‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 20 sur 84 · LANDORE · texte numérisé non relu

LANDORE

Puis-que sans rémize, ou dispence, Il faut écrire en diKgence, Une Missive, ou Lettre en Vers, Pour en divertir l'Univers,

$ Quelque grande chaleur qu'il fasse Je vais monter sur le Parnasse, Pour y rêver et méditer Ce qu icy je dois débiter:

Que si, comme à mon ordinaire,

10 Je vien à bout de mon afaire, Ma Princesse, vous pourez voir Si j'auray bien fait mon devoir :

Mais comme en faizant cet Exorde, Ma ménaoire ne se recorde

1 5 Nul de ces sujets éclatans Propres pour les Gens importans, Je vais mettre au premier chapitre De la mienne prézente Epltre Un sujet assez trivial,

20 Qui peut passer pour jovial.

Je fus en Carosse à la Foire De Saint-Laurens, ce dit l'histoire, Environ cinq jours il y a, Où l'on voit mirabilia;

25 Sçavoir, avec leurs Indiennes, Quantité d^aimables Chrétiennes, Voire, mesmes, de qualité ; Et, comme à prézent c'est l'Eté, Les plus mignonnes et plus belles,

;o N'y vont que le soir aux chandelles.

Cette Foire, n'étoit, jadis.

Qu'un assez mal-plaizant taudis, Où les patins, rooes et cotes, Amassoient, souvent, bien des crotes:

]S Mais on y voit prézentement Par un grand acomodement, Avec des structures égales, Quatre assez spacieuzes Halles, Où les Marchandes et Marchands,

40 Tant de la Ville, que des Champs, Contre le Soleil et l'orage,

Ont du couvert et de l'ombrage.

Bref, pour cent nouvelles beautez On y vient de tous les c6tez :

45 Car outre pluzieurs Marchandizes, Nécessaires, rares, exauizes.

Citrons, Limonades, douceurs, Harlequins, Sauteurs et Danseurs, Outre un déant dont la structure

50 Est un prodige de Nature, Outre les vins délicieux Que l'on boit, illec, sur les lieux ; Trois Enfans, de mesme famille, Deux Fils, une fort jeune Fille,

5 5 Y donnent un plaizir, ma-fov.

Qu'on peut dire un plaizir de Roy, Par de charmantes mélodies.

Par de petites Comédies, Et par d'agréables Balets,

60 Un peu plus graves que folets.

Dansez avec grande justesse.

Et qu'on voit, avec alégresse, Moyennant quelque argent comptant Que l'on ne plaint point en sortant :

65 Bref, les trois Enfans que j'allègue, Dont le cadet est un peu bègue.

N'ont pas, encor, je çroy tous trois.

Plus de dix-huit ans et dix mois.

Après ce sujet populaire

70 Dont j'ay fait, icy, 1 inventaire, Je vais d'un ton plus sérieux Entretenir les curieux.

L'Epouze à Monsieur de Toscane, Plus belle et sage que Diane,

75 Astre, jadis, de nôtre Cour, Acoucha d'un Fils, l'autre-jour. Ce qui cauza grande allégresse • Au Grand Duc et Grande Duchesse, Mais encore bien plus qu'à tous

80 A l'heureux Prince son Epoux, Qui dans cette haute Alliance Possède une des Fleurs de France,

La Muzk historique. — Aoust i66;.

Dont l'air, le teint et les beaux yeux Pouroient d'amour toucher les Dieux.

85 Quelques Mutins de Copenhague, Dignes de mille coups de dague, Ayans le cœur plus dur qu'airain A l'égard de leur Souverain^ Par une noire politique^

90 Par un complot diaboliaue,

Avoient conspiré contre luj, [d'huy) (Quoy qu'un des bons Rois d'aujour- Et contre la Maizon Royale, Ayans mis sous leurChambre,ouSaIe,

9) Quantité de poudre à canon; Mais fit-elle son éfet ? non :

Car Dieu, protecteur des Couronnes ' Contre les méchantes personnes Qui n'ont ny bon sens, ny raizon,

100 Permit qu'icelle trahizon

Qui devoit cauzer tant de perte, De bonne-heure fût découverte:

Je ne sçay quel est le sujet De ce paricide projet,

105 Ny mesmes quels sont les complices De telles étranges malices.

Mais j'anonce icy seulement Ce que m'en dit dernièrement Un Prince trés-considérable,

1 10 Lors-que je dtnois à sa table.

Les Turcs qu'on croyoitarétez Par de grandes dificultez.

Dont les torens et les ravages Avoient inondé leurs passades,

1 1 5 Malgré les chemins confondus, Malgré leurs magazins perdus, Dont la Nation porte-écaille Dans le Danube a fait ripaille.

Malgré leurs canons emoourbez,

120 Ou dans des fondrières tombez, Plus-que jamais, dit-on, menacent ; D'autres provizions r'amassent.

Et récouvrans d'autres canons, Dizent, toujours, donnons, donnons :

125 Mais dautant que l'on traite encore, (Quoy que ce soit de Turc à More) La guerre toujours balançant Entre l'Empire et le Croissant, Et d'iceux Turcs tant dézirée,

1 30 N'est point encore déclarée.

Pluzieurs assurent, toutefois, Que les Alemans et Hongrois Redoutans cette horible guerre plus-que la peste et le tonnerre.

1 3 5 Sont plus-que jamais étonnez, Épouvantez et consternez.

Je n'entens plus parier de Rome, Sinon que c'est toûfours tout comme, C'est-à-dire plus clairement,

140 Point encore d'acommodement:

Le Cardinal Impériale Objet de la haine Royale, Depuis que le Duc de Créquj Fut presque assassiné, par qui ?

145 Non point par d'honorables forces, Mais par de mizérables Corses, Dont, dit-on, de belle-hauteur.

Ledit Cardinal fut fauteur.

Lequel, par cette faute insigne,

1 50 Se rendit tellement indigne De cette haute Dignité Qu'on apelle Cardinauté, Qu'éloigné du Sacré Conclave Avec un sort quazi d'esclave,

1 5 5 Sans repos, ny contentement Il erre presque incesamment Dans ae simples Taudis champêtres.

Contre le gré souvent des Maîtres Qui n'ont cour luy point d'amitié,

160 Cela me fait ouazi pitié.

Mais pour les Neveux et le Frère D'Alexandre nôtre Saint-Père, Quoy que pas moins nos Ennemis, Ils ne sont ny bas, ny soumis ;

165 Ils ont richesse, ils ont puissance, Rome leur rend obéissance, lis sont somptueux un peu plus Que n'ètoit, dit-on, LucuUus, Mieux ajustez que des poupées,

170 Et plus pompeux que des Pompées.

C'est assez, ma Muze, brizons, De semblables comparaizons Ne sont pas, je vous le confesse.

Dans une équitable justesse,

175 C'est pousser l'hiperbole à bout.

Mais le Buriesque soufre tout ; Et je trouve qu'il vaut mieux dire Des sornettes à faire rire Que de réelles véritez

180 Dont des Grands seroient iritez.

Aussi, je passe sous-silence Qu'un grand Professeur d'Eloquence, Fut, à Rome, mis en prizon.

Pour avoir plus que de raizon

185 Exagéré certaine afaire Avec un zèle extr'ordinaire De justice et de probité.

Sq>tembre i66j. — Livre XIV. Lettre XXXIV.

Dans la Chaire de vérité, Aujourd'huy, la Gazette en Proze 190 Dit bien mieux le fond de la choze :

Ainsi ^ qui le voudra sçavoir.

Peut, à loizir, icelle voir.

La mort du Landgrave de Hesse A cauzé bien de la tristesse,

19s Avec des soupirs maints et maints, Dans le grand Climat des Germains :

Car je sçay par la Rénommée Qui de ce grand Prince est semée, Qu'il avoit, autant qu'il le faut,

200 Un beau naturel, un cœur haut, Bref, tout ce que la gloire inspire Quand on est Prince de l'Empire.

Je rens volontiers, aujourd'huy, Ce grand témoignage de luy :

205 Car cet illustre Personnage, Et des Princes de son Lignage Enclins vers le Sceptre Gaulois, Ont toujours respecté nos Rois.

Bien des Princes, cette semaine, 210 Sont partis d'icv pour Loraine, Entr'autres, le fameux Condé, lui, ma-foy, n'a point marchandé, fy Monseigneur son Fils unique :

Car, piquez d'une ardeur bellique, 215 Us sont allez, en noble-aroy, Pour joindre les Troupes du Roy, Et dans les Exploits militaires S'éri^r en beaux Volontaires.

Monsieur d'Orléans partit hier 220 Pour courir au mesme Quartier, Afin d'y rendre témoignage De son magnanime courage;

Et le Roy, Héros sans pareil.

Se levant avec le Soleil,

225 Après avoir entendu Messe, Sortant, avec quelque Noblesse, A ce matin, de son Palais, Dans des Carosses de relais.

Est, en commençant sa campagne,

230 Paity pour Châlons en Champagne, Où, ce soir mesme, il va giter, Et ce n'est pas trop-mal troter.

Pour l'heure, de ce beau voyage Je ne puis parler davantage;

2 3 5 Mais dans la semaine ensuivant Si je suis tant soit peu sçavant Par la voix de la Renommée Des nouvelles de nôtre Armée, Métant tout autre soin à part,

240 Je prétens bien en faire part

A très bien des Gens, ou personnes, Et Dieu veuille qu'elles soient bonnes.

Foy-d'Hommequi n'est point trom- Avec juste raizon j'ay peur [peur,

245 Que ces discours que de ma Veine J^y tirez avec grande peine, N'étans pas des mieux animez, Ne soient de Vous suére estimez; Je les ay faits tout d'une tire,

250 Et ce que j'y trouve de pire, Le jour étoit bien avancé Lors que cecy j'ay commencé, Puis Qu'il étoit None précize Quand je Buis sorty de l'Eglize.

2 5 5 Fait le vingt-cinq du prézent mois, Feste du plus Saint de nos Rois.

LETRE TRENTE-(iUATRE

Du [samedi] premier Septembre.

NÉCBSSITEUZE.

En sortant des bras de Morphée,

Uoy, qui ne suis pas un Orphée,

Mais un assez mauvais Chanteur,

C'est-à-dire assez simple Autheur,

5 N'ayant chez-moy ny Lut, ny Lyre,

Je vais chanter, ou bien écrire Quelques nouvelles de ce temps, Que je n'ay pas, mais que j'atens :

Je ne sçay de quelle nature 10 Elles seront, je vous le jure :

La Muze HiSTORiquE. — Septembre 166}.

Car en dizant ce que je dy Il n*est encor que Vendredy, Et dans demain, je m'imagine Princesse, mon Héroïne, 1 5 (N'étant pas encore trop tard) Q^u'il m'en viendra de quelque part.

Madame, le Daufin, les Reines^ Depuis six jours sont à Vinceines, Avec une assez belle Cour, 20 Atendans du Roy le retour,

Qui, maintenant, dans l'Austrazie,

Donne, possible, jalouzie

A des Villes, à des Etats,

Et, mesme, à quelques Potentats,

2 5 Les uns cherchans sa bienveillance,

Et d'autres craignans sa puissance:

Car, enfin, ce Roy Très-Chrétien Peut faire du mal et du bien :

Il peut réprimer l'insolence, 30 II peut protéger l'innocence, Ses armes peuvent, loin et prés, Faire de glorieux progrés ; Mais comme ce Monarque Auguste Fait profession d'être juste,

3 5 Sa Majesté, certainement,

N'agira, qu'équitablement.

Toute ame dés-intéressée Sans doute aura' cette pensée :

Pour moy, lorsque j'écris cecy,

40 Je juge la choze être ainsy.

Et ce n'est faveur, ny fortune, (Car je n'en eus jamais aucune) Mais, seulement, la ferme foy Que j'ay pour les vertus du Roy,

45 Dont j'ay rendu cent témoignages, Qui me font tenir tels langages, Où, dans le reste de mes jours.

Je persévéreray toujours.

L'Ambassadeur plein de prudence, 50 Qui des Altesses de Florence Ménage icy les intérêts, Ayant sceu d'un Courier exprés, Vêtu de drap et non de pane, Que la Princesse de Toscane, 5 5 Au çrand plaizir d'icelle Cour, Avoit acouché, l'autre-jour, D'un Fils, lequel, un jour, peut être Des Florentins Souverain Maître, Voulant montrer publiquement, 60 Quel êtoit son contentement, Autrement, sa joye et son zélé, Touchant cette grande nouvelle,

Fit faire, comme de raizon.

Devant son Hôtel, ou Maizon,

6j Sur le bord de nôtre Rivière, Un Feu d'admirable manière.

Et, certes, des plus éclatans Que j'ûsse vu depuis long-temps ; De plus, d'une assez bonne grâce,

70 II régala la Populace,

Comme Ambassadeur opulent.

De deux muids de vin excélent.

Que burent, avec alégresse.

Divers habitans de Lutéce,

75 Qui trinquèrent à la santé De ce nouveau Prince enfanté.

Les Confédérez de Pologne Sont, à prézent, mis en bezogne Par le Grand Cazimir, leur Roy,

80 Ayans brûlé, de bonne-foy, Tous les Papiers et Formulaires, Ecrits et Traitez téméraires, Qui pouroient faire mention De leur confédération ;

85 Ce qui fait que les Moscovites, Rédoutans de mauvaizes suites De ladite union pour eux, Ne font plus tant les rigoureux.

Et retranchent de leurs demandes,

90 Jadis trop rudes et trop grandes.

Bref, craignans d'avoir sur les doigts, On dit, mesmes, qu'aux Suédois, Autres voizins considérables, Ils paroissent bien plus afables,

95 Souhaitans d'eux, incessamment, Un entier acommodement.

Comme ayans d'autres Aversaires Qui leur donnent assez d'afaires.

Après les longs débordemens, 100 (Qui cauzoient de grands détrimens) Du Danube et d'autres Rivières, Dont les eaux ont esté fort fiéres ; Enfin, ces Fleuves tortueux.

Moins fougueux, moins impétueux, 105 Devenans plus doux et plus mornes.

Se sont resserrez dans leurs bornes ; Cela fait que les Otomans, Qui de conquêtes sont gourmans, Ayans d'huiles et de farines, iio De harangs sorets, de sardines.

De grains, de fromages, de fruits, D'andoùilles, jambons et biscuits.

De chevaux et de haridelles.

Fait des provizions nouvelles,

Septembre 1663. — Livre XIV. Lettre XXXIV.

1 1 5 Avans débourbé leurs canons, Et déployé leurs Gonfanons, Ils onty dit-on, repris leurs pistes Contre les Impérialistes, [tez,

Pour dans leurs champs, bourgs et ci-

1 20 Commétre mille hostilitez^ Ajans des hommes inombables, Ayans des forces indomtables, Et, bref, selon pluzieurs témoins, Cent trente gros canons, du moins.

125 Mais, peut-être, ces Infidelles, Sans quelques rencontres mortelles, Ne se pouront pas signaler, Ils trouveront a qui parler:

Car Vimperator Léopolde

\]o A de braves Gens à sa solde, Et quatre ou cinq Chefs généreux Ou'onpeut métreau nombredespreux; Il reçoit bien des assistances De Gens, de blez et de finances;

135 Tous les Electeurs ont grand soin De le secourir au bezoin; Et si par diverses amorces Il ne divizoit point ses forces^ On verroit, possible, bouquer

140 Les Turcs qui viennent Tataquer.

Pluzieurs de France et de l'Empire Sçavent bien ce que je veux dire.

On dit que depuis quelques mois, Frédéric, le Roy des Danois,

14$ Fait des recherches très-exactes De ceux qui par de maudits actes Vouloient son Trône renverser.

Et tout l'Etat bouleverser:

Mais le Chef (que chacun déteste)

150 De ce complot noir et funeste, S'étant absenté promptement, Sera repris mai-aizément, Quoy que l'on en ait grande envie:

Car comme il y va de sa vie,

I ({ Si le jour à ses yeux est cher.

C'est à luy de se bien cacher:

Toutefois, quel lieu, quelle ville Pouroit-il choizir pour azile ?

Qu'est-ce qui poura sans èfroy

160 Le protéger contre son Roy ? [ces QuelsRois,quelsPotentats,quelsPrin- Le recevront dans leurs Provinces? Puis qu'en ses projets insensez Us semblent tous intéressez.

165 On dit que parmy ses détresses 11 a d'excessives ricnesses.

Et qu'il a mis, comme en trézor,

A couvert un million d'or :

Pour moy, tout-de-bon, je puis dire 170 Que je n'ay point de Tire-lire,

Que loin a'avoir du superflus

Je n'ay pas trente Carolus :

Mais quelle que soit l'abondance

De son or et de sa finance, 175 En eût-il cent fois plein un muid.

Je ne voudrois pas être luy.

De Rome on ne dit pas grand'choze, Et cela fait que je supoze Qu'on pouroit traiter sourdement

1 80 Quelque bon acommodement.

Je ne diray rien de Venize, Ny des Peuples de la Tamize; Et j'observe un silence égal Pour l'Espagne et le Portugal ;

185 Les nouvelles qui nous en viennent Si peu d'èvénemens contiennent, Que je ne puis me dispozer Aies vouloir parafrazer.

Il court un bruit depuis une heure, 190 Et l'on me Ta dit, ou )e meure, Avec d'assez sages discours. Que dans dix, onze, ou douze jours.

Ou, pour le plus, dans deux semaines, Le Roy s'en revient à Vinceines ; 195 Et j'ay mesmement entendu Que Marsal à luy s'est rendu.

Pluzieurs Gens-d'honneur et de marque.

Qui sont prés d'iceluy Monarque, A divers amis l'ont mandé :

200 Mais de peur d'être outrecuidè.

Et de m'ériger en pécore, Je n'en assure rien encore.

Mais, Lecteurs, avant que finir.

Je m'en vais vous entretenir

205 D'un débat de fraîche mémoire, Qui poura passer pour histoire, Etonnante, s'il en fut onc.

Telle qu'elle est, voyez-là, donc.

Certain Villageois de Village,

2 10 Ayant par un badin langage Ofencé, non pas trois guenons»

Mais trois Objets assez mignons :

Ces trois Objets, ou ces trois Belles, Qu'il nommoit Filles naturelles,

2 1 5 Ayans le cœur estropié.

Après l'avoir bien épié.

Dans un défilé l'atrapérent, D'abord, de cent coups le frapérent

La Muze HiSTORiquE. — Septembre i66).

Au grand détriment de sa peau, 220 Mirent en pièces son chapeau.

Déchirèrent ses bouts-de-manches, Et mètans les mains sur les hanches, En repozant leurs bras, exprés, Luy dirent ces mots, à peu prés.

225 9 Franc malotru, langue pourie,

> Impudent fou, chien de voirie, » Boufon, Turlupin, Harlequin,

}» Mesquin, Taquin, Faquin, Coquin, 9 Cheval, Brutal, Vitupérable,

2^0 > Que t'avions-je fait, mizérable, 3> Pour dans tes infâmes cac^uets » Nous donner de faux sobriquets ?

3 Pendard, digne de cent nazardes, >» Pourquoy nous traiter de Bâtardes ?

2)5 Et, ce dizant, maints coups de poing Luy cassoient les dents et le groin :

Enfin, ce triste personnage.

Ce malheureux, à triple étage.

Privé de tout humain secours,

240 Leur tint en pleurant ce discours.

» Hé quoy? maudites Harangéres,

> Hé-quoy? Mesdames les Mégères, » Faut-il être si tapoté

» Pour avoir dit la vérité?

24^ Dés qu'il eut dit, ces trois Galantes, Plus farouches que des Bacantes, Luy donnèrent, du plus haut ton, Plus de trente coups de bâton.

Un de ses bras, â sang, blessèrent,

250 Une jambe luy fracassèrent, Sans le moinare grain de pitié Luy baillèrent cent coups de pié; Bref, par des rigueurs sans pareilles, Prenant une de ses oreilles,

2 5 5 D'un couteau neuf, ou ganivet, Luy coupèrent comme un navet :

Puis donnant pluzieurs coups, encore, A cet infortuné Landore, Selon le plus commun raport,

260 Le laissérent-là comme mort.

Quelqu'un m'a dit que la Justice Intenta contre leur malice Un grand et sévère procez.

Dont je n'ay pas sceu le succez.

265 O Princesse, après cette histoire, J'ay si grand soif que je vais boire.

Fait, d'un stile non optimus.

En Septembre, dies primas.

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