II
Et voire, dit-on, à tel point, Qu'on croid q[u'il ne la prendra point, Quoj qu'il soit vray qu à SaHautesse Ledit Vizir eût fait promesse
2^ 5 D'abatre ses murs et ses Tours, Et l'envahir dans quatre jours, Malsré (dizoit-il) tout obstacle; Ma foy, je tiens à vray miracle Qu'elle ait si long-temps rézisté
240 A cette énorme quantité
De preux et puissans aversaires, Solaats, Spanis et Janissaires, Et, bref, à ce grand Armement, Dont voicy le dénombrement,
24^ Selon qu'un Quidan le compile.
Des Hommes, prés de deux cens mille, Des canons, cent septante-et-huit.
Oui tirent quazi jour et nuit, cEargez des poudres les plus fines,
250 (Ycomprizesles couleuvrines) Cent pétards, cinquante mortiers, Dix mil deux cens douze Chartiers,
Conduizans les blez et brûvages, Les fers, les chaînes, les bagages;
2 5 5 Enfin, pour payer les gros frais, Et les Soldats tant vieux aue frais, (Comme en tous les lieux de la Terre L'argent est le nerf de la guerre) Trois millions de séquins d'or ;
260 Et par dessus c^ grand Trézor, Plein cinauante-et-quatre bariques D'argent de diverses fabriques, Et (sans vous conter des fagots) Douze cens bares, ou lingots.
265 Tout cela aue je viens de dire, Qui pouroit compter un Empire, Ou, presque, un Monde universel.
Ne peut rien contre Newhauzel.
Adieu, Généreuze Princesse, 270 La verve manque, et le jour cesse.
Ecrit, 6 Lecteur, mon amy, Douze jours après Saint-Remy.