‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 30 sur 84 · MÉNAGÉE · texte numérisé non relu

MÉNAGÉE

QuoY que je ne sois que fort peu Echaufé de ce noble feu Dont sire Apollon nous allume Quand il faut jouer de la plume; 5 Quoy que j'aye l'esprit pézant^ Et ce jourd'huy, peu complaizant, Sçachant, mesmes, fort peu de chozes Pour être en ces miens Versenclozes, Si faut-il, pourtant, travailler,

10 Et sans plus long-temps reculer, Je vais, icy, métré en pratique.

Le beau zèle dont je me pique Sans y manquer, tous les huit jours, Pour la Princesse de Nemours,

1 5 Laquelle, lors^que je l'en prie.

Signe, assez volontiers^ Marie.

n est vray aue Fontainebleau Est toujours admirable et beau, Saint-Germain, Versaille et Vinceines,

20 Sont lieux pour des Rois et des Reines ; Mais les Prez n'ont plus leur émail, L'Aquilon, ce froid éventail, A l'excluzion de Zéphire, Etablit dans l'air son empire;

25 Aux jardins, les arbres divers Cessent d'être feuillus et vers.

Le matin, quelquefois, il gelle, Bref la Campagne n'est plus belle :

Et c'est pourquoy, Lundy, la Cour

50 Vint, icy, fixer son séjour.

Où, dans la saizon de l'Automne, D'ordinaire elle se cantonne; C'est ainsi que font tous les ans Et Majestez et Courtizans,

3 5 Paris est leur grande Retraite, Comme le Bourgeois le souhaite.

Chacun en paroit plus joyeux.

Le commerce y réussit mieux,

On y void, en ^nde allè^sse, 40 Le Roy, les Princes, la Noblesse.

Or, puissent-ils assez long-temps Y demeurer gays et contens :

Voila ce que je leur dézire Jusqu'au retour dudit Zéphire.

45 Quoy 4"'^ Londres, le Parlement Agisse rigoureuzement Avec ses Arêts politiques, Contre les Anglois Catholiques, Nonobstant leurs Régies, ou Loix,

50 On void audit lieu, toutefois.

De construction assez belle, Une ample et dévote Chapelle, Contenant maint riche ornement, Tant de Peintures, qu'autrement,

55 Où le Service de l'E^lize Se célèbre et se solennize.

Par des Capucins qui sont-Ià, Que la Reine y tient pour cela, J entens Henriette de France,

60 Qui par sa Royale assistance Entretient lesdits Capucins, Qui des Ames sont Médecins :

Mais, sur-tous, le Père Gamaches, Homme sans macules, ny taches,

65 Qui d'iceux est Supérieur, Et qu'on nomme Père Prieur.

Ce Père a beaucoup de science, De vertu, d'esprit, d'éloquence, Faizant quelquefois des Sermons

70 A pouvoir toucher des Démons, Ayant, tant d'hommes, que de femmes, Converty, déjà, bien des âmes.

Et par des discours élégans Emoarassé des Prédicans

7j Sur pluzieurs Questions diverses, En matières de controverses,

URcTSf

Mm du Ro»

d'AaglrtffTt

Octobre i66j. — Livre XIV. Lettre XLII.

Où ce docte Religieux Réussit, ce dit-on, des mieux.

Ce Père bon et charitable,

80 Dont la Doctrine est admirable, Pouroit par des Dogmes certains, Eciaircir quelques Puritains, Des Protestans et des Sectaires, Et d'autres Réligionnaires :

85 Mais l'entière conversion De cette blonde Nation Où tant d'erreurs sont en uzage.

De Dieu seul peut être l'ouvrage.

C'est, toutefois, aux grands Esprits,

90 Par leurs propos, par leurs Ecrits, D'avancer de tout leur possible Cette réunion pénible ; Ce sont, dans le Monde chrétien.

Les vœux de tous les Gens-de-bien,

9$ Qui souhaiteroient, avec zélé.

Qu'elle fût, mesme, universelle.

Moy, qui fais icy le Prêcheur, J'avoue être assez grand pécheur, Mais ce seroit-là mon envie, 100 Et, mesme^ au péril de ma vie, De voir que tout le Genre-humain Devint Catholique Romain.

Divers Mutins, aimans la guerre Dans ce beau climat d'Angleterre,

10) Etans poussez de Belzébut, Et n'aVans entr'eux d'autre but Que d'épandre dans le Royaume Un feu plus grand qu'un feu de chaume, Par des Libelles captieux

1 10 Pleins d'argumens pernicieux. Tâchent, comme malignes bestes, D'exciter par-tout des tempestes.

Et former de méchans projets Dans le cœur des meilleurs Sujets :

1 1 ) Mais par les ordres du Monarque, Qui pour bien conduire sa Barque Est plein d'un grand entendement.

On élude ordinairement Les noirs desseins et les bourasques

130 De ces dénaturez fantasques^ De ces enragez Rodomons Qui sont moins Hommes, que Démons.

Un Homme de noble naissance.

Un Homme digne de croyance, i2( Et dont Londres est le séjour.

Nous a mandé aue l'autre-jour Dans une nuit aouce et tranquile, Il parut sur icclle Ville,

Proche le bel azur des Cieux, I )o Le Signe saint et précieux

D'une Croix blancne et bien formée,

Qu'on voyoit en Tair imprimée :

Mais on ne fait point mention

Combien cette aparution I ) 5 Eut dans la région aérée

De subsistance et de durée ;

(On ne devoit pas l'oublier)

Ainsi, je ne puis publier

Si ce beau Signe qu'on adore, 1 40 Etoit miracle, ou météore.

Dimanche, une rumeur, dit-on,

Fit bien du bruit dans Charenton,

Où pluzieurs Gens prirent querelle

Contre Morus et sa Séquelle. Mini$iîï*'de 145 Ledit Morus voulant prêcher, chvemon.

Les autres voulans Tempécher ;

Il falut, dans ce grand dézordre.

S'injurier, dauber et mordre.

Le Bailly du lieu survint-là, I ;o Criant 1 Messieurs, hola, hola :

Mais il ne pût de ces bons Frères

Adoucir les âpres colères,

Et n'en pouvant tirer raizon.

S'en retourna dans sa maizon.

1 5 5 D'abord, tout étoit assez calme:

Mais les uns entonnans un Psalme

Du côté dudit Sieur Morus,

D'autres bourus, ou non bourus,

Envoyans les Morus au peautre, 160 En chantèrent soudain un autre,

Mélans leurs chans, en ce moment,

Pesle-mesle, confuzèment.

Hélas ! je pers toute espérance

Que les sieurs Huguenots de France, 165 Prenans des sentimens plus doux,

Soient jamais d'acord avec nous.

Sans que rien les en pût distraire ;

Hà ! non, cela ne se peut faire,

Puis-qu'ils sont assez mal-heureux 170 De ne pas s'acorder entr'eux.

Mais trêve de ce vain langage.

Car si j'en dizois davantage.

Possible un d'entr'eux député.

Se plaindroit de ma liberté, 175 Afin qu'on m'en fit réprimande.

Ce n'est pas ce que je demande.

Ouana des Turcs, Newhauzel fut pris,

Apres un étrange débris

De leurs Rampars et Demy-lunes, 180 Cauzans des frayeurs non communes,

Les Hongrois et les Alemans,

ii8

La Muze historique. — Octobre i66j.

Conduits par quelques Otomans, Qui volontiers les escortèrent, Vers Gomore se retirèrent,

1 8 j Ayans le cœur tout abatu De leur fâcheux in exiîu, Dont le Vizir ne fait que rire, Mais qui contriste tout l'Empire : Ce qui r'engrége leurs ennuis,

190 C'est qu'on a sceu, dit-on, depuis, Et mainte Lettre le raconte, Que Serin, brave et hardy Comte, (Rézistans encore deux jours) L'on venoit donner le secours

195 D'une grande et puissante Armée, Contre les Turcs fort animée, De cinquante mil Combatans, Avec des hamois éclatans :

Assez belle en ètoit la montre,

200 Mais las! ce fut, par malencontre, (A ce que dit un Capucin) Après la mort, le Médecin.

Je n'ay que des nouvelles minces Des autres Etats et Provinces,

20; Qui ne valent pas les conter, Je n'y veux donc point m'arêter :

Mais par zélé et bienséance, Dizons encor deux mots de France.

L'illustre Dame de Soissons, 2 1 Mère de pluzieurs beaux Garçons, Acoucba, dès l'autre-semaine, D'un cinquième Enfant,non sans peine; Toutefois, à voir ses beaux jeux.

Et son teint frais et gracieux, 2 1 5 Dont l'éclat plus-que jamais brille.

On la prendroit encor pour Fille.

Hier, le Daufin fut sevré.

Son petit cœur en fut navré.

Ses yeux remplis de jolis charmes,

220 En répandirent quelques larmes.

Et l'aostinence du tétin Le fit parètre un peu mutin :

Mais, enfin, l'afaire en est faite, Prèzentement plus il ne taite,

225 Le lait, pour luy, n'a plus d'apas,

Il fait d'autres légers repas.

Et commence à prendre l'nzage De la viande et du potage, Ayant passé les accidents

250 Qu'on craint aux Enfanspourlesdents.

Le Ciel veuille, au gré de la France, Conserver son illustre Enfance:

Des Reines, c'est le cher amour.

C'est l'allégresse de la Cour,

2)5 On ne void rien de plus aimable, Et ({uand cet Enfant admirable, Qui contient tant d'atraits en soy, Ne seroit pas né Fils de Roy, Mais de Berger et de Bergère,

240 Ou d'autre Famille étrangère, Je jurerois qu'on l'aimeroit, Et, mesmes, qu'on l'admireroit, Ayant des grâces enfantines Que l'on croiroit quazi divines.

245 Comme les jours sont racourcis, J'avoue icy d'un sens rassis, Que de mes V^s écris fort vite.

Je doute de la réussite, Mais drape sur eux c^ui voudra,

250 Diantre-emporte qui s'en plaindra, Puis-qu'on censure les merveilles Des Moliéres et des Corneilles, Qui sont, en leurs divers Talens, Admirablement excellens;

2 { 5 Si davanture on me critique, Il ne faut pas que je m'en pique, Je serois injuste en ce point; Mais c'est ce qu'on ne fera point ; Les Vers qui sortent de ma veine

260 N'en valurent jamais la peine ; On daube sur les beaux Esprits, Mais je ne suis pas de ce prix.

Et mon simple et naif langage Me met à couvert de l'orage.

265 Après cecy, bon ou mauvais.

Adieu Princesse, je me tais.

Le vingt-sept, jour assez passable, J'écrivis ces Vers sur ma table.

Novembre 166}. — Livre XIV. Lettre XLIII.

Page 1