‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 26 sur 84 · ODORANTE · texte numérisé non relu

ODORANTE

Commençant ma Lettre dernière.

Je n'avois que peu de matière, Et c'est ce qui me gêna fort ;

Mais on doit demeurer d'acord j Que c'est, encor, un grand martire D^avoir trop de chozes à dire.

io8

La Muze historique. — Octobre 1663.

Gela donne bien du tourment, C'est où j'en sois prézentement ; J'ay, de divers Ecritoires,

10 Tant de sujets et de mémoires (Et chacun assez important) Que jamais je n'en receus tant:

J%n ay Tame toute confuze.

Et certainement, n6tre Muu

I j Ne sçait, dans mon peu de loizir, Ny que laisser, ny que choizir :[gage Mais comme un temps bien bref m en- A métré la main à rOuvrage, O Princesse, pour qui mes Vers

20 Ont fait tant a'Elo^es divers, Quoy qu'avec un stile assez mince, Je vais commencer par un Prince.

Monsieur le Duc de Mekiebourg, Logé dans le plus grand Fauxbourg,

25 En un H6tel, d'où Ton découvre Un des plus beaux cotez du Louvre, Se laissant, jadis, infecter Des abus de Martin Luther, Qu'il avoit sucés dés l'enfance;

)0 Ayant, depuis qu'il est en France, Ecouté les ensei^emens, Et les saints éclaircissemens Du Sieur Péan, Docteur habile A bien expliquer l'Evangile,

) 5 De Dieu mesme étant inspiré, A son Hérézie abjuré.

Et s'est mis, dés l'autre-semaine, Dans la Religion Romaine, Mr le Car- Qù cét lUustre Cardinal, Antoine. Qui des Vertus est un fanal , Dans une allégresse infinie, Le receut en cérémonie.

Ayant alors pour Assistans, Avec des habits éclatans,

45 Trois autres Prélats d'importance, D'Auche, Périgueux et Coutance.

Ce fameux et nouveau Romain Put Confirmé le lendemain.

Et par le souhait de luy-mesme,

50 A Christian, son nom de Baptesme, En ce beau principe de Foy, Fut ajouté celuy du Roy ; Nom, qui donne à ce Prince Illustre Encor plus d'éclat et de lustre,

{ j Ayans les sens tous réjouis D^étre apellé Christian-Loùis:

Vu, mesmes,aue ces Noms de gloire, Ces Noms d'étemelle mémoire, Luy donnent deux grands Souverains

60 Pour Protecteurs et pour Parains, Deux Rois de suprême puissance.

Le Roy du Ciel, le Roy de France.

Au point de sa Conversion, Et de sa Confirmation,

65 Ce Cardinal pieux et sage Entretint ce naut Personnage (Comme par forme de leçon) D'une si oénigne façon.

Et par des discours si sincères,

70 Touchant nos sublimes mistéres.

Qu'il en fut fort édifié, Et tellement fortifié

Sue sa Vocation nouvelle ê sera pas moins qu'étemelle.

75 Après ce changement heureux, Ce Prince, des plus ^néreux, A qui tout bon-neur je dézire, Alla voir le Roy nôtre Sire, Qui de son abjuration

80 Montra grande exultation :

Aussy firent nos sages Reines, Qui par desbontez plus-qu*humaines Témoignans leur contentement, L'aplaudirent chrétiennement.

8 5 Après quoy, ladite Eminence Avec une exquize dépence, A Paris étant de retour, Dans son Palais, ou b^u séjour, Fit une chère magnifiaue

90 A ce çrand Prince Catnolique, Dont j'ay l'honneur d'être connu.

Et suis chez-luy le bien-venu.

Quelqu'un ma dit qu'un fort sage Ho Lequel Monsieur Le-Coc se nomme,

95 Par ses soins et ses entretiens, Et ses raizonnemens chrétiens, (Comme il a bon sens, et conduite^ A la Conversion susdite, Agissant avec jugement, 100 A contribué, fortement:

Et, mesmes, cette Maréchale, ^jJ Dont la vertu n'a point d'égale, d/fi Directrice, avéque raizon, S"?^

D'une sainte et chaste Maizon , des 10; A qui, pour ses rares mérites , ^ Ce Prince rendoit des vizites.

Ses charmans discours écoutoit, Et bien-souvent en profitoit.

Bref, l'on tient que cette belle Ame, 1 1 Cette aimable et prudente Dame, A de ce divin changement Jeté le premier fondement, Dieu se servant de sa sagesse

Octobre i66j. — Livre XIV. Lettre XXXIX.

Pour le salut de cette Altesse, 115 Auquel Prince, de vive voix,

J'aT, mesxnes, cité quelquefois

Maint passage, à toute avanture,

Tiré de la Sainte-Ecriture.

Mais c'est assez sur ce sujet, 1:0 Changeons de matière et d'objet.

Je fis couler, l'autre-semaîne, Un petit filet de ma veine En faveur de ces Chevaliers Assemblez dans les Cordeliers

12^ Pourouyr le Divin Service, Pour assister au saint Ofice, Pour leurs statuts autorizer, Et la Feste solennizer De leur Institut autentique,

ip Qu'on peut nommer Ordre Angélique, Puis que leur Patron précieux Est le plus bel Ange des Cieux.

Pour, donc, parler d'eux davantage Dans ce prézent nouvel Ouvrage,

nj Je diray qu'iceux Congrégez, Aucuns jeunes, d'autres âgez, Qui de Saint-Michel ont le titre, Au susdit Lieu tindrent Chapitre, Où prèzida, de bonne-foy, M' de Sourdis, pour le Roy, De la Cour en ayant eu Tordre, Car nôtre Sire est Chef de l'Ordre, Et fait paroftre quelque ardeur De luy redonner sa splendeur.

Ces Chevaliers, en leurs Séances, Se soumirent aux Ordonnances Que de sa propre autorité En a faites Sa Majesté, Dans des Brevets, dans des Mémoires,

MO Dans des Lettres Déclaratoires, Qu'adressa ce Roy glorieux, Ce Monarque victorieux (Que j'aime de toute mon ame)

^ Au Chevalier de Sainte-Jame.

Messieurs les susdits Chevaliers Ayans leurs Croix-d'or et Colliers, Etans au nombre de quarante.

D'autres dizent plus de cinquante, Firent une Procession

ï6o Avec Unt de dévotion, Que cela toucha fort les âmes De milliers d'hommes et de femmes, Qui vindrent sur les lieux, exprés, Pour voir la Feste de plus prés,

lij £t, de long-temps, cérémonie N*avoit eu telle compagnie.

Cbenâer béeu Ort«

Le Masle, Homme d'entendement^ d^d^Ordre

Oficia dévotement et"chanoioe

de NAtre- Dame.

Avec tout le zélé ordinére

170 Requis en semblable mistére:

Bref, dans cette Solennité, Tout fut sagement concerté, Rare et grande y fut la Muzique, On y chanta maint beau Cantique :

175 L'Abbé Bizot, Homme de prix.

Estimé des meilleurs Esprits, Et que l'on sçait avoir la gloire D'exceller en l'Art oratoire, Y prêcha, ce dit-on, si bien,

1 80 Qu'au sens de pluzieurs Gens-de-bien, Et de toute Ame raizonnable, H fit un Sermon admirable.

J'ay sceu d'aucuns Particuliers Divers noms d'iceux Chevaliers,

185 Qu'on dit être le plus en passe, Ausquels icy je donne place :

Davis, Aubin, Bonchamp,Grandcourt, Sainte-Jame, de Grimancourt, De Crézé, La-Tour, Casseville.

190 Dont pluzieurs sont de cette ville ; Des autres, fors Monsieur Le-Brun, Je ne sçay le nom de pas-un :

Mais c'est assez sur le chapitre Dudit Ordre et dudit Chapitre.

195 Si l'on m'a dit la vérité,

Monsieur et Madame ont été

A Chantilly, rendre vîzite

A ce Prince de ^and mérite,

Et ({ui s'est aquis tant d'honneur, 200 Qui, dés long-temps, en est Seigneur.

Il fit des chères sans égales

A ces deux Altesses Royales,

Donna des divertissemens

A cauzer des ravissemens, 205 Pêche, Chasse, Danse, Muzique,

Avec maint Spectacle comique,

Qu'illec, reprézentérent lors,

Le sieur Molière et ses consors.

Enfin, cette Altesse Guerrière 210 Receut de si belle manière

Monsieur et Madame, chez*luy,

Qu'un Ouidan m'a dit, aujourd'huy.

Qu'on n'ût pas pu mieux agir,mcsmes,

Pour régaler des Diadesmes ; 215 Et je croy qu'équitablement

Je tais de luy ce jugement.

Qu'il sçait, du moms (tans rien rabatre)

Aussi bien traiter, que combatre ;

Et, dans ce Paralelle-là,

Mr

le Priace.

La Muze historique. — Octobre i66).

220 C'est beaucoup, que dire cela.

Vers le milieu de la semaine On Dansa, dit-on, à Vinceine^ Au grand Apartement Royal, Un petit Balet jovial,

22$ Qui d'une Nopce de Village Etoit la Peinture, ou l'Image, Qui fut des mieux exécuté, Et dont étoit Sa Majesté, [ces,

Pluzieurs Seigneurs et quelques Prin-

230 Et d'autres Gens un peu plus minces.

Faute d'avis, venus à temps.

Je ne vy point ce passe-temps, Car, pour lors, j'étois à Versaille^ Avec des Gens levans la paille,

235 Qui n'ètoient Comtes, ny Mar(]uis, Mais des Gens de mérite exquis.

Et des Dames belles et bonnes, Deux desquelles sont fort Mignonnes, Et toutes, très-certainement,

240 Pleines d'esprit et d'agrément ; Nous vîmes le subtil Dédale De cette Demeure Royale, Du jardin les charmans atraits, Les belles Chambres, les Portraits ;

245 Nous fîmes grande man^erie, Nous vîmes la Ménagene, Dont les chères commoditez, Dont les belles diversitez, Dont les raretez infinies

250 Réjouissent les Compagnies, Et cela tint lieu de Balet

A v6tre trés-humble Valet.

Mais ii'ayant rien apris d'Espagne, Je vais dire un mot d'Alemagne.

Selon les discours de Paris, Newhauzel n'est pas encor pris.

Des Soldats commis à sa garde, La rézolution gaillarde, Embarasse terriblement

260 Les Seigneurs Turcs à tout moment :

Mais, par un esprit de vengeance.

Cette mfidelle et fiére Engeance, Par Quantité d'actes méchans, Dézoïent tellement les champs,

26 { Qu'ils ont fait fiiir tout le monde A cinq cens stades à la ronde ; Toute honte en eux ètoufans, Ils massacrent jusqu'aux enfans, Les Autels sont sans privilèges

270 Pour ces inhumains sacrilèges, Leur èpouventable fureur Cauze bien-loin de la terreur, Ils n'acordent ny paix, ny trêve; Que la male-peste les crevé.

27 $ Après ces tragiques propos, Je vais prendre un peu de repos, En me couchant dans le lit nôtre :

Princesse, adieu, je suis tout vôtre.

Le six du Mois, ayant mangé 280 Du Raizin nouveau vendangé.

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