‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 29 sur 84 · LETRE QUARANTE-UNE · texte numérisé non relu

LETRE QUARANTE-UNE

Du [samedi] vingtième Octobre.

BROCHâE.

Entre ces divers Préambules, Qui, selon certains Ridicules, De longue-main sont préparez Pour métré devant mes Nârez,

S Jeprens un d'iceux, 6 Princesse, Pour en régaler Vôtre Altesse.

Cétuy n'a pas grande vertu, 11 n'est ny joly, ny pointu, C'est un avorton ae ma Veine,

10 Je l'ay fait sans beaucoup de peine, Je vous l'avoué, icy, tout-franc :

Mais il faut qu'il passe en son rang.

Enfin, le bruit commun raporte Que cette Ville belle et forte, 1$ Qui par-tout a tant de renom, È dont Newhauzel est le nom, Après s'être bien défendue, S W assez lâchement rendue :

Mais ce qui cauza ce méchef

20 Ne fut pas la faute du Chef, Qui d'un grand courage se pique, Ouy-bien une terreur panique.

Dont furent surpris, sans raizon, Les Soldats de la Gamizon,

2 5 Qui d'une froide peur frémirent, Se mutinèrent et s'aigrirent.

Se cantonans par-c)[, par-là.

Ce qui fit qu'on capitula Pour sortir doucement d'afaire :

30 Quelques-uns dizent au contraire Qu'ils étoient au de-là du pain, Et qu'ils mouroient presque de faim :

D'autres,qu'unmanquementdepoudre Les fit finalement rézoudre

55 De se soûmétre au bon plaizir Du redoutable Grand-Vizir, Qui leur permit, par arbitrage, De sortir armes et bagage Sans leur impozer d'autre loy;

La Muze historique.— Octobre 166).

46 Mais s'il leur a gardé sa foy, (Comme tout Turc est infidelle) Je n'en ay ny vent ny nouvelle.

Si ces Soldats, dans quelques jours, Eussent espéré du secours,

45 Et prétendu quelque assistance Pour apuyer leur rézistance, En divers lieux dire j'entens Qu'ils eussent tenu plus long-temps : Mais voyans la lenteur extresme

50 De l'Empire et l'Empereur mesme, Dans les soins de les dégager Du proche et vizible danser, Et de la mort épouvantable Qui leur étoit inévitable,

; 5 Nonobstant la fidélité, La constance et la fermeté Qu'ils avoient ensemble jurée Etre d'étemelle durée; Et, bref, malgré les beaux discours

60 Qu'ils tenoiententr'eux tous les jours, Iceux ont mieux aimé se rendre, Que se faire empaler, ou pendre.

Certainement, pluzieurs Etats, Pluzieurs Villes et Potentats,

65 S'étonnent fort que Léopolde Ayant tant de Gens à sa solde, Ou qui du moins en doit avoir, Se piquant fort d'un grand pouvoir.

Ait laissé perdre cette Place ;

70 Je le plains de cette disgrâce.

Car quoy qu'il fasse, dézormais, Il ne la reprendra jamais.

Qiiand le Turc, haut et puissant Prince, S^empare de Ville, ou Province,

7j On n y doit plus prétendre rien, Et ce qu'il tient, il le tient-bien.

Après cette prize susdite, D'iceux Turcs, l'Engeance maudite, Tartares, Soldats et Spahis,

80 Courent, dit*on, le plat-Pais, Et font par-tout tant de vacarmes.

Que Vien!ne en est en alarmes; Messieurs les Princes Electeurs Sont déplaizans de leurs lenteurs,

85 La Diète en est étonnée, L'Alemagne en est consternée, Quazy d un bout à l'autre-bout, La frayeur y régne par-tout :

Car, ensuite de sa conqueste,

90 Le Grand-Vizir, qui n'est pas beste, Etant d'honneur assez glouton, Veut venir jusqu'au Rhm, dit-on.

Fleuve, ou Rivière d'importance.

Qui n'est pas trop loin de la France;

9 S Et s'il çrétendoit le passer, Ce seroit à nous à danser.

Mais avant que manger nos soupes, Il auroit afaire à des Troupes Qui sçauroient l'art de guerroyer,

100 Et non celuy de s'éfroyer :

Puis il verroit des Capitaines, Des Condez, Fertez et Tureines, Et maint autre illustre Routier Qui sçavent assez le métier

los Et d'ataquer et de défendre, Et de percer et de pourfendre.

De plus, un Prince généreux.

Un Roy, de la gloire amoureux, Enchériroit sur leurs brizées,

1 10 Et n'auroit pas les mains croizées:

Mais, en vain, je dy tout cela, Je croy qu'on n'en viendra pas-là ; L'hyver qui finit la Campagne, Les braves Princes d'Alemagne,

11 ; Ses Villes, ses Communautez,

La peste et les nécessitez, Fléaux d'une trop grande Armée, Réduiront, possible, en fumée, Les desseins trop tumultueux 1 20 De ce Vizir prézomptûeux.

Qui, jusques-icy, se peut dire l/horible terreur de 1 Empire :

Mais laissons-là ce Grana- Vizir, Employons-mieux nôtre loizir.

1 2 5 Comme il faut qu'à la mort tout cède.

L'excellent Sieur de Calprenéde, Si renommé dans l'Univers, Pour sa Proze et pour ses beaux Ven, A sucombé sous cette Parque,

1^0 Et de Caron passé la Barque ; Enfin, par la rigueur du Sort, Cet admirable Auteur est mort :

Mais personne ne peut débatre Que sa Cassandre et CUopatre,

I ] ) chères merveilles de nos jours.

Malgré sa mort vivront toujours.

Pour son Pharamondy c'est dommage Qu'à cet incomparable Ouvrage, Pour le plaizir du Genre-Humain,

140 II n'ait mis la dernière main:

Mais on m'a dit que Sommaville, Un des Libraires de la Ville, Qui tient sa Boutique au Palais, Fut sur des chevaux de relais,

145 Chez le Mort, recueillir les restes

Octobre 1663. — Livre XIV. Lettre XLI.

Des Amours, intrigues et gestes, Que cet Esprit rare et fécond A laissez, audit Pharamond, Avec maint instructif mémoire 1 ^0 Pour concluzion de l'Histoire, De ce Romant illustre et fin, Dont chacun voudra voir la fin.

Dans Long-champ .noble Monastère, Dont, dit-on, la Régie est austère,

I j 5 On fit avec dévotion, L'autre-jour, la Translation Du Corps de feu Saint Alexandre ; Et, ce qui doit un peu surprandre, C'est que le Corps du Saint susdit

lôo Eioit entier, à ce qu'on dit, Ouoy qu'il eût soufert le martyre Dan trois ou quatre de l'Empire De Décie Empereur Romain, Qui fut Prince trés-inhumain.

M.^.Tjf Dudit Long -champ, lasageAbbesse, Qui les saintes vertus professe, Fit avec grand zélé et oonté Les frais de la solennité :

Mais ayant perdu le mémoire

170 Qui m instrùizoit de cette histoire.

Que dessus ma table on vola, Je n'en puis dire que cela, Sinon qu'on fit grande Muzique, Et que tout y fut magnifique.

175 Diverses Gens nous font raport.

Que Monsieur le Duc de Beaufort Ne fait pas trop mal ses afaires Contre les dangereux Corsaires, Qui sur les vagues de la Mer

180 Ne cessent jamais d'êcumer.

Faizant contr'eux mainte poursuite, II les met bien souvent en fuite.

Et les reduizant aux abois.

Les dévalize, Quelquefois,

i8^ De maintes ricnes marchandizes Que sur les Chrétiens ils ont prizes, Et par sa valeur et bonté.

Délivre de captivité [rares,

Pluzieurs Gens, tant communs, que

190 Des fers de ces cruels Barbares.

Dieu bénisse ce Général, C'est-à-dire, cet Amiral Oui fait des actions si belles.

] aime bien semblables nouvelles,

195 C'est ce que l'on prône de luy.

C'est le bruit c)ui court aujourd'huy.

Et qu'on m'a dit cette semaine :

Ma joye est, pourtant, incertaine, Le Bureau qui le doit sçavoir, 200 De cela ne nous fait rien voir.

Soissons, Grand Colonel des Suisses, Aimé du Roy pour ses services, Et pour sa noble Extraction, Allant prendre possession

205 (Sur le déclin ae la Campagne) Du Gouvernement de Champagne ; De pluzieurs Gens nous avons sceu Qu'il y fut dignement receu.

Et, sur-tout, avec grande joye,

2 1 o Dans Langres, dans Chaumont, dansTroye, Où les Maires et Gouverneurs Luy firent d'extrêmes honneurs.

Et, mesmement, la Bourgeoizie La plus leste et la mieux choizie,

2 1 5 Qui dehors leurs murs, bien-avant, Furent bravement au-devant, De leurs armes le saluèrent.

Et cent et cent fois le louèrent.

Je n'ay rien apris de Turin 220 Qui doive exercer mon burin ; Je n'ay rien apris par personne, Ny de Madria, ny de Lisbonne, Ny de Bruxelles, ny d'Anvers, Dont je puisse embellir mes Vers, 225 De Stokolm, ny de Cracovie, Ny de Milan, ny de Pavie, De Vaugirard, ny de Meudon, Je leur en demande pardon :

Il faut, donc, qu'icy je termine 230 Ma Lettre f qui n'est pas trop fine :

Toutefois, à moins d'être sot, Dizons de la Cour quelque mot.

Le Roy, le Daufin et les Reines, Dés Lundy auitèrent Vinceines,

2} 5 Pour Versailie, autre charmant lieu, (Qui me plaît bien, ma foy-de-Dieu) Où les chasses, les exercices, Qui de pluzieurs sont les délices.

Les concerts, les banquets friands,

240 Les jeux et spectacles riants, Comme passe-temps nécessaires.

Succèdent aux soins des afaires ; Toutes ces chozes, tour-à-tour, Ocupans aujourd'huy la Cour.

245 Princesse, dont l'Ame est si pure.

Si par hazard cette Ecriture, Pour avoir l'air trop sérieux,

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La Muze historique.*- Oaobre 1663.

N'est pas agréable à vos yeux ; Sçachez, et cecy c'est tout-dire, Qu'il n'est pas toujours temps de

nre.

Le vingt du mois, en ruminant, J'ay fait les Vers de maintenant.

LETRE Q UARANTE-DEUX

Du [samedi] vingt-septième Octobre

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