mais (à vous parler en amy)
2 50 Qu'on tient forte en diable*-et-demy. Ce Maréchal, qui par la Guerre S'est rendu fameux sur la Terre, Sçavoir Monsieur de la Ferté, Y va marcher en qualité
2 5 5 De Général de nôtre Armée ; Quand la Ville sera sommée, Il faudra parler de cela.
Mais, donc, atendons jusques-la.
> Il est tantôt temps de me taire,
260 Adieu Princesse débonnaire, J'ay peur que cecy ne soit plat.
Servante, aprêtez-moy mon plat
A ces Vers je mets une borne, Le dix huit d'Aoust, jour assez morne.
Aoust i66;. — Livre XIV. Lettre XXXIII.