‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 27 sur 84 · LETTRE QUARANTE · texte numérisé non relu

LETTRE QUARANTE

Du [samedi] treize Octobre.

àduste.

Pluzieurs, qui sur mes Vers ru-

[minent.

Assez plaizamment s'imaginent Que quand il faut faire un narré J'y SUIS dès long-temps préparé ; Que par de précèdens études J ay des magazins de Préludes, De Dates et de Complimens, De Fins et de Commencemens,

Et que le premier d'eux ^ui s'crfre, 1 Fouillant dans mon armoire, ou cofire, Est inséré dans mes travaux Comme une selle à tous chevaux :

C'est ainsi que de mes afaires Se mêlent ces Vizionnaires, I j Dizans que c'est leur sentiment Qu'on ne peut agir autrement.

Ce procédé seroit commode.

Octobre i66}. — Livre XIV. Lettre XL.

Mais ce n'est pas-là ma métode ; 2^ Si jamais le jour de Vénus,

'' Ou celuy du Sieur Satumus, \Ieur tour, ne venoient paraître.

Je jure Apollon, nôtre Maître, Ou plutôt, foy-d'Homme-de-bien, Que je ne ferois jamais rien ;

2 j Lès autres jours c'est ma coutume De laisser repozer ma Plume, Ayant grand soin de détourner Tout ce qui me pouroit ^êner :

Telle est, dans 1 Art que je professe,

30 Ma façon de faire, ou paresse.

N'ayant jamais eu, comme aucuns,

D'Agendas, ny de lieux communs.

Mais, ô Princesse, que j'honore,

Aujourd*huy, mon sort je déplore,

] S Mon pauvre esprit est suspendu, Je SUIS dans Vincène atendu.

Pour voir la beauté sans seconde D'un des plus rares Feux du Monde ; Enfin, il m'y faut donc allen

40 Mais le moyen de travailler ?

Car si j'entreprens ce voyage Il faut quiter, icy, l'Ouvrage, Et ne revenir que demain Pour mètre la plume à la main.

4$ La Gazette en sera moins bonne, N'importe, Dieu me le pardonne, 11 faut en me satisfaizant.

Que j'aille voir ce Feu plaizant, Qui m'agréra mieux qu une Noce ;

(0 Mais en atendant le carosse Qui me doit mener audit Feu, Avançons cet Ouvrage un peu.

Vers la fin du mois de Septambre, Deux Conseillersdela Grand-Chambre,

)5 Sçavoir Monsieur de Verthamond, idgistrat d'esprit net et rond.

Et Monsieur Doujat, Personnage Estimé fort prude et fort sage, Et, tous-deux, candides amis

60 De Madame sainte Témis, De ce bas-Monde disparurent, C'est-â-dire, hélas ! qu'ils moururent, Etans fort plaints et regrétez Pour leurs louables qualitez.

65 Verthamon, au Roy trés-fidelle. Eut toujours pour luy bien du zélé, Durant ces orages maudis Qui firent tant de maux, jadis ; Et Doujat, Homme trés-habile,

70 Esprit profond, esprit fertile,

Egaloit en capacité.

Doctrine, sagesse, équité.

Et conseils justes et sincères,

Ses plus honorables Confrères :

7j Mais quoy qu'iceux Jurisprudens,

Dignes d'être un jour Prézidens,

Fussent dans le siècle où nous sommes

Deux bons, deux grands, deux justes Hommes,

Des saintes vertus amoureux, 80 Prions Dieu, Toutefois, pour eux ;

Mais j'entens venir la voiture,

Trêve de Vers et d'écriture,

Il faut demeurer où j'en suis.

Le reste à demain, si je puis.

85 Je suis de retour de Vinceine,

Je vais, donc, r'ouvrir nôtre veine,

Pour dire un peu, par-cy, par-là,

De ce que mes yeux virent-là :

Car faire de cette matière 90 Une description entière,

En trois ou quatre heures de temps,

Ce n'est pas à quoy je prétens.

On n'avoit vu de cette année

Une si luizante journée, 95 Jamais dessous un Ciel d'azur

L'air ne fut si net et si pur,

Jamais l'Astre de la lumière,

Qui dans sa splendide cariére

Sert à l'Univers de flambeau, 100 Ne fut si riant, ny si beau.

Et, toutefois, jamais ses fiâmes.

En respectant le teint des Dames,

N'ûrent tant de discrétion,

Ny tant de modération; 105 Bref, pour m'expliquer davantage,

De ce Dieu le brillant vizace

Soit en montant, ou décendant,

Fût toujours clair, et non ardant.

Le Roy, donc, qui toujours travaille, 1 10 Fit ce jour-là mètre en bataille

Environ prés de dix milliers

De Fantassins et Cavaliers,

Qui sous une belle conduite,

Sont de sa Garde ou de sa Suite, 1 1 s Soit François, ou soit Etrangers,

Gensd'armes, ou Chevaux-Légers,

Gardes de son Corps, ordinaires.

Et grands et petits Mousquetaires,

Avec ceux qui servent, enfin, 1 20 Au nom de Monsieur le Daufin,

Dont est Chef le Brave Valiére,

De mine agréable et guerrière,

Et qui parmy les Châs Galans

La Muzb historique. — Octobre 166$.

Paroissoit un des plus brillans.

1 2 5 Tous lesquels Gens de guerre insignes , Arangez sur deux ou trois lignes, En escadrons et bataillons.

Aucuns d'eux plus larges que longs, Et les autres plus longs que larges,

130 Firent chacun piuzieurs décharges A l'aspect de Leurs Majestez, Et de plus de mille Beautez, Qui sur quelques hauteurs costiéres Regardoient ces Troupes guerrières,

I } $ Qu il faizoit (sans mentir) beau voir; Et sur les cinq-heures du soir, Qui défilèrent, enfin, toutes, Et par de verdoyantes routes.

Les jeunes et les vieux Routiers

140 Firent retraite en leurs Quartiers. Après que le bel œil du Monde Eût caché ses clairtez dans l'onde, La Cour, presque au mesme moment.

Changea de divertissement.

145 Un Feu de lueur prompte et claire.

Succédant à l'Astre Solaire, Remplit la Région des airs De tant de radieux éclairs, Que la Lune, alors blanche et belle,

1 50 Auprès d'eux ne parut plus telle, Et ne recouvra son beau teint Que quand ledit Feu fut éteint:

Mais ce qui surprit davantage Dans ce rare et flambant Ouvrage,

155 (Qui ne charma pas pour un peu) Ce fut un Carouzel de feu, Où des Gens qui n étoient pas bestes, Courans le Faquin et les Testes, Avec leurs lances et leurs dards,

160 Faizoient sortir tant de pétards De serpenteaux et de fuzèes, Tant de comètes embrazées.

Et tant de divers feux luizans, Que la plus-part des Courtizans,

16$ Oficiers, Badauts et Nourices, Tant spectateurs, que spectatrices,

Suetoas (il le faut avouer) e cessoient presque de louer Monsieur de Montbrun-Soucarière,

170 Qui d'une si rare manière

Les avoit, tant grands que petits.

Agréablement divertis :

Car luy seul, par magnificence,) En fit, ce dit-on, la dépence,

17 j Et de ces spectables plaizans.

Réjouit, presque, tous les ans. Comme par forme de Régale,

La Cour et la Maizon Royaie.

Si moins de temps j'ûsse perdu,

1 80 Je me serois plus étendu Sur la générale Revue, Que de mes propres yeux j'ay vue, Etant un sujet signalé, Et sur le Feu dont j'ay parlé,

185 Ils en méritoient bien la peine:

Mais quoy f revenir de Vinceine (Aussy vray que la Lune luit) Qu'il étoit onze heures de nuit.

Sans avoir mangé pain, ny pâte,

1 90 Tant de retourner j avois hâte.

Avec un rûme et mal de dents, Et tout plein d'autres accidents, (Ce qui n'est que trop véritable) Cela me doit rendre excuzable.

19 J Mesmes, je n'ay pas le loizir, Quoy que j'en aye un grand dézir, Et que j'en sois digne de blâme, 1

De remercier une Dame, ''*^'-

Qui dans son noble apartement Bcacrm

200 Me receut très-civilement.

Pour V voir le Feu d'artifice.

Dieu la conserve et la bénisse.

Mais, enfin, quoy que l'Imprimeur Fasse bruit, vacarme et rumeur,

205 De ce que plus que de coutume Il atenct après nôtre Plume, Me dût-il saisir au colet, Je vais faire encore un couplet.

Les Turcs, ou plutôt les Tartares,

210 Qui combatent pour ces Barbares, Avec leurs feux et brûlemens, Pillages et rançonnemens.

Pour contenter leur noire envie, Ont ruiné la Moravie.

2 1 5 Ces scélérats, ces fiers mâtins, Ayans fait de riches butins.

Sans avoir égard â nul âge, Ont exercé, mesmes, leur rage Sur les Enfans et les Vieillards,

220 Et ces redoutables Pillards, Animez de desseins injustes, N'épargnent que les plus robustes, Tant des hommes que des garçons, Ou pour en tirer des rançons,

225 Ou des plus forts et des plus braves Faire des malheureux Esclaves.

Mais ce qui de leur Grand Vizir Doit bien modérer le plaizir, Et le rendre, mesmes, fort triste,

230 Newhauzel toujours luy réziste,

Octobre i66}. — Livre XIV. Lettre XLl.

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