On ne sçauroit vous y placer
Quand \\ m'ût fait cette harangue.
Un autre déployant sa langue, Paroissant Homme de crédit, En s'aprochant de moy, me dit
95 D'une manière spècieuze, ï La Sale est si peu spacieuze, » Que je puis vous faire serment :d Qu'elle ne contient seulement, 1 Des places qui soient un peu bonnes,
100 » Quepourdeuxcenstrente personnes, 9 Et vous assure, en vérité, j> Que bien des Gens de qualité,
> Craignans d'avoir mesme disgrâce » Que le sieur Baron de la Crasse,
10^ » s'en sont froidement retournez 1 Avec, du moins, un pied de nez.
Ma-foy, quand il m'ût dit la choze.
Voyant toujours la porte cloze.
Je m'en allay sans murmurer,
1 i o Non, toutefois, sans espérer
De prendre, à toutes avantures, Un autre- jour mieux mes mézures.
Car il sera, durant ce mois, Encor dansé quatre ou cinq fois.
Janvier i66}. — Livre XIV. Lettre II.
115 Le sieur Lanier dé Lienbruney Digne d'honneur et de fortune.
Etemel éfroy des méchans, Qui dans Paris et dans les champs Font des vols et des brigandages,
120 Et, mesmes, souvent, des carnages; Ce Lanier, qui de tous cotez Poursuit ces Làrons éfrontez, Qui, détestant les forfaitures, A fait plus de cinq cens captures,
1 2 { Qui s'est hazardé mille fois Pour la protection des Loix, Et le maintien de la Justice; Après vingt-quatre ans de service, En qualité de Lieutenant,
130 Est Prévôt en Chef, maintenant.
C'est-à-dire Prévôt-de-l'Isle, Charge qu'aux champs et dansJa ville, Sans de temps perdre un seul moment , Il exerce prézentement;
1 5 5 Charge importante, et dans laquelle.
Comme on a remarqué son zélé A poursuivre les Gens pervers, On le receut à bras ouvers.
Ainsi, Brigands, Tireurs-de-laine,
140 Enfance toujours inhumaine, Qui les familles dézolez, Qui massacrez, qui violez, Cessez vos desseins téméraires, Quitez vos humeurs sanguinaires,
145 Pour le Bourgeois et le Passant; Tremblez, car cet Homme agissant, Qui pour la sûreté publique Métra son courage en pratique, Ne doit s'employer, dézormais,
1 $0 Qu'à vous courir plus que jamais.
Madame la Grande Prévôté, Femme bonne et sage, et dévote, L'autre-jour, à la Mort, céda, C'est-à-dire, elle décéda;
I $ 5 Et comme tout son exercice Etoit de détruire le vice Par die souvent combatu^ Et de pratiquer la vertu.
Qui du Ciel enseigne la route,
160 De son salut point on ne doute; Tout cœur pieux croid fermement Que son ame est au Firmament, Possédant la gloire éternelle; Toutefois, prions-Dieu pour elle.
i6( Tous les Ambassadeurs d^icy, Touchez d'un obligeant soucy,
Ont fait aux Majestez de France Des complimens de doléance.
Sur ce jeune Astre de la Cour 170 Qu'on mit au tombeau, l'autre-jour, Témoignans bien de la tristesse Du trépas de cette Princesse, Qui, sans doute, pouvoit tenir Un fort haut rang à l'avenir.
175 On m'a dit aue Monsieur le Prince, Gouverneur d icelle Province Oùl'on Yoid maints bons Compagnons, Que l'on apelle Bourguignons, Province en bons vins, sans égale,
1 80 Dont Dijon est la Capitale, Partit, d'icy, dernièrement.
Pour le susdit Gouvernement, (Duché, jadis. Héréditaire) Où sa prézence est nécessaire,
185 Pour agir avec plus d'honneur Aux fonctions de Gouverneur.
On croid, depuis quelques semaines.
Monsieur de Créquy, prés de Gènes, Où, possible, dans la Cité,
190 En laquelle il est vizité
Dans un Palais fort magnifiaue, Des. plus Grands de la Répuolique.
C'est, donc, encor l'opinion Que touchant la dés-union
1 9 5 Desdeux Cours de Rome et de France, Il faut garder quelque espérance:
Mais, pour un acommodement, Rome agit si bizarement, Qu'icy, les prudens Politiques
200 Jugent fort mal de ses Rubriques, Et que l'orgueil d'aucuns Romains Cauzera des maux, maints et maints.
Je n'ozerois pas me promettre Que la mienne prézente Lettre,
205 Qui ne dit rien que de Paris, Divertisse beaucoup d'esprits.
Notamment les Gens des Provinces, Les Etats lointains, ny leurs Princes, Ne parlant d'eux aucunement:
210 Toutefois, cazuëllement,
On m'a donné, depuis n*aguéres.
Quelques nouvelles étrangères, Dont l'une assure, pour certain.
En venant d'assez bonne main, [tes,
2 1 5 Que trois Seigneurs, de grands raéri- Trois Ambassadeurs Moscovites Arivérent,dé8 l'autre- mois,
LA MuzK HISTORIQUE. — Janvier 166).
En la Cour du Roy des Danois, Avec Prézcns, de conséquence,
220 Et si grande magnificence,
Q^ue piuzieurs demeurent d'acord Que dans tous les Cantons du Nord, Et, sur tout, dans cette Contrée, On ne vid jamais telle Entrée.
22 { Si quelques-uns sont curieux D'en sçavoir le détail des mieux, Le Maître du Bureau-d'Adresse En a fait mention expresse Dans VExtr'ordinaire courant,
2)0 Où l'on peut voir le demeurant.
Onasceu d'un Marchand de Rhodes, Que le Grand-Turc, pire qu'Hérodes, Etoit hautement irité.
De voir contre luy révolté 2 3 $ Un assez puissant Aversaire, Sçavoir le Bassa du Grand-Caire, Ou Bassa d'Egipte, autrement, Qui compte dans son armement Deux cens dix mil Hommes de guerre, 240 La plus-part portans cimeterre De trés-nn acier de Damas, Duquel grand et nombreux amas Je tranche tout-court le chapitre, Car je veux finir mon Epltre.
245 Comme il est extrêmement tard, Princesse,entroismots,Dieuvousgard.
Fait au mois de Janvier, le treize, Ayant, d'un veau, mangé la fraize.
LETTRE TROISIÈME
Du [samedi] vingt Janvier.
COURTIZANE.
Ma Princesse, nôtre dernière, Quoy que Lettre assez régulière, Et que d'un stile acoûtumé Tout y fut assez bien rymé, 5 Etoit stérile de Nouvelles, Et peu propre pour les Ruelles :
Mais cette Paix que nous avons, Et la saizon où nous vivons.
Sont cauze de cette dizette
10 Que l'on voit dans mainte Gazette :
Car, dans le temps de maintenant, Apellé Caresme prenant, On parie bien plutôt de dances.
De Mommons, de réjoûyssances,
I { De comiques contentemens, De jeux, de divertissemens.
De Balets, Cadeaux et Ripailles, Que de Sièges et de Batailles, Qui sont sujets plus èclatans,
20 Aussi bien que plus importans.
Mais si (comme c'est la coutume) La Guerre, au Printemps, se r'alume, Nous aurons un autre jargon Plus martial et plus gascon ;
2{ Nous parlerons dans nos Histoires
De déroutes et de victoires.
De marches et de factions, Et de circonvalations.
De camizades, d'escalades, 30 De Régimens et de Brigades, De brèche, de canon, (Tassaut :
Mais, à prézent, parier ne faut> Dans nos Epltres Gazetiéres, Que de doucereuzes matières.
} j Moy, vôtre trés-humble Valet, Fus, Lundy dernier, au Balet, Au Balet des Arts^ c'est-à-dire Au Balet du Roy nôtre Sire, Qui sous son Ré^e glorieux,
40 Dans Paris et maints autres lieux, Fait refleurir par excellence Les Arts, les Lettres, la Science :
Mais pour parier sincèrement De ce beau divertissement,
45 II ètoit remply de merveilles Pour les yeux et pour les oreilles, Il me parut digne des Dieux, Et jamais on ne dansa mieux ; Outre la parfaite harmonie
Janvier 166). Livre XIV. Lettre III.
Mfsde-
-aoùelles de S. Chnsio-
phe,
Hilaire, de
Cercaouiuo
ei de !a Barre.
D'une admirable synfonie,
Dont Baptiste, esprit transcendant,
Etoit Chef et Sur- Intendant,
Quatre Filles, qui sont de celles
Qu'on admire pour Chanterelles,
Firent alternativement
Goûter un doux contentement
Par leurs voix claires et seraines,
Plutôt Angéliques qu'humaines,
Et dont, par curiozité.
Tu peux voir les noms à c6té.
Je ne parleray point du reste De ce Balet pompeux et leste ; On en a fait un Imprimé, Où tout est si bien exprimé, Qu'aux Curieux il peut sufire, Et qu'on doit acheter et lire :
Mais je dézire, en ce moment.
Dire deux mots, tant seulement, De cinq admirables Personnes, De cinq adorables Mignonnes, Qui dans cet illustre Balet Jouèrent si bien leur Rolet De Bergères et d'Amazones, Que je croy que sous les cinq Zones, Et par-tout où luit le Soleil, II ne se voit rien de pareil.
Madame en ètoit la première.
Qui paroissoit toute lumière.
Tant par ses habits précieux Que par l'éclat de ses beaux yeux; On ne pouvoit, sans allégresse, Voir danser icelle Princesse, Et rien n'égaloit les apas De sa grâce et de ses beaux pas :
Cest ce qu'on ne luy peut débatre; Voicy les noms des autres quatre.
La Pucelle de Saint-Simon, FîUe d'un Duc, de grand renom, Et d'une Mère fort charmante, Fille, dont la beauté naissante.
Se rend digne, de jour en jour, D'admiration et d'amour, Fille, enfin, le rare moddle D'un ame si noble et si beUe.
Qu'on peut nommer l'ame et le corps.
Deux incomparables trézors.
Mortemar, cet An^e vizible Qui toucheroit le moins sensible,
Su'on ne peut voir sans soupirer, y, mesmement, sans l'adorer, Aquitoutcœurdoit rendre hommage.
Et dont l'angélique vizage, Fait, sans cesse, des amoureux.
Mais n'en fera qu'un seul heureux.
1 5 L'asréable de la Valliére, Qui d^ine excellente manière.
Et d'un air plus divin qu'humain.
Dansa la Houlette à la main.
Puis après, changeant de cadance,
1 10 En Amazone, avec la lance, Ayant le port et la fierté D une Belle de qualité.
Cévigny, pour qui l'Assemblée Etoit de merveille comblée,
1 1 5 Chacun paroissant enchanté De sa danse et de sa beauté; Fille jeune, Fille brillante.
Fille de mine ravissante.
Et dont les jolis agrémens
1 20 Charment les cœurs à tous momens.
Voila ce que j'avois à dire Dudit Balet de nôtre Sire, Oue je prétens bien de revoir, S^il plaît à Dieu, Lundy, le soir,
1 2 5 Pour lorgner encor la Personne De ce Brave Porte-Couronne, Dont la grâce et l'agilité.
Le port, la taille et majesté Sont autant d'objets qui ravissent,
130 Et ses bons sujets réjouyssent;
Bref, qui mieux qu'on ne peut penser.
Se connoit des mieux à aanser, Soit par haut, ou soit, terre à terre, Aussi bien qu'à faire la guerre.
I ; 5 Lundy,le jour Monsieur Saint Maur, L'unique Saint qui rime en aur, La Reme-Mére, jamais lasse Deviziter son Val-de-Grace, Où, du Louvre, elle va souvent,
1 40 Se rendit au susdit Convent,
Où certain sage et sçavant Homme, Lequel, Abbé du Bac, on nomme, Avec grande capacité, Prêcha devant Sa Majesté,
145 Les vertus de ce bon saint Père, Un des Patrons du Monastère, Dont bien des louanges il dit. Que de bon cœur on entendit.
Quoy que le temps fût assez rude,
1 50 Une nombreuze multitude
D'Altesses, Seisneurs et Bourgeois, Le dix-et-sept au prèzent mois, A Saint-Denis se transportèrent, Et pieuzement assistèrent
I ) 5 (Pour complaire à Leurs Majestez)
La Muze historique. — Janvier 166;.
Aux pompes et solennitez Que Ton y fit pour feu' Madame, Dont dans le Ciel est la belle Ame.
Quantité d'Habits- violets
160 Et d'autres Gens, leurs Tiercelets, Sçavoir Abez, Prieurs, Chanoines, Prestres, Curez, Vicaires, Moines, Tous Hommes consacrez à Dieu, Parurent en iceluy Lieu,
165 Connoissant,pourChefdeleurTroupe, Ce Prélat, ayant vent en poupe, Que pour Pasteur Paris atena, (Monseigneur de Rhodes, s'entend) Evesaue remply de sagesse,
170 (^ui ait, illec, la grande Messe, Oficiant, en vérité, Avec bien de la gravité.
De la Cha- La Muziquc oe la Chapelle, dtt^Roy. Digne d'une gloire immortelle,
175 Et celle de la Chambre, aussy.
Que, par un noble et beau soucy, Le sieur Boisset, Homme très-rare, Qu'avec justice Ton compare Aux Amphions du temps passé,
180 Etant dans son Art bien versé, A, de belle et bonne manière, Remize en sa splendeur première.
Ces deux grandes Muziques, donc, Admirables, s'il en fut onc,
185 Avec des douceurs sans-pareilles.
Charmèrent toutes les oreilles.
En commençant par un Motet Compozè par ledit Boisset, Par où, toute la Compagnie
190 Admira son divin génie,
Très-propre à faire de beaux Airs Pour de mélodieux Concerts.
L'Assemblée étoit, donc, célèbre, Et dans cette Action funèbre
195 (Ce m'a dit un Amy loyal) Tout y parut vrayment Royal.
[me.
Le Seigneur Conty, très-sage Hom- A prèzent Gouverneur de Rome, Gardant mieux l'ordre et la douceur,
200 Que non pas son prédécesseur.
En méritant la bonne grâce Des Grands et de la Populace, Se fait, illec, autant aimer.
Que l'autre s'y faizoit blâmer.
205 Ilestamy delà Justice, Il fait observer la police.
Et de ses dits, et de ses faits, Les Romains sont fort satisfaits.
Croyans voir en ce Personnage 2 1 Un beau temps, après un orage.
J'ay sceu, je ne sçay plus par qui, Que Monsieur le Duc de Créqui, Contre la commune espérance, A fait, enfin, descente en France,
2 1 $ S'étant à Toulon débarqué ; J'en suis tout embrelicoquè, Et, tout-de-bon, j'ay l'ame en peine Touchant l'injustice Romaine, Car ce retour n'est nulement
220 Indice d'acommodement:
Mais, quoy que je ratiocine.
Rien, pourtant, je n'en détermine, Messieurs les Ministres d'Etat Seuls, en sçavent le rézultat.
225 Quitons cette importante Afaire, Que le temps nous rendra plus claire; Et parlons d'un célèbre Autheur Dont je suis grand admirateur.
Cette Pièce de conséquence,
2^0 Qu'avec extrême impatience On atendoit de jour en jour, Dans tout Paris et dans la Cour, Pièce qui peut être apellèe Sophonisbe, renouvelée,
2 ] 5 Maintenant se joue à l'Hôtel, '^\^^" Avec aplaudissement tel, ^°^"*^"
Et si grand concours de personnes.
De hautes Dames, de Mignonnes, D'esprits beaux en perfection,
241 Et de Gens de condition.
Que, de longtemps, Pièce nouvelle Ne receut tant d'éloges qu'elle.
Je ne m'embarasseray point A déduire, de point en point,
245 Ses plus importantes matières, Ny ses plus brillantes lumières :
Pour dignement les concevoir.
Il faut les oûir et les voir ; Je veux, pourtant, dans nôtre Histoire,
250 Prouver son mérite et sa gloire Par un invincible argument, .
Car en dizant, tant seulement.
Que cette Pièce nompareille Est rOuvrage du grand Corneille,
2 5 { C'est pousser sa louante à bout.
Et qui dit Corneille, dit tout.
O Princesse, après cet article, Je vais resserrer la bézicle, Je vais encre et plume quiter,
Janvier 166). — Livre XIV. Lettre IV.
260 Je n'aj plus rien à vous conter.
Le moment du souper aproche.
Et mon Rôt est hors de la broche.
Fait, d'un ianga^ assez décent, L'anti-veille de Saint Vincent.
LETTRE QUATRIÈME
Du [samedi] vingt-sept Janvier.